
1. Jacob van Campen (1596-1657)
Palais Royal (ancien Hôtel de Ville)
Amsterdam
Photo : Didier Rykner
20/6/09 – Patrimoine et exposition – Amsterdam – La capitale néerlandaise a connu deux inaugurations cette semaine. L’une concernait la restauration intérieure d’un monument historique majeur de la cité, l’ancien Hôtel de Ville, appelé Palais-Royal depuis le règne de Louis Bonaparte, l’autre à l’occasion de la réouverture de l’Hermitage Museum Amsterdam et de son exposition A la cour de Russie, palais et protocole au XIXe siècle. On ne pouvait imaginer deux événements plus différents bien qu’ils concernent tous les deux l’histoire de l’art. Si le premier n’a mobilisé que la presse locale tandis que le second convoquait la fine fleur du journalisme international, leur intérêt est inversement proportionnel à cette mobilisation.

2. Jacob van Campen (1596-1657)
Salle des Citoyens
Sculptures d’Artus Quellinus (1609-1668)
Amsterdam, Palais Royal (ancien Hôtel de Ville)
Photo : Didier Rykner
Construit entre 1648 et 1665 sur les plans de l’architecte Jacob van Campen, l’Hôtel de Ville est un imposant édifice, encore entouré de palissades (ill. 1). L’intérieur s’articule, au premier étage, autour d’une grande pièce, appelée Salle des Citoyens (ill. 2). Sur le sol, trois grandes cartes inscrites dans un cercle représentent, l’Eurasie (ill. 3) et l’Afrique, les Amériques et, au centre, la voûte céleste septentrionale. A l’origine, ces plans étaient réalisés en ciment coloré et en cuivre, remplacé au XVIIIe siècle par une marqueterie de marbre. La voûte en bois est peinte d’une Allégorie de la ville d’Amsterdam par Jan Goere (1670-1731). Le décor sculpté est dû au flamand Artus Quellinus. On remarque notamment la grande Allégorie de la Justice (ill. 4).

3. Carte de l’Eurasie et de l’Afrique (détail)
Marbre
Sol de la Salle des Citoyens
Amsterdam, Palais Royal (ancien Hôtel de Ville)
Photo : Didier Rykner

4. Artus Quellinus (1609-1668)
Allégorie de la Justice
Marbre
Salle des Citoyens
Amsterdam, Palais Royal (ancien Hôtel de Ville)
Photo : D. R.
Plusieurs élèves de Rembrandt ont décoré les différentes pièces de l’édifice, notamment Ferdinand Bol(ill. 5), Govaert Flinck et Jan Lievens. Le plafond d’une des salles (celle dite des Ediles) est peint par Erasme Quellinus, frère d’Artus. L’Hôtel de Ville conserve aussi de nombreux portraits.

5. Ferdinand Bol (1596-1657)
Fabritius et Pyrrhus
Huile sur toile - 485 x 350 cm
Ancien cabinet du Bourgmestre
Amsterdam, Palais Royal (ancien Hôtel de Ville)
Photo : Stichting Koninklijk Paleis Amsterdam

6. Tribunal
Amsterdam, Palais Royal (ancien Hôtel de Ville)
Sculptures d’Artus Quellinus (1609-1668)
Photo : Stichting Koninklijk Paleis Amsterdam
Au rez-de-chaussée, la visite se termine (ou commence, au choix) par une petite pièce entièrement décorée de sculptures baroques, toujours par le même Quellinus, et qui était utilisée comme tribunal(ill. 6). Les trois scènes principales représentent respectivement La Miséricorde (L’Eborgnement de Zaleucus), La Sagesse (Le Jugement de Salomon) et La Justice (L’Exécution des fils de Brutus).
Il est difficile de juger avec pertinence de la restauration car nous ne connaissions pas l’état du bâtiment avant celle-ci. L’ensemble est très impressionnant. On peut seulement regretter l’absence complète de cartels ou de feuillets explicatifs qui donneraient rapidement les sujets des peintures et sculptures et le nom de leurs auteurs. Il faut s’infliger les longues explications de l’audioguide pour parvenir enfin à ces informations, ce qui est très peu pratique. Notons enfin que le bâtiment abrite des expositions. La prochaine sera consacrée en 2010 au suiveur de Palladio, Vincenzo Scamozzi.

7. Franz Xaver Winterhalter (1805-1873)
Portrait de la Comtesse
Varvara Musina-Pushkina, 1857
Huile sur toile - 147 x 112 cm
Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage
Photo : Musée de l’Ermitage
On sait que l’Ermitage est un des pionniers des antennes réparties dans le monde entier, de Las Vegas à Ferrare, en passant donc par Amsterdam. Clairement, les œuvres présentées dans l’exposition inaugurale, qui marque la réouverture après agrandissement, ne manqueront pas au musée russe (on n’y voit même pas un œuf de Fabergé). Celui-ci recevra un euro par visiteur, ce qui au bout du compte ne devrait pas faire une somme faramineuse. Aucun scandale donc dans cet événement, seulement un ennui mortel. Sous prétexte de montrer la vie de cour à Saint-Pétersbourg au XIXe siècle, l’exposition accumule les tableaux médiocres (à l’exception de quelques-uns, dont plusieurs Winterhalter - ill. ) souvent accrochés beaucoup trop bas, des gravures quelconques et une multitude d’éléments d’habillement, bottes, gants et chapeaux, qui ne sont pas forcément dénués d’intérêt mais dont l’accumulation lasse extrêmement vite. Seuls les passionnés des costumes pourront peut-être y trouver leur compte. Le clou de la présentation semble être la présentation de vêtements de bal dans des vitrines circulaires qui se mettent à tourner au son de la valse !
Si l’on ajoute que le bâtiment abritant ce nouvel Hermitage Museum, situé juste à côté du précédent, est un hospice datant de la fin du XVIIe siècle qui ne conserve absolument plus rien d’ancien (même ses façades semblent avoir été construites hier), on comprendra que le visiteur pressé pourra facilement s’en dispenser, d’autant que l’entrée coûte pas moins de 15 € (gratuit jusqu’à 16 ans). Il s’agit d’une opération purement commerciale. Le catalogue contient une série d’essais sans index ni notices des œuvres exposées ce qui en l’occurence n’est pas très grave1. Peut-être les prochaines expositions seront-elles plus attirantes ? Remarquons toutefois que la suivante, Les origines de l’art moderne. Matisse et Picasso, outre qu’elle sacrifiera encore à la mode Picasso, privera probablement bien davantage l’Hermitage de Saint-Pétersbourg d’œuvres majeures, pour une rétrospective dont l’intérêt scientifique est sujet à caution.
Informations pratiques : Palais Royal (Koninklijk Paleis). Ouvert tous les jours, juin à août de 11 h à18 h, septembre à mai de 12 h à 17 h. Tarif : 7,50 € (tarif plein), 6,50 € (tarif réduit).
Hermitage Museum, Amstel 51, Amsterdam. Ouvert tous les jours de 10 h à 17 h, le mercredi de 10 h à 20 h. Tarif : 15 € (gratuit jusqu’à 16 ans).

envoyer par mail