
1. Carle Elshoecht (1797-1856)
Angélique-Félicité Bosio,
marquise de la Carte, 1836
Bronze - 22 x 20 cm (médaillon)
Montargis, Musée Girodet
Photo : Hubert Duchemin
27/5/09 – Acquisitions et dépôt – Montargis, Musée Girodet – Alors que son agrandissement est acté et que les études vont commencer, le Musée de Montargis poursuit régulièrement une politique d’acquisition centrée sur ses deux points forts : Girodet (et ses élèves) et la sculpture romantique autour de la figure d’Henri de Triqueti.
On commencera cet article par un don, fait par Hubert Duchemin en mémoire de Stéphane Deschamps, d’un petit médaillon en bronze par Carl Elshoecht, représentant Angélique-Félicité Bosio, marquise de la Carte (ill. 1).
Elève de son père, sculpteur sur bois de la Marine, puis du baron François-Joseph Bosio, Elshoecht est l’un des plus méconnus de la génération des sculpteurs romantiques.
Le médaillon donné à Montargis, signé et daté de 1836, représente la fille du baron Bosio, alors âgée de 28 ans. Sa vie fut assez dissolue, puisque mariée à l’âge de 14 ans (!) au comte Charles-Louis-Philippe-Marie Thibaut de la Carte, elle quitta plus tard son mari pour devenir la maîtresse de l’écrivain et critique Jules Janin dont elle eut une fille. Après sa rupture avec Janin, en 1838, elle tint un salon à Paris et entretint une liaison avec l’écrivain Nestor Roqueplan, frère du peintre Camille Roqueplan.
Si David d’Angers fut le plus prolifique dans ce domaine, le médaillon est un genre pratiqué par la plupart des sculpteurs romantiques. L’originalité de celui d’Elshoecht tient non seulement en sa forme chantournée, mais surtout au cadre en bronze qui l’accompagne.

2. Carlo Marochetti (1805-1867)
Réduction du monument équestre à
la reine Victoria de Glasgow, vers 1854
Bronze - 64 x 56 x 18 cm
Montargis, Musée Girodet
Photo : Musée Girodet
La réduction du Monument équestre à la reine Victoria de Glasgow, par Carlo Marochetti (ill. 2), vient tout juste d’être acquise par le musée Girodet. Marochetti présente bien des affinités avec Henri de Triqueti : il était tout comme lui sculpteur français, baron, portant un nom d’origine italienne1, et travailla en Angleterre pour la reine. Ils avaient par ailleurs tous deux une fortune personnelle ce qui explique qu’ils n’ont pratiquement pas fait édité de petites sculptures en bronze car ils n’avaient pas besoin de cela pour vivre.
Marochetti quitta définitivement la France en 1848 pour s’installer en Angleterre où il devint le sculpteur favori du couple royal. En 1837, il avait réalisé la statue équestre d’Emmanuel-Philibert de Savoie à Turin, qui lui valut une certaine célébrité et qui fut sans doute un élément déterminant dans le choix du sculpteur lorsqu’il fut question, en 1849, de commander un monument à Victoria pour célébrer la visite de la reine à Glasgow. La principale différence entre le monument, inauguré en 1854, et sa réduction, est le remplacement du sceptre, que tient la souveraine, par un étendard.
Le Musée Girodet conservait déjà un bronze de Marochetti, représentant un Arabe pleurant son coursier mort datant des années françaises de l’artiste. Le Monument équestre à la reine Victoria s’inscrit ainsi naturellement dans sa collection tout en traduisant la volonté de créer « une section de sculptures anglaises des années 1850-1870, destinée à éclairer la deuxième partie de la carrière de Triqueti. »

3. Henri de Triqueti (1803-1874)
Portrait de Juliette Ferrus, 1860
Marbre - Diamètre : 32,5 cm
Montargis, Musée Girodet
Photo : Musée Girodet
L’an dernier, un portrait en marbre, en relief, d’Henri de Triqueti avait été acheté par le musée. Il représente Juliette Ferrus (ill. 3), petite-fille du médecin aliéniste Guillaume Ferrus que Triqueti rencontra par l’intermédiaire d’Adolphe Thiers dont il était le médecin traitant.
D’autres œuvres naquirent de l’amitié entre le médecin et le sculpteur, notamment une paire de candélabres en bronzes offerte par Triqueti à Ferrus en 1838 et un portrait de ce dernier en forme de médaillon, daté de 1839.
On trouve dans la production du sculpteur plusieurs exemples de ce type de buste en relief en marbre, inscrit dans un tondo, datant en général des années 1850 : celui de Blanche Triqueti en 1852 (collection particulière), de Girodet en 1853 (Montargis, Musée Girodet) ou le double buste de Florence et Alice Cambell en 1856 (esquisse en terre cuite conservée au Musée Girodet). Le Portrait de Juliette Ferrus est de 1860.

4. Henri de Triqueti (1803-1874)
Vase de la Chasse, 1837
Bronze - 80 x 54,5 cm
Montargis, Musée Girodet
(dépôt du Mobilier National)
Photo : Musée Girodet
Pour terminer cette revue des acquisitions de sculpture, on signalera le dépôt accordé par le Mobilier National d’un vase en bronze de Triqueti. Alors que notre enquête sur les dépôts des musées nationaux hors des musées provoque de nombreuses réactions, on doit signaler la manière exemplaire dont cette institution, chargée de meubler les palais nationaux, semble avoir décidé de gérer son patrimoine, en pratiquant une généreuse politique de prêts en faveur des musées.
L’histoire de ce Vase de la Chasse est extraordinaire. Dans l’exposition Triqueti de 2007 (voir la recension), seul un dessin préparatoire appartenant à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts avait été exposé. L’œuvre définitive, commandée par Thiers en 1837, avait en effet disparu depuis cette date. C’est grâce au catalogue de cette rétrospective qu’Yves Badetz a reconnu le vase disparu. Celui-ci avait été récupéré des sous-sols du Ministère de l’Intérieur en 1980 et était depuis cette date conservé dans les réserves du Mobilier National. Il est donc désormais fort heureusement déposé au Musée Girodet2 où il rejoindra d’autres objets proches, telle que l’Aiguière de l’Espérance, de la Patience, d la Paix et de la Justice, de 1838.

5. Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824)
Le château de Montargis (issu d’un carnet), 1810
Dimensions du carnet : 21 x 28 cm
Montargis, Musée Girodet
Photo : Musée Girodet
Cette liste des enrichissements du Musée Girodet ne pouvait pas se terminer sans évoquer celui qui donne son nom à l’établissement. Un carnet de dessins reproduisant des vues du château de Montargis (ill. 5) vient en effet d’être acheté.
Cet édifice construit au XIIe siècle fut transformé en forteresse par Charles V. Restauré au XVIe siècle, concédé à Philippe d’Orléans en 1661, il fut désaffecté et presque entièrement ruiné au XVIIIe siècle. Girodet ayant tenté, en vain, de le racheter, le château fut finalement détruit pour en récupérer les matériaux. Les dessins de ce carnet furent exécutés en 18103.

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