Le Kimbell Museum a-t-il acquis un Michel-Ange ?


Attribué à Michel-Ange (1475-1564)
La Tentation de saint Antoine
Huile et tempera sur panneau - 47 x 35 cm
Fort Worth, Kimbell Art Museum
Photo : Kimbell Art Museum

13/5/09 – Acquisition – Fort Worth, Kimbell Art Museum – A l’âge de douze ou treize ans, Michel-Ange, alors dans l’atelier de Domenico Ghirlandaio, avait peint une copie sur panneau de la gravure de Martin Schongauer La Tentation de saint Antoine. Cette anecdote est rapportée à la fois par Vasari dans ses Vite et par Ascanio Condivi dans sa Vita di Michelangelo Buonarroti publiée en 1553.
Cette première œuvre connue par les textes a parfois été identifiée avec une peinture que l’on trace depuis près de deux siècles. Son historique est prestigieux : elle avait appartenu à la collection du sculpteur Henri de Triqueti, passa dans la vente après décès de sa fille où elle fut invendue. Donnée à Sir Paul Harvey avant 1905, elle demeura dans sa famille avant d’être une nouvelle fois ravalée aux enchères, sous le nom de Michel-Ange, en 1960.

Ce panneau, souvent publié, a été vendu le 9 juillet dernier, par Sotheby’s Londres, comme « atelier de Domenico Ghirlandaio » et acquis par le marchand Adam Williams, avant d’être finalement cédé au Kimbell Art Museum de Fort Worth comme de Michel-Ange. Le Metropolitan Museum, qui l’a restauré, souhaitait l’acquérir mais n’a pu, dans le contexte de crise actuel, trouver les financements nécessaires1.
Les examens radiographiques auraient montré de nombreux repentirs qui attesteraient, selon ses promoteurs, des recherches de Michel-Ange. Nul doute cependant que cette attribution fera encore débat. Il ne s’agit pas réellement d’une redécouverte mais d’une œuvre discutée auquel un marchand avisé a cru, suivi par plusieurs spécialistes dont les conservateurs du Metropolitan Museum (Keith Christiansen et Everett Fahy). D’autres historiens de l’art n’en reconnaissent pas l’autographie (Cristina Acidini, Paul Joannides...).
Une exposition lui sera consacrée cet été au Metropolitan Museum avant sa présentation définitive à Fort Worth.

Signalons à cette occasion qu’une autre œuvre récemment attribuée à Michel-Ange et acquise par le Bargello, un Crucifix (voir brève du 4/1/09), fait actuellement l’objet d’une polémique en Italie2. La sculpture est contestée et plusieurs voix autorisées se sont élevées contre l’acquisition de cette œuvre pour un coût très élevé par l’Etat Italien, y voyant une manœuvre de Silvio Berlusconi. Non content de dilapider les deniers publics pour une œuvre à la paternité douteuse, alors que le patrimoine italien est soumis à de fortes réductions budgétaires, le chef du gouvernement ferait de ce Christ en croix qu’il expose un peu partout dans le pays, un usage de propagande politique et religieuse.


Didier Rykner, mercredi 13 mai 2009


Notes

1. Le tableau avait été adjugé 1,2 millions de livres ; son prix d’achat par le Kimbell n’a pas été divulgué.

2. Voir notamment l’article du New York Times du 21/4/09 : Yes, It’s Beautiful, the Italian All Say, but Is It a Michelangelo ?


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