Plusieurs sculptures acquises par le Rijksmuseum, grâce à la loterie


23/4/09 – Acquisitions – Amsterdam, Rijksmuseum – Alors qu’en France l’institution d’une taxe sur les loteries, voire la création d’une loterie spécifique dont les revenus seraient utilisés pour la restauration des monuments historiques, voire pour les acquisitions d’œuvres d’art, est régulièrement évoquée par le gouvernement sans que cette idée ne trouve encore le début d’une concrétisation, d’autres pays mettent déjà à contribution les jeux de hasard pour enrichir leur patrimoine.

Le Rijsmuseum vient ainsi de faire entrer dans ses collections pas moins de cinq sculptures grâce à la loterie culturelle néerlandaise, BankGiro Loterij.

1. Artus I Quellinus (1609-1668)
Lévrier, 1657
Bois - 36 x 70,5 cm
Amsterdam, Rijksmuseum
Photo : Rijksmuseum



- Artus I Quellinus, Lévrier (ill. 1). Cette sculpture en bois, grandeur nature, est sans doute le « portrait » d’un chien appartenant à la famille Roose d’Amsterdam, dont il porte les armes sur le collier. Le sculpteur, fils d’Erasme I Quellinus (1584-1640), nacquit à Anvers et fut l’élève de son père. Pendant un séjour à Rome, dont les dates ne sont pas précisément connues, il travailla dans l’atelier de François Duquesnoy. Il est l’auteur de nombreux bustes, de décors sculptés (notamment celui, célèbre, de l’Hôtel de ville d’Amsterdam) et de mausolées funéraires. Ce type d’œuvre animalière indépendante est très rare en Flandres. Celle-ci fut présentée en 1977 à Bruxelles à l’exposition La sculpture au siècle de Rubens [1] (cat. 130), mais son monogramme A.Q. ne permettait pas alors aux auteurs de trancher entre une attribution à Artus I ou à Artus II Quellinus (1626-1700), son cousin.

2. François Lespingola (1644-1705)
Hercule secourant Prométhée
Bronze - 42,6 x 59 x 35,8 cm
Amsterdam, Rijksmuseum
Photo : Rijksmuseum



- François Lespingola, Hercule secourant Prométhée (ill. 2). L’exposition Bronzes français de la Renaissance au Siècle des Lumières organisée récemment au Louvre, actuellement à New York avant de partir pour le Getty Museum (voir notre recension) mettait en lumière la figure de Lespingola en exposant la plupart des modèles connus de ses bronzes illustrant les travaux d’Hercule. Hercule secourant Prométhée était représenté par un exemplaire conservé à Dresde (Staatliche Kunstsammlungen) dont le Rijksmuseum vient d’acquérir une autre version. Ce groupe constitue une pierre de touche dans la reconstitution de l’œuvre de l’artiste puisqu’il s’agit du seul modèle cité dans l’inventaire après décès de l’artiste. Remarquons que la délivrance de Prométhée par Hercule ne figure pas parmi ses douze travaux. Prométhée, en remerciement, expliqua à son sauveur comment voler les pommes du jardin des Hespérides.

3. Louis-Simon Boizot (1743-1809)
L’offrande à Cérès (L’Eté), 1766
Terre cuite - 42 x 32 cm
Amsterdam, Rijksmuseum
Photo : Rijksmuseum

4. Louis-Simon Boizot (1743-1809)
L’offrande à Vénus (Le Printemps), 1766
Terre cuite - 42 x 32 cm
Amsterdam, Rijksmuseum
Photo : Rijksmuseum


- Louis-Simon Boizot, Offrande à Vénus et Offrande à Cérès (ill. 3 et 4). L’artiste, prix de Rome en 1762 avec La mort de Germanicus, fut directeur de l’atelier de sculpture de la manufacture de Sèvres de 1773 à 1800. Il a bénéficié d’une exposition en 2001 au Musée Lambinet, accompagné de la publication d’un catalogue raisonné [2].
Ces reliefs en terre cuite sont inédits. Ils sont passés en vente à Paris chez Binoche & Gaudeau Giquello (comme Le Printemps et L’Eté) le 14 novembre 2007 où ils furent adjugés au prix de 135 000 € (sans les frais) au marchand londonien Daniel Katz qui les a vendus au musée. Ils datent de 1766, soit pendant le séjour à Rome, et constituent donc les premières œuvres retrouvées de l’artiste [3]. L’iconographie de ces deux reliefs et de leurs cadres (Vénus, également symbole du printemps, est entouré de fleurs, Cérès, l’automne, d’épis de blés) laisse penser qu’ils étaient complétés par L’Automne et L’Hiver. Le style et les sujets sont marqués par l’influence du peintre Joseph-Marie Vien.

5. Lorenzo Bartolini (1777-1850)
Caritas Educatrice
Marbre
Amsterdam, Rijksmuseum
Photo : Rijksmuseum



- Lorenzo Bartolini, Caritas Educatrice (ill. 5). En 1817, le sculpteur reçut commande d’une Charité, de la part du grand-duc de Toscane, pour la chapelle de la Villa de Poggio Imperiale. Cette œuvre devait voisiner avec cinq autre vertus exécutées par d’autres artistes (Francesco Carradori, L’Humilité ; Gaetano Grazzini, L’Espérance ; Ferdinando Fontana, La Foi et Stefano Ricci, L’Innocence et La Force). Bartolini mit très longtemps à finir son marbre, prétextant notamment qu’il s’agissait de trois figures, et non d’une seule. Le plâtre fut terminé en 1824, et le marbre semble-t-il seulement en 1835. Cette œuvre, originale car elle associe au thème de la Charité celui de l’éducation, est aujourd’hui conservée à Florence, à la Galleria Palatina. La réplique acquise par le Rijksmuseum [4] date selon le musée des environs de 1842. Il s’agirait donc d’une troisième version, une deuxième (H. 155 cm) étant passée aux enchères (mais non vendue), chez Finarte Milan le 17 avril 2007. Bien que très proches, une comparaison des photographies semble montrer qu’il s’agit d’une autre sculpture. Il y aurait donc au moins trois versions de ce groupe qui fut célèbre.

Toujours en travaux depuis plusieurs années (il ne devrait pas réouvrir avant 2012, après de multiples retards), le Rijksmuseum ne dispose actuellement que de surfaces d’expositions réduites. Ces cinq sculptures y sont présentées jusqu’au 15 juin.

English version


Didier Rykner, jeudi 23 avril 2009


Notes

[1] Collectif, La sculpture au siècle de Rubens dans les Pays-Bas méridionaux et la principauté de Liège, Bruxelles, Musées d’Art ancien, 1977.

[2] Collectif, Louis-Simon Boizot 1743-1809. Sculpteur du roi et directeur de l’atelier de sculpture à la Manufacture de Sèvres, Somogy Editions d’Art, 2001.

[3] Si l’on en croit le catalogue cité note précédente, puisque leur n° 1 est une Vestale ou Petite statue pour l’impératrice de Russie, en marbre, signée et datée de 1769. Remarquons que cet ouvrage répertorie certaines œuvres disparues (par exemple un Louis XV en pied, 1773, n° 7), alors que d’autres, comme son Prix de Rome, ne le sont pas.

[4] Le service de presse étant injoignable pendant l’écriture de cet article, nous n’en avons malheureusement pas les dimensions. Nous les rajouterons ultérieurement.



Tip A Friend  Envoyer par email
imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Acquisition d’un portrait d’homme d’Adèle Romany par Boston

Article suivant dans Brèves : Nantes achète le Judith et Holopherne de Virginia Vezzi