Achat par le Getty du David de Guido Cagnacci


Guido Cagnacci (1601-1663)
David avec la tête de Goliath, vers 1645/1650
Huile sur toile, 108 x 85,5 cm
Los Angeles, J. Paul Getty Museum
Photo : J. Paul Getty Museum

20/4/09 – Acquisition – Los Angeles, The J. Paul Getty Museum – Si des publications ont commencé à préciser le catalogue de Guido Cagnacci il y a près de cinquante ans1, les amateurs l’apprécient depuis plus longtemps encore. L’exposition de Forli, l’année dernière, a rappelé à ceux qui l’auraient oublié combien ses œuvres constituent un must incontournable de la peinture baroque. Le titre de la manifestation situait son style entre les exemples de Caravage et de Guido Reni2, ce qui est commun à nombre d’artistes et assez réducteur. Il doit certes au premier un naturalisme exalté par un clair-obscur lumineux et au second une technique puriste sans faille, mais les contacts avec Ludovic Carrache, Guerchin et d’autres peintres ne doivent pas être négligés. Ce n’est pas tant aux sujets (presque tous on été peints par Reni, par exemple) qu’à l’originalité de leur traitement qu’il doit son statut un peu particulier et sulfureux. Sa capacité à créer des images excessivement raffinées, ambigus et érotisées, le rapprochent plutôt d’artistes comme Franciso del Cairo, Nicolas Régnier ou Francesco Furini. Le caractère, que d’aucuns pourraient qualifier de sadomasochistes, de ses martyres, l’extase mystique interprétée comme un plaisir sensuel, paraissent, pour certains, s’apparenter aux recherches de l’art contemporain. Il faut encore ajouter le charme d’une biographie romanesque, bohème et tumultueuse, dont les débordements seraient perceptibles dans sa peinture.

Ses tableaux sont extrêmement peu nombreux sur le marché d’art, d’autant que tous ne procèdent pas de cette « morbidessa » troublante. Parmi les rares toiles disponibles, le Getty avait demandé le prêt pour son exposition en cours Captured Emotions, consacrée à la peinture bolonaise du XVIIe siècle, d’un très beau David avec la tête de Goliath (ill.), qu’il a finalement acheté. Il appartenait à la collection du couturier Girolamo Etro. On a trop critiqué ici-même3 le manque de risque et le peu d’originalité de certains choix du musée californien pour ne pas saluer cette fois cet achat. Signalons qu’à Los Angeles même, la fondation Norton Simon, conserve un chef-d’œuvre de Cagnacci, La réprimande de Marie-Madeleine4, et qu’un autre David avec la tête de Goliath, de composition identique, mais où le héros biblique est dénudé et porte un couvre-chef rouge, au lieu de la gamme bleue du tableau Getty, est au Columbia Museum of Art, en Caroline du Sud.

English version


Michel de Piles, lundi 20 avril 2009


Notes

1. On signalera seulement la monographie de Pier Giorgio Pasini, Guido Cagnacci, Rimini, 1986.

2. Daniele Benati, Antonio Paolucci, Guido Cagnacci, protagonista del Seicento tra Caravaggio e Reni, Forli, Musei San Dominico du 20 janvier au 22 juin 2008. Site internet : http://www.mostracagnacci.it.

3. Voir les brèves des 29/12/08, 22/10/08, 17/03/04.

4. Un tableau convoité par le Louvre, il ya un quart de siècle, comme le rappelait récemment sur ce site Arnaud Bréjon de Lavergnée.


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