Le droit de réponse du Louvre à l’article de Vincent Noce1 dans Libération du 4 décembre, prouve, comme nous le disions par ailleurs (éditorial du 4/6/06) que l’ENA est bien, décidément, la nouvelle école du patrimoine.
Plutôt qu’Henri Loyrette, directeur du musée (voir notre post-scriptum), ou Olivier Meslay, conservateur en charge de l’opération d’Atlanta et encore récemment responsable des collections espagnoles, c’est en effet l’énarque Didier Selles, administrateur général et numéro deux du Louvre, qui a signé ce texte où le connoissorship devient affaire de mathématique.
Notre nouvel historien d’art se pose en fin connaisseur de l’œuvre de Vélasquez, et se livre à une arithmétique curieuse, fort bien démontée par Vincent Noce. Le tableau a été publié cinquante-trois fois, dont quarante-sept comme une œuvre de Vélasquez. Il est donc de lui. Comme le dit Noce, qui rappelle notamment que tous les spécialistes actuels et le catalogue des peinture espagnoles du Louvre (2002) le donnent à l’atelier, « l’histoire de l’art ne s’écrit pas à coup de pourcentages ». Il est vrai qu’avant de venir au Louvre, Selles était directeur financier de la région Ile-de-France et on ne peut lui reprocher d’avoir conservé une certaine affinité avec les chiffres.
J’ai regretté ici-même, à plusieurs reprises, que des tableaux très importants soient loués pour de nombreux mois à Atlanta. Je n’avais évidemment pas inclus dans le lot ce soi-disant Vélasquez. Mais on nous a répété sans cesse à quel point ces expositions étaient scientifiquement rigoureuses. La transformation d’un tableau de l’atelier de Vélasquez en Vélasquez pleinement autographe montre l’inanité de cette affirmation. La publication de ce droit de réponse par Didier Selles achève de discréditer l’ensemble.
On peut comprendre que le Louvre ne souhaite pas laisser penser qu’il s’est moqué des américains en leur faisant prendre des vessies pour des lanternes. Mais en engageant la polémique, Selles se place sur un terrain dangereux, qu’il ne maîtrise pas, et risque d’attirer un peu plus l’attention sur cet amusant subterfuge.
L’administrateur général du Louvre aime, manifestement, les droits de réponse. C’est donc bien volontiers que nous lui ouvrirons nos colonnes s’il manifeste le désir de répliquer à cet éditorial. Et, pourquoi pas, de nous prouver comme un et un font deux que les tableaux retrouvés à Loches sont d’authentiques Caravage, comme le démontre le nombre d’articles de presse et de reportages télévisés qui les ont présentés comme tels.

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