Accrochage du Goya « Bergé - Saint-Laurent » au Louvre


Accrochage du Portrait de Don Luis Maria de Cistué
par Goya au Louvre (à droite, le Portrait de
I. M. Fernandez de Velasco
par Murillo)

28 /3/09 – Accrochage – Paris, Musée du Louvre – Le Goya de la collection Bergé Saint-Laurent, le Portrait de Don Luis Maria de Cistué (voir brève du 1/10/08), a défrayé la chronique et alimenté beaucoup de commentaires divers ; certaines rumeurs suggéraient même que l’œuvre était secondaire, en mauvais état et acceptée à reculons par le Musée du Louvre. A l’exposition précédant la vente au Grand Palais, la foule empêchait un jugement serein. Il vient d’être accroché dans la salle espagnole (ill.), après un examen au C2RMF et est incontestablement très beau, meilleur encore que la photo le laissait imaginer. Le halo du fond, d’un vert subtil, rayonne et met en valeur la blondeur et les yeux du modèle, faisant aussi ressortir la gamme vélasquésienne. Comparable en qualité aux portraits d’enfants de Goya du Metropolitan Museum ou de Washington, il apporte un réel plus à l’ensemble des portraits de Goya conservés au Louvre1.

L’aspect un peu cireux, sous un certain éclairage, est dû à un rentoilage effectué vers 1928, lors de son passage chez le marchand Duveen à New York, à une époque où cette opération était réalisée de façon quasi-systématique. Cela a très légèrement aplati la matière. On lui avait alors appliqué un des premiers vernis synthétique, qui venait juste d’être mis au point, ce qui renforce cette impression2. La couche picturale est bien conservée, sans repeints visibles3. La toile étant en bon état et ne nécessitant pas une restauration urgente, il n’a pas été jugé utile d’intervenir pour le moment. Un futur désentoilage et dévernissage permettra cependant de mieux faire respirer l’œuvre.

Si le cartel indique qu’il a été donné par Pierre Bergé, il aurait été juste de rappeler qu’Yves Saint-Laurent tenait à ce que cette œuvre finisse au Louvre. Il avait exprimé oralement ce don, volonté qu’a respectée son compagnon. Malgré l’autre libéralité de celui-ci, la tapisserie de Burne-Jones, (voir brève du 19/2/09) et la remise d’un tiers qu’il a récemment consentie à Beaubourg sur le Giorgio de Chirico préempté (voir brève du 23/2/09), on peut cependant regretter qu’il ne se soit pas montré plus généreux envers les musées français. Certaines œuvres, qui n’ont pas d’équivalent sur le marché de l’art, auraient pu combler des lacunes des collections parisiennes, comme le grand James Ensor, un Mondrian ou un Balla. Pour ne rien dire du Géricault dont nous avons déjà largement parlé, digne du Louvre mais qui n’aurait certainement pas déplu au Musée de Lyon.

English version


Michel de Piles et Didier Rykner, samedi 28 mars 2009


Notes

1. L’un des plus beaux portraits de Goya au Louvre est présenté au second étage, dans la salle de la donation Beistegui. Les autres Goya, visibles par intermittence tant ils sont prêtés régulièrement, ont été déplacés récemment du palier de l’escalier de Flore à la grande salle, ce qui a eu pour effet de surélever les Zurbarán et les Herrera l’ancien à des hauteurs où il devient difficile de les apprécier pleinement. Le palier est désormais occupé par une sélection de toiles britanniques, l’accrochage dans la salle des Sept cheminées (voir brève du 8/7/07) n’ayant pas duré plus d’un an et demi. Il devient urgent de stabiliser ces œuvres anglaises nomades dans des espaces qui leur soient consacrées définitivement, le financement de ces salles ayant été assuré par Michel David-Weil, il y a déjà plusieurs années.

2. Ce vernis comporte peut-être un peu de cire. A cette époque, le tableau conservait encore son cadre néo-grec d’origine à palmette (comme le montre une photo ancienne de 1928 du fonds Duveen à l’INHA). Le marchand américain l’a changé pour ce cadre actuel « à l’espagnole » noir et or, typique du XVIIe siècle, qui lui va assez bien, malgré l’anachronisme.

3. Il n’y a que quelques retouches ponctuelles, comme dans tout tableau ancien, notamment au niveau du pied de l’enfant.


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