Présentation d’un ensemble consacré à Henry Cros au Petit Palais à Paris


1. Henry Cros (1840-1907)
Amazone, vers 1900
Pâte de verre - 36 x 33 cm,
Paris, Petit Palais
Photo : D.R.

25/3/09 – Accrochage – Paris, Musée du Petit Palais – On sait que le Petit Palais possède un ensemble exceptionnel d’œuvres de Henry Cros (1840-1907) constitué du don Jacques Zoubaloff (1916), de la donation en 1985 par le docteur Chadourne de la superbe Amazone (ill.1) et d’acquisitions régulières depuis 2002 : soixante–cinq dessins, la peinture sur bois Le Fil d’Ariane (acquis sur les arrérages du legs Duthuit à la Galerie Esltir en 2005) et Les Dames de Thélème, cire colorée adjugée au musée en 2005. Il faut y ajouter le monumental Vase des métaux, transféré du musée Galliera et présenté dans la galerie consacrée aux grands formats, sur son socle de la Manufacture de Sèvres. Cet ensemble n’est, en temps normal, visible que fort partiellement et on doit se réjouir qu’il soit en grande partie accessible jusqu’en février 2010 dans la salle symboliste du Petit Palais, grâce à un accrochage réalisé par Dominique Morel et Charles Villeneuve de Janti. Les dessins de l’artiste, présentés par roulement, seront donc en partie visibles, permettant d’apprécier un travail graphique et aquarellé peu connu et en permanence lié aux expérimentations techniques de Cros : ses cires colorées, ses pâtes de verre comme ses essais de peinture à la cire. La belle vitrine de Rupert Carabin accueille ainsi quelques-uns de ces travaux précieux (ill.2) tandis que les murs présentent d’autres terres cuites polychromes, peintures, dessins et pâtes de verre de plus grande taille.

2. La vitrine de François-Rupert Carabin
avec quelques unes des pièces majeures
de Cros : la cire colorée Les Dames de Thélème
(en haut), les pâtes de verre, la porcelaine
et la peinture à l’encaustique Bacchante (en bas)

Frère du poète et inventeur Charles Cros, Henry Cros possédait aussi ce goût de la recherche de procédés nouveaux ou de techniques anciennes redécouvertes par ses soins. On ne peut qu’admirer la subtilité et la perfection de réalisations qui allient la revisitation d’une Antiquité ou d’un Moyen-âge rêvés avec un art de la synthèse dont attestent autant les pâtes de verre que les dessins. Ces derniers, quasiment jamais exposés, frappent par leur liberté et un traitement de l’aquarelle tout singulier : le motif et la référence antique s’y parent d’une modernité qui annonce presque un certain néo-classicisme (on pense à quelques unes des belles aquarelles de Bourdelle). Les cires colorées, quant à elles, proches de l’univers poétique de Charles Cros, et du symbolisme en général, échappent à ce que serait un simple revival néo-gothique, aussi respectable soit-il : l’expérimentation technique et le raffinement de l’inspiration en font des chefs-d’œuvre de la période symboliste. Artiste aimé de Jules Laforgue, d’Emile Verhaeren, de J.-K. Huysmans et admiré par Rodin (« un des hommes les plus glorieux de la statuaire du XIXe siècle »), Henry Cros méritait bien cet hommage dont on ne peut que recommander la visite.

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Jean-David Jumeau-Lafond, mercredi 25 mars 2009


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