
Dirk van Baburen (vers 1594-1624)
Achille prépare à venger la mort de Patrocle, 1624
Huile sur toile - 204 x 287 cm
Kassel, Gemäldegalerie Alte Meister
Photo : Christie’s New York
21/3/09 – Acquisition– Kassel , Gemäldegalerie Alte Meister – Si les différentes écoles européennes sont bien représentées au château Wilhelmshöhe de Kassel, la notoriété de la collection repose sur son ensemble hollandais, dominé par ses célèbres dix-neuf Rembrandt. Parmi les nombreuses œuvres relevant du caravagisme international, l’ensemble des peintres d’Utrecht était quasi-complet1. Manquait Dirk van Baburen, un artiste dont on possède un nombre assez réduit d’œuvres, mais régulièrement présent sur le marché d’art2. La lacune vient d’être comblée par l’achat de la Mort de Patrocle (ill.), l’un de ses plus beaux tableaux. Il fit sensation lorsqu’il réapparu à Paris, à la vente de l’étude Couturier & de Nicolay du 25 mars 1987, avec pour titre La mort d’Urie. Il appartenait depuis le XIXe siècle à la famille Achille-Fould, au château de Paulliac dans le Médoc. Le Louvre tenta de l’acheter, mais il fut adjugé 10 millions de francs au commerce d’art américain. Par la suite, il fut prêté à diverses reprises à plusieurs institutions. Exception à la règle selon laquelle la valeur financière d’un chef-d’œuvre augmente avec le temps, le sujet ayant été sûrement rédhibitoire pour de nombreux amateurs et musées, le tableau repasse chez Christie’s New York le 4 octobre 2007 (lot 132), où il est vendu moins d’un million de dollars (alors 660 000 euros). Le réalisme dans la représentation de la violence que l’on admire au cinéma ou chez Picasso et Bacon, serait-il plus insupportable ou plus intelligible dans la fable ancienne ?
Kassel l’a finalement payé moins d’un million d’euros grâce au soutien des plusieurs fondations et associations (Hessische Stiftung, Ernst von Siemens, Dierichs Rainer, amis des musées de Kassel …). Dans la brève du 11/1/08, consacrée à l’acquisition du Jeune Homme chantant de Baburen par le musée de Francfort, il était écrit : « Notons que Baburen est un des manques les plus regrettables du Louvre qui avait laissé sortir de France, il y a vingt ans, un grand et beau tableau de l’artiste… Il est dommage qu’elle n’ait pu, à cette occasion [la vente de 2007], revenir définitivement en France ». On ne peut en effet que déplorer cette opportunité perdue qui ne se représentera pas de sitôt3.
Elève de Paulus Moreelse, Baburen se convertit au nouveau style sombre et naturaliste lors de son arrivée en Italie. Dans la Rome des années 1620, où travaillaient tant de jeunes génies, il fit une carrière prestigieuse, ayant pour mécène Vincenzo Giustiniani et le cardinal Scipione Borghese. Sa Mise au Tombeau pour la Capella della Pietà à San Pietro in Montorio obtint un succès populaire et fut largement copiée. Il retourna à Utrecht en 1620 ou 1621, où il mourut, probablement de la peste, trois ans plus tard, en février 1624. Signé et daté de cette même année, Achille devant le corps de Patrocle est un tableau ambitieux, érudit, tranchant sur la production commerciale de chanteurs et de concerts que demandaient, sans se lasser, les amateurs. Il montre Achille recevant le corps de son ami Patrocle, tombé au combat. Le héros grec a le poing droit congestionné par le sang, fermé de colère, alors que la main gauche fait le serment de venger sa mort (rappelons que dans l’Iliade, même les Dieux sont choqués par la violence de son désir de représailles, tellement fort qu’il mènera Achille à profaner le corps d’Hector)4
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