
1. Jacopo Amigoni (1682-1752)
Portrait de Carlo Broschi dit Farinelli
Huile sur toile - 82 x 61 cm
Madrid, Real Academia de bellas artes
de San Fernando
Photo : Michel de Piles
11/3/09 – Acquisitions – Madrid, Real Academia de bellas artes de San Fernando – Un peu en retrait des circuits touristiques, le Musée de l’Académie des Beaux-Arts possède l’une des plus importantes collections de la capitale, complémentaire de celles des autres institutions, et désormais exposée sur trois étages ouverts à la visite. Les œuvres espagnoles sont majoritaires, mais les autres écoles sont aussi bien représentées. De belles acquisitions sont régulièrement rendues possibles grâce aux arrérages du legs Guitarte et sont accrochées très rapidement après dans les salles (pour une synthèse sur ce musée et ses acquisitions antérieures, voir notre brève du 6/3/05). Nous y signalions déjà l’achat de portraits par Francisco Bayeu et de Luis Paret. L’ensemble des portraits des XVIIIe et XIXe siècles, qui constitue l’un des points forts, a pu s’enrichir récemment d’autres remarquables exemples.
Le peintre vénitien Jacopo Amigoni a peint à plusieurs reprises le célèbre castrat Farinelli. Les carrières internationales qu’ont menées ces deux artistes se sont croisées de nombreuses fois. Il s’étaient rencontrés à Londres vers 1734-1737 et retrouvés plus tard à Paris. Dans les années 1750, ils sont chacun au sommet de leur carrière à la Cour d’Espagne. Farinelli exerce une grande influence, même dans le domaine politique, sur Ferdinand VI et dirige l’Opéra de Madrid ; Amigoni est lui Peintre du Roi et directeur de la Real Academia de San Fernando. En comparaison du Portrait de Farinelli, majestueux et ironique, dans un paysage, de la Staatsgalerie de Stuttgart, ou de celui avec un groupe d’amis (Melbourne, National Gallery of Victoria)1, le portrait acquis en 2006 par la Real Academia est plus sobre (ill.1), avec un cadrage resserré, ce qui lui donne une psychologie plus profonde2. Le chanteur porte la décoration du prestigieux ordre des chevaliers de Calatrava.

2. Anton Raphaël Mengs (1628-1779)
Portrait de Louis de Silvestre, vers 1745-1746
Huile sur toile - 64,8 x 51,7 cm
Madrid, Real Academia de bellas artes
de San Fernando
Photo : Michel de Piles
Inédit jusqu’en 2007, acquis en 2008, le Portrait de Louis de Silvestre par Raphaël Anton Mengs (ill. 2), témoigne des relations cordiales entre l’artiste français et le jeune prodige à la Cour de Dresde. Il avait été précédé par un portrait au pastel, daté de 1745 (détruit en 1945). Lorsqu’il rentra à Paris en 1748, après 32 ans passés en tant que Premier Peintre de la cour de Saxe, Silvestre recommanda Mengs à l’électeur Louis Auguste pour lui succéder. Les portraits représentant Silvestre les plus connus datent de son retour en France, notamment ceux par Quentin La Tour (Saint Quentin, Musée Antoine Lécuyer, 1753), Greuze (Munich, Alte Pinacothek), Jean Valade (Versailles, Musée national du Château, 1754) ou la gravure de Watelet d’après Cochin (1753). Le tableau, éblouissant par sa facture à la fois léchée et pourtant onctueuse, s’ajoute aux nombreuses œuvres de l’artiste conservées à Madrid (voir la brève du 22/11/07).

3. José de Madrazo y Agudo (1781-1858)
Portrait de Manuel Godoy
Huile sur toile - 132 x 116 cm
Madrid, Real Academia de bellas artes
de San Fernando
Photo : Service de presse du musée
En 1816, l’ancien ministre Manuel Godoy céda à l’Académie ce qu’il restait de sa collection particulière à Madrid, dont son célèbre Portrait en prince de la paix par Goya de 18013. Il était donc intéressant pour la Real Academia d’acheter le portrait du même personnage par José de Madrazo (ill. 3). Principal représentant du néoclassicisme en Espagne, celui-ci fit toute sa carrière dans l’institution, d’élève à finalement directeur. Madrazo avait obtenu, en 1801, une bourse d’étude à Paris grâce à un premier portrait de Godoy. Il y fréquenta l’atelier de David. Cinq ans plus tard, Madrazo se rendit à Rome, fut emprisonné à cause de ses convictions anti-bonapartistes, puis travailla avec Ingres à la décoration du Quirinal et fut élu académicien de Saint-Luc. En 1814, la famille royale espagnole en fuite et Godoy s’étaient installés au Palais Barberini. Madrazo obtint alors le titre de Peintre de Chambre de Charles IV et peignit les membres de la petite cour en exil.
Le musée a aussi pu ajouter à sa galerie de portraits de Vicente López Portaña une version de celui du roi Fernando VII4 . Le successeur de Charles IV posa plusieurs fois pour Goya, mais ne cachait pas sa préférence pour Vicente López. Il le nomma Premier Peintre de Chambre en 1815 (un an plus tard, Madrazo fut nommé Peintre de la Chambre, lui aussi).

4. José de Gallegos Arnossa (1857 - 1917)
Le Chœur d’enfant à Séville, 1889
Huile sur toile - 44 x 61,5 cm
Madrid, Real Academia de bellas artes de San Fernando
Photo : Sotheby’s

5. Santiago Rusiñol y Prats (1682-1752)
Jardin de Miramar à Majorque(Sa Coma IV), 1904
Huile sur toile - 82 x 61 cm
Madrid, Real Academia de bellas artes de San Fernando
Photo : Sotheby’s

6. José Gutiérrez Solana (1886-1945)
La Cupletista (La chanteuse de ballades), 1927
Huile sur toile - 96 x 200 cm
Madrid, Real Academia de bellas artes de San Fernando
Photo : Sotheby’s
Trois peintures ont été obtenues à la vente Sotheby’s du 15 novembre 2006 à Londres, respectivement par José Gallegos (ill. 4)5, Santiago Rusiñol (ill. 5)6 et José Gutierrez Solana (ill. 6)7. Durant ces trois dernières années, le musée de l’Académie a aussi pu s’enrichir de toiles de Ramón de Zubiaurre Aguirrezábal (Portrait d’une vielle femme basque, 1936), Joaquín Valverde (Portrait de Concepción Pérez Masegosa), de plusieurs peintures de Fernando Labrada, allant du Symbolisme de ses débuts (l’ill. 7) aux portraits inspirés du quattrocento des années 20 (Antonia, 1928) et d’œuvres de Julio Gonzáles, Picasso (un beau dessin de 1969, en 2007) ainsi que d’artistes contemporains.

7. Fernando Labrada (1888-1977)
La Sonate 14 (Au clair de lune de Beethoven)
(versionII), 1912-1913
Huile sur toile - 82 x 61 cm
Madrid, Real Academia de bellas artes de San Fernando
Photo : M de P

8. Nicolas Engelbert Cetto
(actif dans la première moitié du XVIIIe siècle)
Vue de Naples,
Relief en cire dans un support en bronze doré
44,5 x 55,5 cm
Madrid, Real Academia de bellas artes de San Fernando
Photo : Service de presse du musée
Signalons enfin l’acquisition de trois reliefs en cire commandés au sculpteur bavarois Nikolas Engelbert Cetto pour les noces de Charles de Bourbon (futur Charles III) avec Marie Amélie de Saxe. Ils représentent les villes en rapport avec les titres nobiliaires des époux : Dresde, Naples (ill. 8) et Jérusalem.
