Le Louvre ne se résume pas, et c’est heureux, à l’antenne de Lens ou à ses projets américains. Il serait injuste de ne pas reconnaître que la politique du musée est, sur de nombreux sujets, excellente. Les lecteurs attentifs de La Tribune de l’Art savent bien qu’à côté de quelques articles rageurs - que nous ne renions pas - le site rend compte, fréquemment, de la vie du musée, de ses acquisitions, de ses expositions, de ses restaurations, qui sont souvent de très grande qualité. Il est juste donc de consacrer au moins un éditorial pour détailler, de manière non forcément exhaustive, quelques unes de ces réalisations qui font du Louvre un des musées les plus actifs et des plus ambitieux du monde.
Tout d’abord, l’accueil des visiteurs a été nettement amélioré. La longue file d’attente qui obligeait les touristes à patienter des heures à l’extérieur, qu’il pleuve ou qu’il vente, n’existe plus. Sa disparition n’était pas une mince affaire. L’entrée était prévue à l’origine pour 4,5 millions de visiteurs par an. Ils sont aujourd’hui près de 6 millions. Il a fallu augmenter le nombre de bornes distribuant les tickets, mieux gérer l’ouverture des caisses sous la pyramide et affecter de nouveaux agents à l’accueil1. Le résultat est là : on n’attend plus pour pénétrer dans le Louvre. L’entrée unique, principe qui avait été très contesté, a vécu depuis déjà longtemps : à l’entrée du pavillon de Flore s’ajouteront probablement dans un avenir proche d’autres accès actuellement à l’étude.
Autre point positif : le nombre de salles fermées a tendance à diminuer même si beaucoup reste encore à faire. En ont profité essentiellement les Sculptures et les Antiquités grecques et romaines. Cependant, certaines salles du département des Peintures, en particulier les peintures baroques italiennes et espagnoles (salles 15-25 et 27-31) ne sont ouvertes que deux jours par semaine, le jeudi et le samedi, ce qui est notoirement insuffisant. En 2001, selon les chiffres donnés par la direction du musée, le taux d’ouverture des salles était de 74%. Aujourd’hui, il serait de 88% et l’objectif en 2008 est d’obtenir près de 100% d’ouverture des salles, c’est-à-dire un Louvre ouvert entièrement, en permanence. Acceptons-en l’augure2.
Nous parlions au début de cet éditorial des expositions et des acquisitions. Les premières se succèdent sans interruption et sont en général d’un excellent niveau. Le Cabinet des dessins montre par roulement quelques-uns de ses fonds3 et l’on n’a jamais pu voir autant de dessins au Louvre. Le programme à venir n’est pas moins attractif (La France Romane bientôt, Girodet à l’automne, Ingres l’an prochain) et le musée ne craint pas de proposer des sujets a priori peu « grand public » (Primatice) au succès pour le moins aléatoire. Il est là dans son rôle.
Quant aux acquisitions, elles ont été dynamisées par les lois sur le mécénat. L’achat récent sur le marché international du buste de Messerschmidt (voir brève du 27/1/05) témoigne d’une ambition nouvelle soutenue par la mobilisation de réels moyens financiers. A ce propos, si l’on doit regretter les restrictions pour certaines catégories du droit d’entrer gratuitement4 et l’augmentation importante du coût du billet, il est évident que la gratuité complète, pour tous, ne peut être envisagée, sauf à imaginer que l’Etat compense intégralement le manque à gagner5, car cela réduirait fortement la capacité d’achat du musée. Or, l’augmentation du prix des œuvres d’art nécessite pour le Louvre un budget important.
On pourrait encore parler de la restauration de la galerie d’Apollon, exemplaire6, ou de la mise en ligne de l’Inventaire du Département des Arts graphiques. Sans les projets de création d’une annexe à Lens, la tentation toujours vive de la mondialisation7, le bilan serait donc plutôt positif. Nous persistons à penser que cette antenne du Nord, qui est avant tout une décision politique, est un mauvais coup porté au musée et à son intégrité. Nous continuerons à nous y opposer. Mais sans ignorer les réussites du Louvre.
