Monsieur le rédacteur,
Qui eût cru que la redécouverte de ce cher Navez, que je côtoie depuis 30 ans et dont le talent et la diversité se révèlent pleins d’agréables surprises, allait faire tant de bruit et surtout agiter à ce point le monde des géricaldiens ? N’a-t-on pas envie de sourire quand on songe à ce qui aurait pu se dire et s’écrire si le tableau de 1821 de Navez où apparaît la vieille Sabine, qui a été publié pour la première fois par mes collègues et moi en 1999, était resté inconnu ? N’oublions pas que dans ces « affaires » et « affaire dans l’affaire », ce tableau de Navez est, qu’on le veuille ou non, la seule certitude incontestable dont on dispose ! Tout le reste est constructions, plus ou moins bien fondées. J’y inclus très volontiers ce que j’ai présenté comme des propositions et cherché à étayer le mieux possible. Cependant, « s’il fallait éventuellement - ainsi que je l’ai écrit dans la Gazette des Beaux-Arts -, en vertu d’arguments nouveaux, rejeter l’hypothèse Navez pour désigner le ou les auteurs des diverses études de cette vieille Sabine, il n’en demeure pas moins que c’est bien dans le cercle des peintres présents à Rome en 1821 qu’il faudrait chercher ». On ne saurait être plus clair, faire preuve de plus d’esprit d’ouverture et laisser davantage de place au doute systématique qui ne doit jamais quitter l’historien.
Le texte de Monsieur Chenique n’apporte malheureusement rien de neuf aux questions censées être débattues et, ayant dit moi-même ce que j’avais à dire de neuf dans mon bref article sur les récentes acquisitions d’œuvres de Navez et de Schnetz, je me garderai bien de ferrailler sur des positions déjà connues. La seule nouveauté qu’apporte mon confrère concerne la Diseuse de bonne aventure de Clermont-Ferrand. Aux arguments divers et précis que j’ai développés dans la Gazette, il oppose maintenant une œuvre de Schnetz, La prière des pèlerins italiens, dont la parenté avec la Diseuse de Bonne aventure est, avouons-le, très lointaine. Un « parallèle esthétique » (ce sont les termes utilisés) serait-il donc un critère d’attribution ? Voilà qui surprend. Je gage que Monsieur Chenique ne l’appliquera pas dans l’élaboration de son catalogue de l’œuvre de Géricault, tant il est vrai que les tableaux de cette époque susceptibles d’être l’objet de « parallèles esthétiques » avec ceux du maître sont nombreux. La période reste, en effet, encore très mal connue, je le rappelais dans la Gazette. C’est pourquoi des travaux tels que ceux qui ont été menés sur Schnetz et Navez contribuent grandement à faire avancer la connaissance. La réapparition des œuvres de ces deux artistes qui introduisent aujourd’hui un doute salutaire et soulèvent la passion, n’en est-elle pas la preuve ? Je partage avec les auteurs français et belges des monographies de Schnetz et de Navez la fierté d’y être pour quelque chose. Libre à Monsieur Mehdi Korchane (dont j’ai par ailleurs vivement apprécié la clarté et le ton pondéré) de concentrer la gloire sur Monsieur Chenique, bien entendu.
Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur, mes sentiments les meilleurs.
Denis Coekelberghs
