On rêve parfois


Depuis deux mois et demi, un nouveau Ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a remplacé Jean-Jacques Aillagon. La nomination de ce dernier avait été bien accueillie, mais en à peine deux ans il a réussi l’exploit de faire l’unanimité contre lui. Contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là, le patrimoine et les musées n’ont aucunement été favorisés au détriment des autres formes d’arts. Au contraire. Nous n’avons cessé ici-même de dénoncer les attaques régulières que M. Aillagon leur a portées : transfert aux entités territoriales des maîtrises d’ouvrage des monuments historiques, début de démantèlement (par la décentralisation) du Service de l’Inventaire Général, baisse des moyens de l’archéologie préventive, menaces contre l’INHA, multiplication des projets « gadgets »,... Les actions positives à mettre à son crédit étaient fort rares : un élargissement du champ d’application de l’achat des trésors nationaux aux objets conservés à l’étranger, un grand plan pour Versailles1,... De nombreux conservateurs de musée avaient l’impression que le ministre prenait un malin plaisir à détruire tout ce qui existait.
Depuis son arrivée, Donnedieu de Vabres s’est attaqué presque exclusivement au problème des intermittents - avec un succès relatif, mais supérieur à celui d’Aillagon - et pour le reste se contente d’expédier les affaires courantes. Un examen quotidien des Journaux Officiels témoigne de cette totale apathie législative et réglementaire. Paradoxalement, tout le monde s’en félicite secrètement en retenant son souffle et en espèrant, sans le dire trop haut, que certains projets seront abandonnés discrètement. L’emplacement de l’antenne du Louvre devait être choisie après les élections régionales : plus personne n’en parle. Même chose pour le transfert de propriété des monuments historiques. Le moins mauvais ministre de la Culture est, aujourd’hui, celui qui se limite à inaugurer des expositions. Faut-il s’en réjouir ? Sans doute pas. Il y a tellement à faire.
Un ministre de la Culture inactif ou nuisible, est-ce la seule alternative ? On rêve, parfois, d’un ministre intelligent et cultivé, qui aurait le poids politique nécessaire pour faire les bonnes réformes, pour donner des budgets là où ils sont nécessaires, pour lutter contre tous les vandalismes, qu’ils soient privés ou publics...


Didier Rykner, lundi 14 juin 2004


Notes

1. Malheureusement, les espoirs mis dans ce Grand Versailles (voir brève du 31/10/03) ont été rapidement démentis par les faits (voir article Versailles ou Versailles-land  ?)


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