La découverte et le déchiffrement des inscriptions latines de la galerie des glaces à Versailles


Auteurs : Florence Vuillemier-Laurens et Pierre Laurens (article publié dans Monuments en mémoire de la Fondation Eugène Piot, t. 86)

Durant l’automne 1683, la partie nord correspondant aux deux tiers de la voûte de la grande galerie de Versailles était dotée d’inscriptions latines rédigées par l’abbé Paul Tallemant et destinées à commenter les compositions peintes par Charles Le Brun et son équipe. Dans l’année qui suivit, avant novembre 1684, elles étaient remplacées par des inscriptions en langue française, dues à François Charpentier dans un premier temps, puis, à l’automne 1685, au tandem formé par Nicolas Boileau et Jean Racine, qui conçurent les textes définitifs, plus proches de la simplicité et de la concision latines que ceux, volubiles, de Charpentier.
Dès 1676, la modernité et l’efficacité politique du français avaient fait l’objet d’un plaidoyer par Charpentier à l’occasion du projet d’arc de triomphe pour le Faubourg Saint-Antoine à Paris (Deffense de la langue françoise pour l’inscription de l’arc de triomphe, Paris, 1676, suivi par De l’excellence de la langue française, Paris, 1683).

C’est seulement au cours du récent chantier de restauration de la grande galerie de Versailles que les inscriptions latines ont été repérées, alors que l’on supposait jusque-là qu’elles n’avaient pas trouvé le temps d’être réalisées. La majeure partie d’entre elles a ainsi pu être déchiffrée sur cinq grands cartouches de stuc (dont quatre recouverts dès 1684 par des cartouches de bois), dix-huit boucliers ornés par la suite de motifs symboliques, six cartouches peints à la voûte et deux compositions octogonales.
Le résultat de cette patiente investigation est confronté aux données fournies par les descriptions anciennes de la galerie, mais aussi aux devises des médailles liées aux événements représentés à la voûte. Une véritable « philosophie de l’inscription latine » est proposée à l’issue de cette analyse érudite et nourrie. Répartie sur le cartouche central et les deux boucliers latéraux au-dessous des grandes compositions peintes, elle propose une lecture qui en accompagne le concept organisateur. Liée au dispositif de la médaille, l’inscription nomme l’événement historique et le décompose en péripéties. À cet égard, pour reprendre l’expression de Gérard Sabatier (Versailles ou la figure du roi, Paris, 1999, p. 266), la galerie forme le « grand médailler royal » de Versailles.

Florence Vuillemier-Laurens et Pierre Laurens, « La découverte et le déchiffrement des inscriptions latines de la galerie des glaces à Versailles », Monuments en mémoire de la Fondation Eugène Piot, t. 86, 2007, p. 57-164.


Alexandre Maral, samedi 21 mars 2009



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