Patrimoine des Hauts-de-Seine. Guide des peintures murales 1910-1960


Auteurs : Sous la direction de Marie Monfort, Jannie Mayer et Claire Vignes-Dumas.

IMG/jpg/Couverture_Hauts_de_Seine.jpgLe deuxième volume de la passionnante collection du Patrimoine des Hauts de Seine vient de paraître (voir l’article sur le premier), consacré aux peintures murales du XXe siècle, un sujet mal connu qui mériterait assurément un meilleur sort. Celles-ci datent essentiellement des années 1930 même si ce grand mouvement qui vit renaître la tradition de la fresque dans le premier tiers du XXe se poursuivit jusqu’aux années 1960. Si le mobilier de l’époque Art Déco est pleinement réhabilité (jusqu’à entraîner l’apparition de nombreux faux), si la sculpture de ces années là est mieux connue grâce à la parution de nombreux livres et à l’organisation d’expositions, la peinture reste curieusement le parent pauvre quand elle ne relève pas de l’avant-garde. On retrouve un peu le schéma qui prévalait pour la seconde moitié du XIXe siècle, Impressionnistes contre peintres académiques, avant l’ouverture du Musée d’Orsay et la réhabilitation (toujours fragile) de ces derniers.

Tant civils que religieux, les décors de cette époque ne manquent pourtant pas de qualités. L’ouvrage, organisé selon un principe identique au précédent, permet de découvrir des ensembles tout à fait remarquables et d’une importance qu’on ne saurait sous-estimer, comme l’église Notre-Dame-du-Calvaire de Châtillon, entièrement décorée d’après un projet de Paul Laurens, le fils de Jean-Paul Laurens. Si le peintre, disparu en 1932 après avoir élaboré tout le programme, ne put exécuter effectivement les peintures murales, le travail fut poursuivi sous la direction de son épouse, Yvonne Diéterle, également artiste. Le résultat est impressionnant et l’existence chez les descendants de toutes les études préparatoires, des dessins, cartons à grandeur d’exécution, calques et même de maquettes de l’ensemble ne l’est pas moins. Il faut souhaiter que ce fonds d’atelier, qui a permis aux auteurs du livre de décrire complètement le décor et sa genèse, ne soit pas un jour dispersé.

Parmi les autres réalisations importantes, on notera pour les années 30 le chantier de la cathédrale Sainte-Geneviève, dont le transept et le chœur ont été entièrement peints par Paul Baudoüin et ses élèves qui poursuivirent l’œuvre de celui-ci après son décès en 1931. Il est symptomatique de noter que seul le clocher de cet édifice, qui date du XIVe siècle, est classé, les peintures murales n’étant pas protégées au titre des monuments historiques. Des mêmes années, mais profanes cette fois, on remarquera également les fresques de l’Hôtel de Ville de Puteaux par Louis Boucquet et Pierre Dionisi. Ce bel édifice Art Déco, ne bénéficie d’aucune protection.
Bien qu’elles sortent du champ chronologique de La Tribune de l’Art, on ne peut négliger certaines œuvres postérieures à la Seconde Guerre mondiale, telles que le réfectoire du lycée Michelet à Vanves, peint par Henri Lerondeau et Pierre-André Bouey en 1954 ou l’église Saint-Jacques le Majeur à Montrouge entièrement recouverte d’un décor à l’huile sur enduit par une équipe d’artistes sous la direction de Robert Lesbounit et André Auclair entre 1946 et 1953.


1. Angel Zárraga (1886-1946)
L’Assomption, 1924 (peinture murale
aujourd’hui recouverte)
Peinture à la cire
Suresnes, église Notre-Dame de la Salette
Photo : D. R.
© ADAGP

2. Angel Zárraga (1886-1946)
L’Assomption, 1924
Gouache - 26,6 x 21 cm
Paris, collection particulière
Photo : D. Rykner
© ADAGP


On a souvent tendance à confondre peintures murales et fresques. Rappelons que cette dernière technique est bien particulière, consistant à déposer la couleur sur un fond à base de chaux, qui va sécher en absorbant les pigments, empêchant tout repentir. La vraie fresque avait pratiquement disparu en France depuis le XVIe siècle, très peu de décors avaient depuis cette date été exécutés dans cette technique dont les secrets s’étaient plus ou moins perdus. Au XIXe siècle, quelques artistes tentèrent de la retrouver (notamment Victor Mottez) mais il s’agit d’exceptions. Le renouveau de la fresque au XXe siècle est donc un phénomène notable. Originalité, qualité picturale, cela n’a malheureusement pas suffi à assurer la pérennité d’œuvres pourtant récentes. Le désintérêt et l’ignorance ont causé beaucoup de dégâts, soit que les décors aient complètement disparu, parfois avec le bâtiment qui les contenait, soit - et c’est tout de même moins grave - qu’ils aient été recouverts de badigeons les rendant aujourd’hui totalement invisibles. Les auteurs du livre ont tenu à inventorier tout ce dont ils avaient connaissance, et il faut espérer qu’en attirant l’attention sur telle ou telle œuvre, il puisse permettre de les sauver d’une disparition complète.

Les publications permettent de prendre conscience de l’importance d’un patrimoine, elles occasionnent aussi des redécouvertes. En lisant ce livre, nous sommes tombé sur les photographies du décor disparu (mais qui existe peut-être toujours sous les badigeons) de l’abside de l’église Notre-Dame de la Psalette à Suresnes, dûs au peintre mexicain, actif sur de nombreux chantiers de l’Ile-de-France, Angel Zárraga. Nous avons pu mettre en rapport l’Assomption (ill. 1), autrefois placée à gauche d’un triptyque comprenant également un Couronnement de la Vierge au centre et une Annonciation à droite, avec une gouache jusque là anonyme (ill. 2), conservée dans une collection particulière parisienne, qui peut donc être rendue avec certitude à cet artiste.

On ne peut une nouvelle fois que louer cette collection sur le patrimoine des Hauts-de-Seine (un volume dédié aux peintures murales antérieures au XXe siècle est déjà prévu) et espérer sa pérennité. Puisse-t-elle aussi donner des idées à d’autres Conseils Généraux. Nul doute qu’un inventaire complet des décors du XXe siècle de la région parisienne ne permette d’en découvrir et d’en sauver un grand nombre.

Sous la direction de Marie Monfort, Jannie Mayer et Claire Vignes-Dumas, Patrimoine des Hauts-de-Seine. Guide des peintures murales 1910-1960, Somogy éditions d’art, 2009, 192 p., 24 €. ISBN : 9782757202012


Didier Rykner, dimanche 15 février 2009



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