18/11/08 – Accrochage – Paris, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris – La direction du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris a remis au goût du jour sa très belle collection d’art décoratif des années 1930. L’expérience est inattendue pour le visiteur du nouvel accrochage des collections, décidé par Fabrice Hergott, successeur de Suzanne Pagé à la direction de l’institution depuis plus d’un an. Placée au début d’un parcours complètement réorganisé, l’installation des objets d’art révèle la richesse d’un fond sorti d’un long purgatoire. La majorité d’entre eux n’avait pas été montrée depuis plusieurs décennies. D’autres, notamment l’ensemble de céramiques, sont parfaitement inédits. La plupart des œuvres exposées sont issues de commandes ou d’acquisition de l’administration aux artistes décorateurs à l’issue de l’Exposition Internationale des Arts et Techniques de 1937, manifestation historique qui modifia l’urbanisme de la colline de Chaillot et fut à l’origine de la création même du Musée. Le nouvel accrochage, dans son ensemble, est d’abord l’occasion de redécouvrir ce bâtiment unique, fleuron de l’architecture officielle de la période. Les murs ont été généreusement repeints, faisant disparaitre les effets malheureux de contraste qui dénaturaient autrefois l’unité intérieure du musée. La réouverture des baies sur l’esplanade donne un sentiment d’espace dont le public avait perdu l’habitude, et la salle dédiée aux arts décoratifs a retrouvé son intégrité grâce au réaménagement de la mezzanine, anciennement masquée.
Les pièces de mobilier présentées sont de toute première qualité, signées par les plus grands noms des années Trente : Jean Dunand, Eugène Printz, Pierre Chareau ou encore Jacques-Emile Ruhlmann. Ce dernier est mis à l’honneur au travers de plusieurs pièces exceptionnelles, dont l’un des rares exemplaires du meuble au char, fait d’ébène de macassar et marqueté d’ivoire et d’acajou de Cuba. Conformément au goût de cette période faste pour les arts décoratifs, les matières éclatent par leur préciosité. Qu’il suffise de regarder l’impressionnant canapé en palissandre de Rio, recouvert de satin de soie, réalisé par Gérard Saddier en 1938. Peu de sculpture est associée au mobilier, hormis une belle acquisition récente : une tête de Nymphe d’Alfred Janniot, statuaire auquel on doit les deux grands bas-reliefs de l’esplanade mais qui n’était curieusement pas représenté dans la collection du musée jusqu’ici. L’installation entend bien mettre en valeur la modernité conceptuelle des décorateurs de la période. Le mobilier signé Michel Dufet, gendre du sculpteur Antoine Bourdelle, est là pour rappeler que leur travail fut contemporain des abstractions de Mondrian ou du surréalisme. L’ensemble, justement, pêche peut-être par l’absence de tableaux, à l’exception notable de deux Paul Jouve, placés en retrait et qui ne sont guère des œuvres majeures de la période. Sans doute était-ce pour mieux servir l’impressionnant décor de laque doré réalisé par Jean Dunand pour le fumoir du Normandie, en 1935. Acheté par la Ville de Paris en 1980, cette pièce fut ressortie à plusieurs reprises à l’occasion de grandes expositions d’envergure internationale. Ce refus de mélanger les arts décoratifs aux Beaux-Arts semble procéder d’un choix volontaire de l’équipe en charge de l’installation. Il s’agissait sans doute d’éviter l’écueil de la reconstitution historique, trop anecdotique, et qui ne correspond plus aux exigences de la muséographie contemporaine. Mais ces objets fonctionnels ne mériteraient-ils pas d’être d’abord associés à des toiles significatives de la période - à l’exemple de celles qui composent la donation André Breton exposées dans la salle suivante - pour faire mieux apparaitre leur modernité ? La question mérite d’être posée lorsqu’il s’agit d’une mise en scène d’un mobilier à la connotation fortement décorative et ostentatoire. Dans la mezzanine, la conservation en charge de cette réinstallation a cependant tenté un pari audacieux et réussi : montrer la collection de céramiques du musée, de très belle qualité et parfaitement inconnue du public. Réalisées par les ténors de cette époque – Marinot, Decoeur, Daum ou encore Buthaud – ces pièces témoignent de l’inventivité féconde des décorateurs de la période, toujours en recherche de textures et d’effets nouveaux. Il serait peut-être souhaitable d’accompagner ces objets d’encarts pédagogiques, afin d’expliquer leurs techniques très spécifiques et méconnues des visiteurs néophytes.
« Mon souhait était d’offrir un parcours agréable au visiteur, axé sur le plaisir et la redécouverte des collections du musée, et de remettre aussi en valeur la très belle architecture du lieu », explique Fabrice Hergott. En faisant renouer le musée avec sa propre histoire, le directeur se défend d’avoir voulu faire l’inverse de son prédécesseur. Il reste cependant la question de l’esplanade, toujours dans un bien triste état, dont il faudrait obtenir la réfection (voir brève du 20/9/07). Mais depuis de nombreuses années, elle représente un litige permanent entre la Ville de Paris et l’Etat. La réinstallation des arts décoratifs en salle apparait comme une incitation discrète, mais directe, à une rénovation plus complète de ce très beau musée.


