Mise en ligne du Répertoire des tableaux italiens conservés en France


26/6/08 – Internet – Base de données – L’INHA vient de mettre en ligne une première partie d’une de ses bases de données les plus attendues (voir article), le Répertoire des tableaux italiens dans les collections publiques françaises XIIIe-XIXe siècles (RETIF), réalisé sous la direction de Michel Laclotte par une équipe qui y travaille depuis plusieurs années. Trois régions (plus le musée de Douai dans le Nord-Pas-de-Calais) sont déjà en ligne, les autres suivront.

1. Jusepe de Ribera (1591-1652)
Christ bénissant
Huile sur toile - 110 x 86 cm
Nivillac, église
Photo : INHA

Ce répertoire concerne les peintures italiennes, sur tous supports y compris le papier, à l’exception des décors muraux exécutés par des artistes italiens en France (ils feront l’objet d’une autre enquête). Les peintres d’origine étrangère ayant fait toute leur carrière en Italie (comme Denys Calvaert, Livio Mehus ou Lambert Sustris) sont inclus dans la base, sauf ceux historiquement situés dans une autre école comme Poussin, Claude Lorrain ou Jusepe de Ribera1. Les tableaux anciennement donnés à l’école italienne sont également pris en compte. On y trouve par exemple un Christ en buste bénissant vu de profil de Ribera (ill. 1), jusqu’ici attribué au Maître du Jugement de Salomon, dont on sait maintenant, grâce à Gianni Papi, qu’il s’agit de la période de jeunesse de Ribera à Rome2. Toutes les attributions successives sont indiquées ce qui est très utile, en particulier lorsque le nom de l’artiste n’est pas encore identifié avec certitude afin de mieux situer l’ambiance dans laquelle l’œuvre peut être située, donnant ainsi des indications précieuses sur l’évolution du connoissorship. Toutes les copies, pourvu qu’elles aient une qualité suffisante (seules les véritables croûtes ont été exclues de ce répertoire), sont inventoriées, ainsi que les œuvres détruites.

Les auteurs sont partis de l’excellent principe qu’une mauvaise photo vaut mieux que pas de photo du tout. La plupart d’entre elles sont d’ailleurs tout à fait correctes et d’une taille suffisante. Quelques absences d’illustrations sont toutefois regrettables, comme pour l’église Saint-Denis d’Amboise qui conserve pourtant quelques tableaux remarquables3. Les œuvres du Musée des Beaux-Arts de Chartres sont également très peu photographiés. Nul doute que ces lacunes seront comblées progressivement.

Il faut se promener dans cette base dont le mode de recherche est plutôt bien fait et ergonomique. On soulignera ci-dessous quelques nouveautés notables, un choix évidemment non exhaustif.

Bretagne

Rome, seconde moitié du XVIIe siècle
La Vierge et l’enfant terrassant l’hérésie
Huile sur toile - 178 x 118 cm
Ploemeur, église Saint-Pierre
Photo : D. R.

Au Musée de Quimper, un important tableau lombard, Le Supplice de Régulus, dont l’attribution oscille entre Daniele Crespi et Giulio Cesare Procaccini, n’avait jamais été publié.

Tout aussi inédits, notons un bel anonyme romain du XVIIe siècle dans l’église St Pierre de Ploemeur La Vierge et l’Enfant terrassant l’hérésie (ill. 2) ; un tableau de Palma le Jeune La déploration du Christ, don d’un collectionneur parisien dans les années 1990 à l’église de Saint-Lunaire ; un joli tableau d’un artiste peu connu, Filippo Zaniberti (ill. 3). est conservé au Musée des Jacobins à Morlaix. Cette dernière œuvre, comme les autres du XVIIe citées dans cet article et conservées dans un musée sont absentes de l’excellent répertoire dû à Arnauld Brejon de Lavergnée et de Nathalie Volle4, preuve qu’il est toujours possible de faire des découvertes.

3. Filippo Zaniberti (1585-1636)
L’enfance d’Ascagne
Huile sur toile - 115 x 151 cm
Morlaix, Musée des Jacobins
Photo : Musée de Morlaix


Centre

Parmi les nouveautés dans cette région, on citera un beau tableau attribué à Jacopo Amigoni à l’Hospice d’Issoudun (ill. 4) ; un Christ et saint Pierre, probablement génois du XVIIe dans l’église de Levroux ; une Sainte Famille avec un ange attribué à Lorenzo Garbieri à Vendôme (église de la Trinité). Si les tableaux du XVIIe et du XVIIIe siècle sont majoritaires, comme ailleurs, notons aussi un intéressant panneau provenant d’un retable du Piémontais Macrino d’Alba, conservé dans l’église du Chautay (ill. 5).

4. Attribué à Jacopo Amigoni (1682-1752)
L’Empereur Alexandre rend hommage au grand prêtre Jaddus
Huile sur toile - 94,5 x 112,5 cm
Issoudun, Musée de l’Hospice Saint-Roch
Photo : J. Bernard

5. Macrino d’Alba (vers 1465-vers 1528)
La Mise au tombeau
Huile sur panneau - 80 x 172 cm
Le Chautay, église
Photo : Médiahèque de l’Architecture et du Patrimoine


Alors que Loches continue de faire sa publicité autour de ses soi-disant « Caravage » (voir brève du 26/1/06), le répertoire fait justice de ces attributions plus que fantaisistes et les répertorie comme copie5. Reste qu’à Loches, ils sont exposés sous ce nom prestigieux, mystifiant ainsi les touristes à qui l’on demande pas moins de 3 €6...

Poitou Charente

Si les grands musées (Brest, Renne, Quimper, Orléans et Tours) dominent les deux premières régions, celle-ci, en dehors de Poitiers, se caractérise par la répartition de tableaux italiens dans plusieurs petits musées (Cognac, Niort, La Rochelle,...). On signalera un bel anonyme vénitien représentant L’Amour (ill. 6) à La Rochelle et un tableau de Giovanni Battista Lenardi à l’église Notre-Dame de Chauvigny7 (ill. 7).

6. Attribué à l’école vénitienne, XVIIe siècle
L’Amour
Huile sur toile - 151 x 108 cm
La Rochelle, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musées d’Art et d’Histoire
de La Rochelle

7. Giovanni Battista Lenardi (1656-1704)
Le Martyre de saint Léger
Huile sur toile - 210 x 145 cm
Chauvigny, église Notre-Dame
Photo : Médiathèque de l’Architecture et
du Patrimoine


En mettant à disposition un tel répertoire (qui ne doit en aucun cas décourager la publication de catalogues raisonnés sur papier), l’INHA donne un outil inestimable aux historiens de l’art et remplit ainsi pleinement son rôle. Bien des œuvres demeurant anonymes, nul doute que certains tableaux pourront ainsi trouver leur attribution définitive. La souplesse d’Internet, en permettant une mise à jour régulière, permettra d’affiner et de compléter ce panorama. On peut suggérer à ses auteurs - cela devrait d’ailleurs être la règle pour toute base de données sur Internet - de prévoir une section "Nouveautés en ligne" qui répertorierait régulièrement les modifications effectuées afin d’éviter qu’elles ne passent inaperçu.


Didier Rykner, jeudi 26 juin 2008


Notes

1. Toutes ces précisions sont données par Michel Laclotte, maître d’œuvre de ce projet.

2. Remarquons aussi qu’un Saint Paul de l’atelier de Ribera du Musée de Rennes est également catalogué.

3. L’un attribué à Francesco del Cairo, un autre de Francesco Curradi, un une œuvre de l’atelier de Carlo Dolci dont le titre semble avoir été oublié et La Réconciliation de Jacob et Esaü attribuée à Giovanni Andrea de Ferrari)

4. Arnaud Brejon de Lavergnée, Arnauld et Volle, Nathalie. Musées de France. Répertoire des peintures italiennes du XVIIe siècle. Paris : éd. de la Réunion des musées nationaux, 1988.

5. Il manque cependant la dernière référence bibliographique (Clovis Whitfield, « Prospero Orsi, interprète du Caravage », Revue de l’Art, n° 155, 2007), où les tableaux sont « attribués à Prospero Orsi », une proposition qui ne semble pas faire l’unanimité, mais qui devrait néanmoins figurer dans la base.

6. Invité par la Mairie de Loches, nous nous sommes rendu il y a un an à Loches, pour constater de visu ce que toute photographie montre clairement : ces tableaux sont des copies.

7. Tableau publié dans par Henri Roy en 2000 dans Le Pays Chauvinois.


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