
1. François Bouchot (1800-1842)
Marie-Madeleine témoin de la mort de Jésus
Huile sur toile - 24 x 52 cm
Beauvais, Musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise
25/5/07 – Acquisitions – Beauvais, Musée départemental de l’Oise – Certains petits musées démontrent régulièrement qu’avec des moyens limités il est possible d’enrichir une collection. C’est le cas de celui de Beauvais qui pratique une politique d’acquisition intelligente, comme le prouvent les œuvres suivantes, entrées en 2006 et au début de 2007.
Le décor mural de la Madeleine, auquel Delaroche renonça, fut réparti en 1836 entre plusieurs peintres, Jules Ziegler pour le cul-de-four de l’abside et six artistes pour chacun des six compartiments cintrés en haut des parois de la nef. François Bouchot, élève de Regnault et de Lethière, Prix de Rome en 1823 (ex-aequo avec Auguste-Hyacinthe Debay) y réalisa sa dernière œuvre car il disparut peu de temps après son achèvement, à l’âge de 41 ans. Il la signa Bouchot jam moriens pinxit (Bouchot, déjà mourant, l’a peint).
Le musée a acquis1 une de ses esquisses peintes pour ce décor (ill. 1). Celle-ci semble se situer assez tôt dans la conception, car elle présente de nombreuses variantes avec l’œuvre définitive, même si les grandes lignes de la composition sont déjà là. Le geste de la Vierge et l’expression de la Madeleine rendent la scène encore plus pathétique et expressive que dans le décor réalisé. Bouchot fait preuve ici d’un tempérament réellement romantique.

2. François Bouchot (1800-1842)
Marie-Madeleine témoin de la mort de Jésus, 1838
Huile sur toile - 30,2 x 63, 5 cm
Localisation actuelle inconnue
Photo : Sotheby’s

3. François Bouchot (1800-1842)
Marie-Madeleine témoin de la mort de Jésus
Huile sur toile - Dimensions inconnues
Localisation actuelle inconnue
Photo : D. R.
Il existe au moins deux autres esquisses comparables de Bouchot, qui semblent toutes les deux postérieures à celle-ci. La première, signée et datée 1838, a été vendue chez Sotheby’s à New York le 21 juin 20062 (ill. 2). La deuxième (ill. 3), très proche de l’œuvre achevée, était sur le marché de l’art parisien il y a quelques années ; elle portait une fausse signature Delacroix.
Le Musée de Beauvais avait acquis en 2001 une esquisse préparatoire pour un des projets non réalisés de Paul Delaroche (voir l’article). Des études pour certains autres compartiments, peintes ou dessinées, sont conservées dans les musées français : La Mort de la Madeleine par Emile Signol (Roubaix, huile sur toile), La Madeleine chez Simon le Pharisien d’Auguste Couder (Louvre, grand dessin), Les saintes Femmes au tombeau du Christ par Léon Cogniet (Orléans, plusieurs dessins et peintures)3.

4. Charles Landelle (1821-1908)
Les Anges de la Passion du Christ portant le Calice, 1847
Huile sur panneau
Beauvais, Musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise
Les Anges de la Passion du Christ portant le Calice par Charles Landelle4 (ill. 4) ont été gravés en 1847 avec, comme pendant, Les Anges de la Passion du Christ portant la Couronne d’épines. Ces deux compositions ont donné lieu à de nombreuses répliques autographes ainsi qu’à des copies, comme souvent chez Landelle. Un tableau pratiquement identique, qui appartenait alors à une collection particulière de Dijon5, a été présenté lors de la rétrospective consacrée à l’artiste à Laval en 1987. L’œuvre est typique du style de Landelle, empreint d’une suavité jamais mièvre d’inspiration corrégienne.

5. Léon Bonnat (1833 - 1922)
Nocturne : le lac de Gérardmer, 1893
Huile sur toile - 46 x 65 cm
Beauvais, Musée départemental de l’Oise François Bouchot
Photo : Musée départemental de l’Oise

6. Pierre-Victor Galland (1822-1892)
Nocturne : Clairière en forêt
Huile sur carton entoilé - 28 x 36,5 cm
Beauvais, Musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise
Deux tableaux atypiques sont venus compléter le fonds symboliste français patiemment constitué depuis les années 1970 et l’un des plus complets de Province. Il s’agit de deux « paysages mystérieux » dus aux célèbres peintres « pompiers », Léon Bonnat et Pierre-Victor Galland6. Mais on ne s’étendra pas trop ici sur ce qui n’est qu’une apparente contradiction ; nos lecteurs savent bien que les grands peintres académiques réservent des surprises et sont quelquefois capables de réalisations plus libres et plus modernes que le rôle dans lequel la critique a voulu les cantonner. Justement, dès le début des années 1880, Léon Bonnat échappait à son statut de portraitiste mondain par des pochades sensibles, usant d’une touche enlevée et calligraphique à la Whistler, Stevens ou Boldini (Vue de San Giorgio Maggiore à Venise, Musée Bonnat, Bayonne). Avec une gamme colorée réduite aux seuls noir, blanc et gris-bleuté, la Vue du lac de Gérardmer (ill. 5), signée et datée de 1893, possède une lumière évanescente, une découpe irréelle des arbres et une mise en page japonisante qui l’apparentent à l’ambiance symboliste, entre Pointelin et Carrière. Une autre peinture, dans un esprit comparable, est conservée au Musée départemental Georges de la Tour de Vic-sur-Seille, mais datée de 18847.

7. Pierre-Victor Galland (1822-1892)
Le retour du fils prodigue
Huile sur toile - 50 x 42 cm
Beauvais, Musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise

8. Benedict Masson (1819-1893)
Scène tirée de l’histoire d’Hannibal
Huile sur toile - 71 x 58 cm
Beauvais, Musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise
Les visiteurs de l’exposition rétrospective Pierre-Victor Galland (voir la recension) à Beauvais ont découvert une nouvelle toile représentant la clairière d’une forêt la nuit (ill. 6), hors catalogue, et pour cause : elle vient juste d’être acquise par le musée. Là encore, l’atmosphère inquiétante, l’aspect monochrome whistlérien semblent ici rattacher Galland, qu’on surnommait le Tiepolo français pour ses décorations d’hôtels particuliers, à un tout autre courant, celui des « peintres de l’âme » et de la Rose-Croix, tels que Dulac, Guilloux ou Lacoste8, déjà bien représentés dans les salles… Une autre toile avait déjà été achetée par le Musée peu avant l’exposition et a été publié dans son catalogue. Il s’agit d’une esquisse qui représenterait le retour de l’enfant prodigue (ill. 7). L’identification est possible, quoique les protagonistes soient habillés à la mode contemporaine ce qui transforme la scène biblique en représentation théâtrale. Le style est proche de celui de Thomas Couture comme c’est parfois le cas pour Galland.
Deux dons de Jacques et Elisabeth Foucart sont entrés au musée ces derniers mois. Le premier est un tableau dû à Benedict Masson9 (ill. 8), un artiste très méconnu, auteur de têtes de Christ ou de Vierge d’un expressionnisme étrange. Il représente une scène de l’histoire d’Hannibal et semble en rapport avec un tableau, d’une composition cependant différente, conservé au musée de Chambéry, représentant Hannibal traversant les Alpes et exposé au Salon de 1861.

9. Hippolyte Lazerges (1817-1887)
Le Christ au Jardin des Oliviers, 1867
Huile sur panneau - 18 x 12,5 cm
Beauvais, Musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise

10. Picardie (Beauvais ou Abbeville), vers 1500-1510
Sainte Marie-Madeleine
Chêne - 115 x 29 x 22 cm
Beauvais, Musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise
Le second est un petit panneau religieux d’Hippolyte Lazerges, Le Christ au Jardin des Oliviers10 (ill. 9), légué par Patrick Roger-Binet à Jacques et Elisabeth Foucart qui l’ont offert en l’honneur de ce dernier. C’est l’occasion d’évoquer ici la mémoire de ce marchand, dont nous avons appris la disparition au mois de janvier dernier, suite à une très longue maladie qui l’avait contraint à interrompre son activité depuis plusieurs années. Spécialiste de la période 1830-1930, Patrick Roger-Binet fut à l’origine de la redécouverte de nombreux artistes qu’il exposait dans sa galerie de la rue Saint-Honoré11. Erudit, il aimait partager ses connaissances et c’était toujours un plaisir de discuter avec lui. Il avait vendu de nombreuses œuvres à Marie-Thérèse Laurenge dont la collection est entrée récemment au Musée de Beauvais12.
Nous conclurons cet article par la seule acquisition qui ne soit pas du XIXe siècle, une Sainte Marie-Madeleine en bois, datée des environs de 1510-1520 (ill. 10) qui vient compléter un ensemble de sculpture produites en Picardie, un autre axe de développement des collections du musée.
