Restauration de La descente de Croix de Charles Le Brun


1. Charles Le Brun (1619-1690)
Descente de Croix, vers 1679
(avant restauration)
Huile sur toile - 545 x 327 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée de Rennes

25/12/06 – Mécénat – Rennes et Lille, Musées des Beaux-Arts – Nous avons déjà eu l’occasion de célébrer le mécénat de la Fondation BNP-Paribas en publiant un interview de Jean-Jacques Goron, son délégué général adjoint. Celle-ci vient de contribuer de manière importante à la restauration de la grande Descente de Croix de Charles Le Brun (ill. 1 et 2) du Musée des Beaux-Arts de Rennes.

Commandée par le Maréchal de Villeroy en 1679, retenue par Louvois en 1684 pour orner la chapelle de Versailles, elle demeura inachevée en 1690 à la mort de Le Brun, alors que seule la partie centrale avait été peinte. Le tableau fut terminé par son élève René-Antoine Houasse qui compléta les parties latérales en simplifiant la composition originale projetée, connue par un dessin conservé au Louvre. Les couches picturales ayant évolué de manière différente, le centre et les côtés étaient désaccordés.

2. Charles Le Brun (1619-1690)
Descente de Croix, vers 1679
(après restauration)
Huile sur toile - 545 x 327 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée de Rennes

Arrivé roulé à Rennes, le tableau avait par ailleurs été plié, ce qui provoqua des cassures de la matière. Il était recouvert de vernis trop épais et jaunis ; quelques manques et les nombreuses restaurations successives étaient devenues visibles, dont des repeints très débordants. Un rentoilage exécuté vers les années 1850 à l’aide de plusieurs lais laissait apparaître des épaisseurs différentes sur la toile.
Une restauration complète et permettant de remédier à ces nombreux problèmes était donc devenu nécessaire. Celle-ci a été menée à Rennes, dans l’ancien atelier de restauration des œuvres du Parlement, racheté par la ville, sous le contrôle du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France, et pour un coût de 65.000 euros dont 40.000 ont été apportés par BNP/Paribas, le reste par Rennes et une contribution minime de l’Etat.

La Descente de Croix avait été déposée à l’église Saint-Germain de Rennes entre 1948 et 1976 avant de revenir au musée. Elle n’avait plus été vue depuis six ou sept ans et sera présentée dans l’atrium du rez-de-chaussée jusqu’au 15 janvier 2007, avant de retourner temporairement en réserves, le temps que les travaux d’agrandissement prévus (de l’espace a été gagné sur le Musée de Bretagne) puissent être réalisés. Un nouvel éclairage sera mis en place au premier étage où seront réunies toutes les peintures, une quarantaine d’entre elles sorties des réserves à cette occasion. Parmi eux, quatre autres grands tableaux dont la restauraton est planifiée (deux Gaspard de Crayer, La Résurrection de Lazare et L’Erection de la Croix, un Jouvenet, Le Christ au Mont des Oliviers, et un Jacob Jordaens, Le Christ en Croix). Ce nouveau parcours muséographique sera inauguré fin 2008-début 2009.

L’action de la Fondation BNP-Paribas pour les musées est double. Les restaurations d’une part, de l’autre la publication d’albums de collections, tant françaises qu’étrangères (Allemagne, Suisse,...). Dans cette série, riche maintenant de plus de 70 volumes, vient de paraître celui consacré au Musée de Lille. S’il faut se réjouir que cet établissement bénéficie ainsi d’un ouvrage utile pour le grand public, on peut cependant émettre quelques réserves. Au moins deux tableaux présentés comme originaux posent problèmes : l’Armide sur le point de poignarder Renaud, décrit comme de Jean-François de Troy a été désattribué par Alastair Laing [1] et Dans l’atelier, la pose du modèle, donné à Toulouse-Lautrec d’après Alfred Stevens a été réattribué récemment, avec beaucoup de vraisemblance, à Louis Ghémar parodiant Alfred Stevens [2]. Enfin, et surtout, il est dommage que les tableaux soient souvent reproduits en pleine page, sans marge, ce qui ampute leur composition.
On doit cependant souligner, au crédit de cette publication, qu’elle met en avant certains tableaux moins connus, favorisant ainsi leur découverte par le public. La reproduction en couverture du chef-d’œuvre d’Alfred Agache, La Vanité, n’allait pas forcément de soi dans un musée qui conserve Les jeunes et Les vieilles de Goya ou la Médée de Delacroix. Ce choix est audacieux et intelligent.

Collectif, Le Palais des Beaux-Arts, Lille, Fondation BNP PARIBAS, 136 p., 23 €. ISBN : 2-7118-5222-9.


Didier Rykner, lundi 25 décembre 2006


Notes

[1] Christophe Leribault, Jean-François de Troy 1679-1752, Arthéna, Paris, 2002, p. 274, reproduit comme copie. La bonne qualité de cette esquisse la fait attribuer par Alastair Laing à Jean-Baptiste Deshays.

[2] Micheline Colin, « Le tableau du musée de Lille doit-il être attribué à Toulouse-Lautrec ? », Revue du Louvre. La revue des Musées de France, n° 5, décembre 2001, p. 63-67.



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