
Francico de Goya (1746-1828)
El toro mariposa
Crayon noir - 19 x 15 cm
Madrid , Museo Nacional del Prado
Photo : Christie’s
8/12/06 – Acquisition – Madrid, Museo del Prado – Mardi 5 décembre, Christie’s dispersait en vente publique à Londres la collection Paul Oppé (1878-1957). L’état espagnol s’est porté acquéreur pour le Prado d’un dessin de Goya intitulé Le taureau papillon (ill.), établissant un record pour une feuille de l’artiste, à un peu plus de deux millions d’euros1. Ce résultat n’est guère surprenant, compte tenu des résultats élevés obtenus par des dessins secondaires et par les gravures de l’artiste ces derniers temps (ce qui est aussi cohérent avec le prix du Blake enchéri par le Louvre en mai dernier, voirbrève du 3/5/06). Entre 1796 et sa mort, Goya a regroupé ses dessins en huit recueils, ensuite démembrés par son fils2. Le taureau papillon, exécuté à Bordeaux vers 1825, appartenait à l’avant-dernier, l’album G, dans un ensemble comprenant des projets en vue d’une nouvelle série de Caprichos3, des scènes de folie et des satires des mœurs françaises, qui n’ont pas abouti.
Au cours de son exil bordelais, Goya a réalisé plusieurs peintures et lithographies à sujets tauromachiques. Trois titres sont inscrits au bas de la feuille : El toro mariposa, Fiesta en el ayre et Buelan Buelan (ils volent). Pierre Gassier a démontré combien le sens d’un dessin dépendait de celui qui venait juste avant dans l’album, les images s’enchaînant par associations d’idées. La page précédente est aujourd’hui au Fitzwilliam Museum de Cambridge, et montre un puit rempli de têtes coupées, peut-être une allusion à la Révolution française. Celles-ci s’envolent désormais grâce à des ailes de papillons et soulèvent un taureau, comme s’il s’agissait des grappes de ballons que l’on vendait lors des corridas (d’où la dénomination de fête aérienne). On peut tenter de donner plusieurs explications à cette association contraire entre l’animal le plus puissant et celui le plus fragile4. L’imagination des caprices de Goya, plus moderne que préromantique, ne fonctionne pas de façon rationnelle ou compassionnelle, et reste ouverte. C’est d’ailleurs cet aspect presque surréaliste et grotesque qui fait toute la valeur poétique, et qui semble, avec la profondeur des noirs, annoncer Odilon Redon .
L’actualité goyesque est riche. Outre l’acquisition du Portrait de l’infant Luis María de Borbón par le musée de Saragosse (brève du 11/11/06 ) ou les tribulations des Enfants avec un chariot (brève du 14/11/06 et du 21/11/06), signalons que le Prado présente actuellement dix dessins de l’artiste aragonais peu connus et jamais montrés au public dans l’exposition Dessins espagnols de l’Hispanic Society (brève à venir). D’autre part, en février dernier, la Junta d’Andalousie a classé comme « bien culturel » un de ses tableaux appartenant à une collection privée5.

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