Acquisitions récentes du Musée de Montréal


1. Henry Cros (1840-1907)
Feliciter ou L’Ecossaise, 1882
Terre cuite peinte - 57,5 x 37,5 x 26 cm
Montréal, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Montréal

7/7/06 – Acquisitions - Montréal, Musée des Beaux-Arts – Ce musée canadien, dirigé par le français Guy Cogeval, est très actif sur le plan des acquisitions. Ne possédant pas de moyens aussi considérables que certains musées américains, il fait le meilleur usage des budgets dont il dispose, en achetant des œuvres importantes d’artistes dont la cote n’est pas encore au plus haut. On avait, par exemple, souligné la qualité des tableaux néo-classiques français (voir brève du 22/10/03) ou celle des toiles du XVIIe siècle (voir brève du 12/5/05) nouvellement entrées dans ses collections.

Parmi les deux derniers achats du musée, on compte un buste d’Henry Cros (ill. 1), typique de cet artiste qui créa essentiellement des sculptures colorées, qu’elles soient en cire, en pâte de verre ou en matériau plus courant telle que la terre cuite peinte comme c’est le cas ici, et un tableau d’Henri Lehmann, L’Education de Tobie (ill. 2).


2. Henri Lehmann (1840-1907)
L’Education de Tobie, 1858-1859
Huile sur panneau - 55,8 x 45,8 cm
Montréal, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Montréal

3. Henri Lehmann (1840-1907)
Femme âgée tenant
une quenouille
, 1858-1859
Crayon et rehauts de blanc - 33 x 21,5 cm
Paris, collection particulière
© D. R.


Il s’agit d’une esquisse préparatoire pour une toile exposée au Salon de 1859 dont la localisation est aujourd’hui inconnue. Lehmann a exécuté plusieurs tableaux consacrés à l’histoire de Tobie. Marie-Madeleine Aubrun, la spécialiste de l’artiste, parlait même d’un « cycle de Tobie »1 ce qui est un peu excessif : la réalisation de ces œuvres va de 1835 à 1866 sans que l’on puisse se référer à une commande précise ou à la volonté de créer un ensemble cohérent. Nous publions ici un dessin inédit, conservé dans une collection particulière, préparatoire à la vieille femme tenant son rouet à gauche de la composition (ill. 3). Lehmann, dans la préparation de ses tableaux ou de ses peintures murales, se conforme parfaitement à la tradition académique française, qui étudie des variantes de la tête ou d’autres détails plus achevés, comme les mains, autour d’une figue centrale.


4. Antoine-Louis Barye (1796-1875)
Eléphant du Sénégal
Bronze - 13,7 x 20,9 x 7,5 cm
Montréal, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Montréal

5. Eugène-Antoine Aizelin (1821-1902)
Nyssia
Bronze argenté - 34,3 x 11 x 12,2 cm
Montréal, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Montréal


6. Ferdinand Hodler
(1853-1918)
Hallebardier, 1895
Huile sur toile
marouflée sur contreplaqué -
308 x 107,5 cm
Montréal, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des
Beaux-Arts
de Montréal

Notons également le don de deux petits bronzes français du XIXe siècle, un Eléphant de Barye (ill. 4) et une Nyssia par Eugène-Antoine Aizelin (ill. 5) dont le grand modèle en plâtre fut présenté au Salon de 1859 (comme L’Education de Tobie de Lehmann), de trois dessins d’Edouard Vuillard (dont Guy Cogeval a écrit le catalogue raisonné) et surtout d’un beau et grand Hallebardier (ill. 6) du peintre suisse Ferdinand Hodler2. Longtemps considéré comme un artiste important mais régional3, Hodler est enfin apprécié à sa juste valeur, comme une personnalité majeure du passage entre le post-impressionnisme et le symbolisme, et les avant-gardes, indispensable à tout grand musée international.


Didier Rykner, vendredi 7 juillet 2006


Notes

1. Voir notamment Marie-Madeleine Aubrun, Henri Lehmann, catalogue de l’exposition du musée Carnavalet, Musées de la Ville de Paris, 1983, p. 137-140, où le tableau acquis par Montréal était présenté sous le numéro 283.

2. Les deux bronzes sont un don de Jean-Pierre Planchard, les dessin de Vuillard sont un don anonyme et le Hallebardier a été offert au musée par M. et Mme Michal Hornstein, mécènes réguliers de cette institution.

3. Par exemple, les habits troubadours de ce halebardier l’auraient exclu, aux yeux des critiques d’il y a encore 30 ans, de la conception qu’ils avaient de la modernité et donc d’être représenté sur des cimaises hors de Suisse.


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