Souscription pour l’achat d’un Sequeira par le Musée d’Art Ancien de Lisbonne


10/1/16 - Souscription - Lisbonne, Museu Nacional de Arte Antiga - Le Musée national d’art ancien de Lisbonne (MNAA) a lancé il y a quelques semaines une opération inédite au Portugal d’appel au mécénat pour acquérir un chef d’œuvre de Domingos António de Sequeira1 représentant L’Adoration des Mages (ill. 1). Le montant requis n’est pas très élevé (600 000 €) et pourtant, malgré une active campagne locale de communication, seul une petite partie de la somme a pour l’instant été recueillie.


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1. Domingo Antonio de Sequeira (1768-1837)
L’Adoration des Mags, 1828
Huile sur toile - 100 x 140 cm
Collection particulière
Photo : MNAA
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2. Domingo Antonio de Sequeira (1768-1837)
L’Adoration des Mags, 1828
Pierre noire et craie blanche - 98 x 136 cm
Lisbonne, Museu Nacional de Arte Antig
Photo : MNAA

Mal connue en France, la peinture portugaise est pourtant réellement digne d’intérêt, qu’il s’agisse notamment de la Renaissance où elle connaît un développement remarquable ou de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle, période à laquelle les deux plus grands artistes sont Vieira Portuense et Domingos António de Sequeira. Après un long séjour à Rome (où il fut professeur à l’Académie de Saint Luc) et une carrière au Portugal même de 1795 à 1823, ce dernier séjourna en France, exposant au Salon de 1824 une œuvre importante La Mort de Camoës (le plus grand poète portugais) qui lui valut une médaille d’or (elle est aujourd’hui perdue). En 1826, il s’installa définitivement à Rome et y mourut onze ans plus tard.

L’Adoration des Mages fut peinte à Rome à la fin de sa vie et fait partie d’une série de trois, avec La Descente de Croix, L’Ascension et Le Jugement dernier dont les cartons préparatoires sont conservés au MNAA (ill. 3). S’il commença sa carrière dans un style néoclassique, celui-ci évolua ensuite vers un romantisme assez original, où l’artiste multiplie les figures dans des compositions très chargées2. Le tableau que cherche à acheter le musée se situe dans cette veine, le nombre de protagonistes de cette Adoration étant très inhabituel. On notera aussi le coloris étrange de la scène, qui lui donne une aura presque fantastique. Les personnages, richement vêtus, nous semblent témoigner d’une influence de Rembrandt et de son école. Cette toile est incontestablement majeure et il faut espérer que le musée portugais puisse réussir à l’acquérir.
Remarquons qu’en France, le Louvre conserve une esquisse, donnée par Jean-Pierre et Annie Changeux (voir l’interview), qu’on aimerait d’ailleurs voir exposée. Une autre grande toile est conservée au Musée Louis-Philippe, à Eu, provenant de la collection de l’empereur du Brésil, Pedro II, exilé en France.


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3. Domingo Antonio de Sequeira (1768-1837)
Le Miracle d’Ourique, 1793
Huile sur toile - 270 x 450 cm
Eu, Musée Louis-Philippe
Photo : Didier Rykner

Il serait souhaitable non seulement que les Portugais de la diaspora, notamment ceux présents en France, l’aident dans cet achat, mais aussi que les nombreux Français désormais installés à Lisbonne (souvent pour des raisons fiscales) participent à cet enrichissement de leur pays d’accueil.
Si la somme totale n’était pas réunie dans les quatre mois qui restent (jusqu’au 30 avril), la toile pourrait être vendue à l’étranger (mais l’argent récolté serait utilisé pour acheter une autre œuvre pour le musée). Un échec serait dommage pour un musée qui, depuis la nomination de son directeur Antonio Filipe Pimentel en 2010, multiplie les initiatives (acquisitions, expositions3, refonte de la muséographie, développement du mécénat…) pour que son établissement rejoigne le concert des grands musées européens. Notons qu’une Société des amis français du MNAA vient d’être créée.

Pour participer à l’achat de ce tableau, qui est actuellement présenté au musée, tous les éléments se trouvent ici. Le principe, original, est d’acheter des pixels de l’image représentant l’œuvre. Il est dommage que le site ne soit qu’en portugais et ne bénéficie pas au moins d’une version anglaise.


Didier Rykner, dimanche 10 janvier 2016


Notes

1Merci à Philippe Mendes pour les informations qu’il nous a données sur cette opération.

2L’une des œuvres les plus typiques de cette manière est le Couronnement de la Vierge du musée de Lisbonne.





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