
1. Artemisia Gentileschi
Autoportrait en Allégorie de la peinture
Huile sur toile - 96,5 x 73,7 cm
Londres, The Royal Collection
© 2005, Her Majesty Queen Elizabeth
Rien de plus commun que les études sur les autoportraits. L’introspection des artistes, leur fascination pour leur propre image ne sont pas vraiment des sujets nouveaux. Une exposition sur ce thème n’a donc pas de justification véritable et ne vaut que par la qualité des œuvres qu’elle réunit. De ce point de vue, celle qu’organise jusqu’à la fin du mois la National Portrait Gallery de Londres est une vraie réussite. On y voit certains tableaux fameux, tel celui d’Artemisia Gentileschi en allégorie de la peinture (ill. 1), l’une des versions de Judith tenant la tête d’Holopherne d’Alessandro Allori, également conservée dans les collections royales, où l’artiste se figure en Holopherne décapité, comme l’avait fait quelques années plus tôt le Caravage, ou un Autoportrait de Rembrandt de la National Gallery.
Mais à côté de ces images célèbres, qu’on a toujours plaisir à voir, les organisateurs ont su trouver des toiles plus rares, moins attendues, et tout à fait remarquables. La plus belle peut-être est celle de Sassoferrato (ill. 2) dont on a parfois tendance, devant la multiplication des répliques et copies de ses Vierges un peu sucrées, à oublier qu’il est un très grand peintre. On n’imagine pas composition plus épurée : le visage songeur, un col blanc, un morceau de vêtement noir, un fond bleu intense. Rien ne vient distraire le spectateur de son tête à tête avec le peintre. Un autre autoportrait étonnant est celui de Pieter van Laer, dit le Bamboch (New York, collection particulière) : sa tête grimaçante apparaît horrifiée à la vue des mains squelettiques et griffues qui surgissent menaçantes sur la droite du tableau. L’atmosphère délétère de cette scène démoniaque est renforcée par la nature morte du premier plan avec un énorme crâne retourné dont on ne comprend pas tout de suite de quoi il s’agit, accompagné par plusieurs éléments liés à la magie noire. Malgré cela, on voit que l’artiste s’amuse à faire peur, et ne se prend pas réellement au sérieux.

2. Giovanni Battista Salvi, dit il Sassoferrato (1609-1685)
Autoportrait
Huile sur toile - 38 x 32,5 cm
Florence, Musée des Offices
Photo : Service de presse
Avec le Sassoferrato, plusieurs tableaux viennent de la fameuse galerie des autoportraits aux Offices, peu visible à Florence (cette partie du musée, située dans le corridor de Vasari, est toujours fermée). On verra ainsi le curieux portrait d’Annibale Carracci, tableau dans le tableau posé sur un chevalet. Ces jeux intellectuels et optiques sont un des aspects les plus fascinants du genre de l’autoportrait. Encore plus sophistiqué, le peu connu Johannes Gumpp (il s’agit d’une attribution incertaine) se représente trois fois (photo sur le site kainos.it) : d’abord sur la toile qu’il peint, ensuite à travers le miroir où se reflète son image, et enfin au centre, et de dos.
Des quelques autoportraits du XIXe (uniquement, à une seule exception, de la seconde moitié du siècle), on distinguera le superbe et fier Degas de la Collection Gulbenkian et le Hans Thoma (Karlsruhe) qui se peint de manière allégorique en compagnie de la Mort, sous l’influence évidente d’Arnold Böcklin.
On soulignera, bien qu’elles sortent du champ chronologique de La Tribune de l’Art, les œuvres du XXe siècle, très bien choisies, notamment l’Edward Hopper et le John N. Robinson, ou encore ce tableau d’une artiste née en 1970, Jenny Saville, qui se peint nue, de dos, sans aucune concession, énorme masse de chair coincée par les bords de tableau comme dans une boite.
Si elle n’apporte donc rien ou presque sur le plan scientifique, cette exposition, pourtant de taille réduite (moins de 60 numéros), procure un vif plaisir esthétique. Le catalogue qui l’accompagne est bien édité et agréablement illustré. Il aurait cependant pu s’épargner le ridicule de censurer une toile de Stanley Spencer, pourtant exposée, en la remplaçant par une autre supposée moins crue.
Catalogue : Anthony Bond et Joanna Woodall (avec des essais de T.J. Clark, Ludmilla Jordanova et Joseph Leo Koerner, Self portrait. Renaissance to Contemporary, National Portrait Gallery, Londres, 2005, 215 pages, £30. ISBN : 1-85514-356-9. )
