Sans fleurs ni couronnes


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Hôtel de Soubise
Archives Nationales
Façade sur la cour d’Honneur
Photo : Didier Rykner

L’enterrement du projet de la Maison de l’Histoire de France, annoncé sur France-Inter par Aurélie Filippetti et confirmé par elle aujourd’hui au Monde, n’est évidemment pas une surprise. Ce qui est peut-être plus étonnant, c’est l’absence presque complète de réactions hostiles à cette décision. A vrai dire, peu de gens la regretteront, et nous pas davantage. Dès l’annonce de la création de cet établissement, nous nous étions interrogé sur sa nécessité. Nous avions également signalé le caractère ridicule et fumeux de l’avant-projet rédigé par Jean-Paul Rioux. En revanche, nous avions d’abord salué le choix d’installer cette « maison » dans les bâtiments des Archives Nationales qui avait été cependant imposé dans des conditions discutables et sans concertation avec son personnel. Il aurait donc été très difficile de faire cohabiter sereinement ces deux administrations.
Espérons toutefois que l’ouverture au public des jardins, la conservation dans le giron de l’Etat des quatre hôtels particuliers bordant la rue des Francs-Bourgeois qui risquent de se trouver désormais sans affectation et l’installation du décor de la Chancellerie d’Orléans dans l’Hôtel de Rohan-Strasbourg (un bâtiment qui a d’ailleurs un besoin urgent de restauration) ne seront pas remis en cause.

Pas de regret, donc, pour la Maison de l’Histoire de France. Et Franck Riester, député UMP de la Seine-et-Marne, a beau dénoncer dans Le Figaro la « rupture de la continuité républicaine dans le domaine de la culture, qui a vu sous la Ve République chaque président de la République nouvellement élu mener à terme les projets lancés par son prédécesseur », il était grand temps d’arrêter cette succession de projets pas ou mal financés. Ainsi, nous ne pleurerons pas non plus les autres chantiers abandonnés par la ministre, dont aucun n’était réellement prioritaire (en vrac : le musée de la photo à l’hôtel de Nevers, Lascaux 4, la salle supplémentaire de la Comédie-Française à la Bastille, le grand centre des réserves de Cergy...). On regrettera seulement que celui du MUCEM, qui a causé la disparition du Musée des Arts et Traditions Populaires, soit tellement avancé qu’on ne puisse pas également revenir dessus. Il faudra aussi éviter, à Versailles, que le rééchelonnement du schéma directeur ne se fasse au détriment de la sécurité.

On appréciera également l’annonce par la ministre d’une loi concernant les zones d’aménagement urbain, pour éviter la disparition inéluctable d’un grand nombre de ZPPAUP en 2015.
Nous attendons cependant de savoir à quoi aboutiront, pour le ministère de la Culture, les arbitrages budgétaires. Les économies réalisées par l’annulation de ces projets doivent aller avec un maintien des crédits consacrés aux musées existants (acquisitions, modernisation...) et à l’entretien et à la restauration du patrimoine. Aurélie Filippetti affirme l’importance économique de la culture (« L’art, c’est du travail ; la culture, c’est de l’emploi. »). Une réalité, mainte fois démontrée par de nombreuses études, dont on aimerait que nos gouvernants soient tous persuadés.

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Didier Rykner, lundi 10 septembre 2012





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