Samaritaine : un long martyre


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Au coin de la rue, le seul immeuble subsistant
de ceux devant être détruit dans le chantier de la
Samaritaine, et désormais condamné par le sursis à
exécution (actuellement couvert par une bâche)
Photo : Google Streets

16/10/14 - Parimoine - Paris, Samaritaine - La Cour administrative d’appel de Paris vient d’ordonner le sursis à exécution du jugement annulant le permis de construire du bâtiment dessiné par Sanaa.
Cela revient à autoriser la destruction du dernier bel immeuble du XIXe siècle encore debout, sans que le fond de l’affaire ait encore été jugé. On imagine un condamné à mort à qui on expliquerait qu’on va l’exécuter et qu’on jugera ensuite s’il est coupable ou innocent. La justice, parfois, est curieuse.

Un tel sursis est en général accordé lorsque le jugement en cause apparaît à la Cour administrative d’appel comme pouvant ne pas être justifié sérieusement. Or, les requêtes au fond seront examinées le 5 décembre prochain par la Cour administrative d’appel de Paris, qui siégera en formation plénière. Il est extrêmement rare qu’une telle configuration (formation plénière) soit convoquée après que le sursis a été accordé, car cela sous-entend qu’il s’agit d’une affaire délicate dont l’issue n’est pas certaine.

Mais il est vrai que, dans cette affaire, rien ne se déroule normalement : rarement en effet une demande de sursis à exécution d’un jugement du tribunal administratif aura été examinée aussi rapidement...
Nous attendrons donc la prochaine audience de la Cour administrative d’appel de Paris pour savoir si ceux qui se targuaient d’« abolir la notion même de façade » vont être considérés comme respectant un PLU qui impose des contraintes d’intégration des façades. Nous saurons alors si l’on peut construire à peu près n’importe quoi dans Paris, à peu près n’importe où.

Pour l’anecdote, signalons un nouveau fait d’armes du journal Les Échos, propriété, rappelons-le, de LVMH qui détient également la Samaritaine. Ce quotidien vient de publier sous le titre « La Samaritaine : un feuilleton à rebondissement » un historique de cette affaire en renvoyant aux divers articles qu’il lui a consacré depuis le début. D’une manière pas très surprenante, celui-ci : « La Samaritaine, paquebot fantôme », du 4 juillet 2005, très critique envers LVMH, dont il était encore indépendant, y est escamoté. Un nouvel élément à rajouter au triste constat que nous faisions récemment sur le traitement de ce dossier par une partie de la presse.


Didier Rykner, jeudi 16 octobre 2014





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