
1. Charles Parrocel (1688-1752)
Etudes de chevaux
Sanguine - 42,5 x 40,5 cm
Paris, Galerie Aaron
Photo : Galerie Aaron
24/03/10 - Paris, Marché de l’art - L’édition 2010 du Salon du dessin, qui ouvrait ses portes aujourd’hui, quelques jours seulement après la foire de Maastricht, semble bien partie pour confirmer les bonnes dispositions des acheteurs. De nombreux points rouges étaient visibles dès l’inauguration et même si certains dessins étaient déjà connus du marché, on pouvait - et on peut y voir encore jusqu’à lundi prochain - de nombreuses feuilles inédites ou rarement exposées.
Nous privilégierons essentiellement dans cette recension des œuvres un peu exceptionnelles, des dessins impressionnants par leur taille ou par leur sujet. On commencera, galerie Aaron, avec une sanguine de Charles Parrocel représentant des têtes de chevaux (ill. 1), véritable coup de maître d’un artiste inégal. Comme beaucoup des dessins dont nous parlerons ici, celui-ci s’est vendu très rapidement.
Il faut également citer, parmi ces grandes feuilles qui frappent immédiatement le visiteur, une tête d’évangéliste d’Henri Lehmann, présentée par Jean-François Baroni, préparatoire pour le saint Matthieu du cul-de-four de l’abside de la chapelle des Jeunes Aveugles. L’œuvre, dont nous n’avons malheureusement pas de photographie, est d’autant plus importante que la figure originale est aujourd’hui en partie détruite dans sa partie haute, sans doute en raison d’une infiltration d’eau.

2. Victor Hugo (1802-1885)
La Tour de Saint-Rombault de Malines, 1850
Plume et encre brune, lavis et rehauts de gouache - 48 x 63 cm
Zurich, Galerie Arturo Cuéllar
Photo : Galerie Arturo Cuéllar

3. Maurice Denis (1870-1943)
Béni sont ceux qui ont le cœur pur
Crayon
Paris, Galerie Prouté
Photo : Galerie Prouté
Toujours dans cette catégorie des dessins spectaculaires, on doit citer chez Arturo Cuéllar celui de Victor Hugo (ill. 2) représentant une vue de la ville de Malines, dominée par la grande tour gothique de l’église Saint-Rombaux. Ce lavis d’encre brune rehaussé de blanc, s’il présente une technique habituelle pour l’écrivain, est beaucoup plus grand que l’essentiel de sa production graphique ; il pourrait presque, en dépit du lieu, servir d’illustration à une scène de Notre-Dame de Paris.
En parcourant plusieurs siècles en arrière, sans souci de chronologie, nous signalerons également le grand carton (90 x 71 cm) de Bernardo Lanino, Vierge en trône entourée de saints et d’anges, chez Trinity Fine Art Ltd, l’imposant Rubens, Saint Ildefonse recevant la chasuble de la main de la Vierge chez Agnew’s ou L’Adoration du Saint Sacrement de Ludovico Carracci de la galerie Terradès. On reproduira ici, pour le plaisir, un grand dessin religieux de Maurice Denis (ill. 3), appartenant à la galerie Prouté et que celle-ci avait publié dans son catalogue de juin 2009.

4. Théodore Géricault (1791-1824)
Scène d’après la Course des chevaux libres
Plume, encre brune, lavis brun - 35,3 x 48,4 cm
Londres, Stephen Ongpin Fine Art
Photo : Stephen Ongpin Fine Art

5. Théodore Géricault (1791-1824)
Vue de Montmartre
Plume, encre brune, lavis brun, aquarelle bleue - 14 x 21,7 cm
Londres, Jean-Luc Baroni Ltd
Photo : Jean-Luc Baroni Ltd
Londres, Stephen Ongpin Fine Art
Photo : Stephen Ongpin Fine Art
Les Géricault sont nombreux sur le marché et l’on en trouve également plusieurs au Salon du dessin. Les deux plus beaux sont forts différents l’un de l’autre. Le premier, chez Stephen Ongpin, représente la course des chevaux libres dans un format imposant (ill. 4). Le second (galerie Jean-Luc Baroni), d’un format réduit, montre un sujet moins fréquent chez l’artiste (ill. 5) et est remarquable de sobriété dans le jeu du lavis et la simplicité du trait.
De Géricault, il est facile de passer à l’Angleterre. Il aurait été dommage de passer sous silence un dessin fantastique, entre Füsli et Blake, du moins connu Richard Westall, que l’on peut voir chez Mark Brady. L’iconographie en est pour le moins étrange, puisqu’il représente L’Enfant Christ expulsant les Dieux de l’Egypte (ill. 6).

6. Richard Westall (1765-1836)
L’enfant Jésus expulsant les dieux de l’Egypte
Mine de plomb, plume, encre grise,
gouache - 59,4 x 47,5 cm
New York, W. M. Brady & Co
Photo : W. M. Brady & Co

7. Jean-Jacques Lagrenée, dit le jeune (1739-1821)
Vestale entourée d’objets antiques
Encre noire, lavis bleu, rehauts
de gouache orange - 19,3 x 45,7 cm
Paris, Galerie Eric Coatalem
Photo : Galerie Eric Coatalem
L’attribution, on le sait, est une science fragile. Sur le stand d’Eric Coatalem, un magnifique dessin, dans un camaïeu bleu (ill. 7), attire l’attention du visiteur. Elle est présentée sous le nom de Lagrenée le jeune, mais même son propriétaire n’est plus certain de cette identification, pourtant argumentée par le rapprochement avec des œuvres comparables de ce peintre. En réalité, celle-ci semble beaucoup plus belle que tout ce qu’a pu produire Lagrenée, et Eric Coatalem pense maintenant qu’il pourrait s’agir d’un Jean-Guillaume Moitte, idée que plusieurs connaisseurs semblent approuver [Correction du 29/3/10 : Peter Fuhring, passé au Salon du Dessin, accepte sans réserves ce dessin comme de Lagrenée. Il s’agira donc du chef-d’œuvre graphique de cet artiste].

8. Pierre-Paul Rubens (1577-1640)
Christ en croix
Plume et lavis de bistre, rehauts de blanc - 38,7 x 20,2 cm
Collection Alain Delon
Photo : D. R.

9. Alphonse de Labroue (1792-1830)
Portrait de Caspar David Friedrich
Aquarelle et gouache sur ivoire - 8,6 x 7,2 cm
Paris, Galerie Talabardon & Gautier
Photo : Galerie Talabardon & Gautier
Un stand entier est consacré à la présentation d’une sélection d’œuvres appartenant à Alain Delon. Ceux qui avaient vu, il y a vingt ans, la première exposition de cette collection, organisée par la galerie Daniel Imbert Fine Art1, savaient déjà que l’acteur avait un véritable goût d’amateur pour le dessin. Loin de privilégier uniquement les grands noms, il sait également s’intéresser aux petits maîtres, tels Théodule Ribot, ou même aux feuilles anonymes de grande qualité, comme une sanguine de l’école bolonaise du XVIIe siècle, représentant un joueur de flûte. Le choix des dessins d’artistes plus importants est tout aussi judicieux, comme le très bel Edouard Vuillard, ou le Christ de Rubens (ill. 8).
On conclura cette recension par un clin d’œil, en signalant la présence sur le site de la galerie Talabardon & Gautier d’un Caspar David Friedrich... en réalité une miniature, un Portrait de Caspar David Friedrich (ill. 9) peint « d’après nature » en 1820 par Philippe de Labroue, un français voyageant en Allemagne. Preuve que David d’Angers n’était pas le seul artiste français à connaître le grand Friedrich.
