Organisé un peu plus tôt que l’année dernière, pour se rapprocher de la date de la Foire de Maastricht et attirer les conservateurs et les collectionneurs étrangers qui peuvent ainsi plus facilement se rendre à ces deux événements, le Salon du Dessin vient d’ouvrir ses portes au Palais de la Bourse, comme c’est désormais son habitude.

1. Giovanni Girolamo Savoldo
(1480-v. 1548)
Etude pour saint Pierre
Pierre noire et
rehauts de blanc - 30,5 x 16,8 cm
Galerie Jean-Luc Baroni
Photo : Galerie Jean-Luc Baroni
Il y a quelque chose de rassurant à visiter, années après années, ce véritable musée du dessin. Malgré l’antienne de la raréfaction des œuvres, on y voit toujours un nombre considérable de feuilles intéressantes. La taille raisonnable de ce Salon n’est pas étrangère au plaisir qu’on y prend, l’ensemble demeurant à échelle humaine. Lors de la soirée d’inauguration, les collectionneurs et conservateurs, français comme étrangers, étaient nombreux à parcourir les stands et les points rouges affichés à la fin de la soirée montraient que les œuvres de qualité se vendent bien, même en temps de crise.
Une nouveauté par rapport aux éditions précédentes : la participation de plusieurs marchands spécialisés dans le dessin contemporain. Fort heureusement, leur présence ne réduit pas vraiment la place attribuée aux feuilles plus anciennes, puisqu’un peu d’espace supplémentaire a été gagné sur les coulisses.
Puisqu’il faut bien se donner des limites et qu’on ne peut décrire tout ce que l’on a aimé, nous choisirons cette année de distinguer une feuille et une seule par stand. Exercice frustrant puisqu’il peut arriver que chez un même marchand tout ou presque nous plaise alors que chez un autre (bien peu heureusement), on peine à trouver un dessin qui nous paraisse sortir du lot. Comme d’habitude, notre choix purement subjectif ne s’attachera pas forcément au nom, au prix, ni même à l’importance de l’œuvre dans l’histoire de l’art. Il s’agira uniquement de coups de cœur que chacun est libre de ne pas partager. On n’utilisera pas de termes tels que « beau », « superbe » ou « remarquable », partant du principe que tous les dessins retenus le sont, à notre goût au moins.

2. Francesco Vanni (1563-1610)
La Chute de Simon le magicien
Huile sur papier marouflé sur toile - 63 x 39,2 cm
Galerie Terrades
Photo : Galerie Terrades

3. Paul Bril (1554-1626)
Le Mois de janvier, Paysan coupant du bois dans un
paysage hivernal
Plume et encre brune, lavis brun et gris,
rehauts de gouache - 19,8 x 33,2 cm
Agnew’s
Photo : Agnew’s
Les œuvres du XVIe siècle italien sont assez nombreuses cette année, dont une Etude pour Saint Pierre de Savoldo à la galerie Jean-Luc Baroni (ill. 1), une gouache sur parchemin représentant la Lamentation sur le corps du Christ de Giovanni Battista Castello (Galerie Pandora), ou un autre parchemin représentant un Christ à la colonne michelangelesque de Giulio Clovio (Artur Ramon Art). Les dessins de Francesco Vanni ne sont pas rares mais trouver sur un même salon, fut-ce dans deux galeries différentes, deux huiles sur papier de cet artiste méritent d’être notées. Celle de la galerie La Scala (Le Pardon de saint François d’Assise) est très aboutie et proche d’un tableau en miniature. La chute de Simon le magicien qu’expose la galerie Terrades (ill. 2), plus esquissée et plus grande, est sidérante par le jeu des couleurs en camaïeu dont l’illustration peine à rendre compte.
Italien toujours, mais du XVIIe siècle, on verra chez Colnaghi-Bellinger une grande sanguine de Simone Cantarini, Jupiter, Neptune et Pluton. Nous n’avons sélectionné qu’un dessin nordique, celui de Paul Bril, Le Mois de janvier chez Agnew’s1 (ill. 3).

4. Charles-Antoine Coypel (1694-1752)
La Sainte Famille adorée par les anges
Craie noire et blanche - 64,2 x 53 cm
Galerie Eric Coatalem
Photo : Galerie Eric Coatalem

5. Giovanni Battista Cipriani (1727-1785)
Tête de femme de profil
Pierre noire, sanguine et craie - 26,5 x 32,2 cm
Didier Aaron & Cie
Photo : Didier Aaron & Cie
Nous ne retiendrons pour une fois qu’un seul dessin du XVIIe siècle français, un pastel de Robert Nanteuil représentant le cardinal Antonio Barberini, galerie Talabardon et Gautier. Chez Eric Coatalem, on peut voir une Sainte Famille adorée par les anges de Charles-Antoine Coypel (ill. 4). Du XVIIIe siècle italien, la galerie Aaron montre une Tête de femme de profil par Giovanni Battista Cipriani (ill. 5), d’une grande douceur. Dans un genre bien différent, Trinity Fine Art présente un projet de porte pour Saint-Pierre de Rome par Paolo Posi (1708-1776).

6. François Gérard (1770-1837)
Portrait de Jean-Thomas Thibault, 1809
Crayon noir et brun, rehauts de blanc - 27 x 21 cm
Martin Moeller & Cie
Photo : Martin Moeller & Cie
Galerie Martin Moeller, on admirera un portrait d’homme sur papier bleu du Baron Gérard (ill. 6). Le romantisme est représenté notamment par une feuille de Decamps en rapport avec un tableau du Louvre chez Arnoldi-Livie (ill. 7), tandis que la Galerie Normand, expose une étonnante Scène de naufrage d’Ary Scheffer. Si ce dessin au lavis a été réalisé effectivement vers 1817, comme l’affirme le cartel, il s’agit d’une étrange prémonition du Radeau de la Méduse de 1819. Plus avant dans le XIXe siècle, galerie Marc Brady, on choisira une aquarelle de Félix Barrias, représentant Les Exilés de Tibère (ill. 8), une réplique de son dernier envoi de Rome où l’artiste était pensionnaire de l’Académie de France2. La galerie Prouté montre un dessin à l’atmosphère un peu fantastique, typique de Gustave Doré, Les remords de Lancelot. Non moins étrange, et d’un romantisme tardif à la Charle Méryon, la galerie de Bayser expose un Paris vu de Notre-Dame par Charles Jouas (ill. 9). Galerie Arturo Cuéllar, on verra un Paysage aux grands arbres de Gustave Courbet à la fois minutieux et poétique et chez Jean-François Baroni une huile sur papier de Luc-Olivier Merson, La Musique.

7. Alexandre Gabriel Decamps (1803-1860)
Deux cavaliers arabes passant le gué
Fusain et rehauts de blanc - 35,2 x 50,4 cm
Galerie Arnoldi-Livie
Photo : Galerie Arnoldi-Livie

8. Félix Barrias (1822-1907)
Les Exilés de Tibère, 1850
Aquarelle - 19,3 x 31,5 cm
W. M. Brady & Co
Photo : W. M. Brady & Co

9. Charles Jouas (1866-1942)
Paris vu de Notre-Dame, 1913
Pastel et gouache - 32 x 49,5 cm
Galerie de Bayser
Photo : Galerie de Bayser

10. Paul Signac (1863-1935)
Au jardin du Luxembourg, Paris, vers 1903
Aquarelle sur crayon noir - 24 x 33,5 cm
Thomas Le Claire Kunsthandel
Photo : Thomas Le Claire Kunsthandel
Certains artistes sont mieux représentés que d’autres. C’est par exemple le cas de Paul Signac dont on verra notamment une Vue de Paris galerie de la Présidence et, surtout, Au Salon du Luxembourg (ill. 10) appartenant à la Galerie Thomas Le Claire. Le pastel de Claude Monet, Le Pont de Waterloo, que présente la galerie Stephen Ongpin (ill. 11), n’a en revanche pas beaucoup d’équivalent sur le Salon.
Parmi les feuilles de qualité dues à des artistes peu connus, on verra chez Philippe Heim un pastel d’Ernest Duez (ill. 12) et chez Chantal Kiener une Etude de troncs de frêne par René-Ernest Huet (1886-1914), artiste mort précocement lors de la Première Guerre Mondiale.

11. Claude Monet (1840-1926)
Le Pont de Waterloo à Londres
Pastel - 29,4 x 46,3 cm
Stephen Ongpin Fine Art
Photo : Stephen Ongpin Fine Art

12. Ernest Duez (1843-1896)
Coucher de soleil à Villerville
Pastel - 56 x 73 cm
Galerie Philippe Heim
Photo : Galerie Philippe Heim

13. Frederick Cayley Robinson (1862-1927)
Etude pour une pastorale
Tempera sur carton - 40,5 x 47 cm
The Fine Art Society
Photo : The Fine Art Society
Digne des meilleures œuvres symbolistes françaises, évoquant Maurice Denis, on s’attardera devant une tempera sur carton du peintre anglais Frederick Cayley Robinson (ill. 13). Appartenant au même courant pictural mais beaucoup moins élégiaque, un Autoportrait de Spilliaert, galerie Patrick Derom, fascine par la morbidité et l’atmosphère délétère qui s’en exhale.
Galerie Bérès, on pourra voir une Tête de vieillard de face, œuvre précoce d’Edgar Degas où celui-ci manie le crayon et les rehauts de gouache en virtuose, évoquant irrésistiblement les portraits allemands de la Renaissance à la pointe d’argent.
Comme nous l’avons dit en introduction, l’art du XXe siècle est largement représenté. On se contentera de citer le Profil aux clefs de Fernand Léger, un crayon de 1928, chez Brame et Laurenceau ; Music Hall singer une gouache et encre noire de 1917 par Albert Gleizes, chez Antoine Laurentin ; un portrait cubiste, celui de Jean Dupré par Félix Del Marle (1913, David Levy & Associés) ; Métamorphoses, une aquarelle avec collage réalisé en 1936 par Joan Miró (Ronny van de Velde) et Biomorphic, une œuvre impressionnante de Calder de 1933, galerie Zlotowski. Les trois galeristes exposant de l’art contemporain, ainsi que la collection Guerlain exposée dans un espace qui lui est dédiée sortent du champ couvert par La Tribune de l’Art.
Cet aperçu rapide montre la grande qualité de cette édition du Salon du Dessin. Le visiteur peut la terminer - ou la commencer - par le stand des dessins anonymes. Contrairement à 2008, les feuilles choisies sont d’un prix beaucoup plus raisonnable. Une sanguine italienne du XVIIe siècle, mise au carreau, y a été vendue dès le premier jour pour la somme de 1 500 €. Qui a dit que les dessins anciens étaient forcément chers ?
Informations pratiques : Palais de la Bourse, Place de la Bourse, 75002 Paris. Horaires : de 12 h à 21 h. Nocturne le jeudi 26 mars jusqu’à 22 h 30.

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