Salon du dessin 2008


Paris, Palais de la Bourse. Du mercredi 9 au lundi 14 avril 2008.

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1. Ecole romaine du XVIIe siècle
Mercure et Argus
Plume et lavis d’encre brune - 21 x 25,9 cm
Londres, Flavia Ormond Fine Arts

Le Salon du Dessin, malgré de nombreuses sollicitations extérieures, a choisi de rester dans le Palais de la Bourse. Il a eu raison tant le cadre à la fois grandiose et intime lui convient. Cette année, cinq galeries supplémentaires se sont jointes aux autres. L’ensemble forme, comme à son habitude, une réunion inégalée d’œuvres graphiques même si tous les stands ne sont pas d’un intérêt comparable. On parle souvent de la place de Paris dans le marché de l’art ancien pour déplorer son rang inférieur à ceux de Londres ou à New York. Il est donc paradoxal mais réjouissant de constater que les galeries françaises s’en sortent - au moins cette année - beaucoup mieux que les invités étrangers.

Comme à notre habitude, nous ne chercherons pas ici à être exhaustif et à présenter un panorama complet de ce salon. Ceux qui le souhaitent - et nous le leur recommandons - ont jusqu’à dimanche prochain pour le visiter et se faire leur propre idée. On se contentera de grapiller ici ou là certaines feuilles qui nous ont particulièrement plu, pas forcément les plus chères ou les plus spectaculaires, ces dernières étant d’ailleurs moins fréquentes que l’an dernier ou l’on se rappelle du grand Ulysse et Nausicaa de Jordaens chez Jean-Luc Baroni. On commencera par le « stand des anonymes », une nouveauté amusante mise en œuvre sur une idée de Pierre Rosenberg : des dessins sans paternité y sont livrés à la curiosité et à la sagacité des visiteurs. Les marchands s’étant prêté à ce jeu ont choisi des feuilles de grande qualité dont l’anonymat ne devrait pas, pour certaines, résister à cette semaine. Les prix sont tous affichés et pour la plupart ne sont pas modiques. La prime à l’attribution ne sera pas forcément énorme pour les acheteurs. Sauf sans doute pour celui qui, dès les premières heures de l’inauguration, a eu le flair d’acquérir un Projet de tombeau de cardinal, dessin italien (indiqué comme bolonais) du XVIIIe siècle de très belle facture et vendu par Flavia Ormond pour seulement 800 €. Comme quoi il est même possible de chiner au Salon du Dessin ! Chez Flavia Ormond aussi, mais sur son propre stand cette fois, on verra un autre superbe dessin anonyme de l’Ecole romaine du XVIIe siècle, qui semble proche de Pier Francesco Mola, Mercure et Argus (ill. 1).

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2. Margaret Macdonald Mackintosh (1864-1933)
Le Jardin Mystérieux, 1911
Aquarelle, encre et graphite sur vélin - 45,1 x 47,7 cm
Londres, The Fine Art Society Plc
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3. Laurent de La Hyre (1606-1656)
L’Annonciation
Pierre noire et estompe - 38 x 24,8 cm
Paris, Galerie Coatalem

Sur le stand de The Fine Art Society, à l’entrée du Salon à droite, on signalera une superbe aquarelle de Margaret Macdonald Mackintosh, intitulée Le Jardin Mystérieux (ill. 2). L’artiste écossaise, épouse de Charles Rennie Mackintosh, livre ici une composition symboliste très proche dans l’esprit des Sécessionnistes viennois. Un peu plus loin, chez Mark Brady, on notera une sanguine de Simone Cantarini représentant Jupiter, Neptune et Pluton rendant hommage aux armes Borghese, tandis que, du XVIIe siècle également, mais français cette fois, on retiendra un beau dessin de Laurent de La Hyre chez Eric Coatalem (ill. 3).
Nous parlions plus haut de l’absence de dessins spectaculaires. Une exception chez Patrick Derom de Bruxelles qui montre une feuille monumentale et particulièrement impressionnante de Jean Delville représentant La Loi morale.

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4. Philippe-Auguste Hennequin (1762-1833)
Les Martyrs de Prairial
Plume et lavis d’encre de chine - 59,7 x 85,3 cm
Paris, Galerie Talabardon & Gautier
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5. Auguste Hyacinthe Debay (1804-1865)
Diane et Endymion
Crayon, lavis brun et rehauts de gouache
blanche - 28 x 22 cm
Paris, Galerie de Bayser

Tout à côté, la galerie Talabardon & Gautier présente un dessin admirable de Léon Bonvin, le frère de François, aussitôt acquis par la Fondation Custodia et dont nous reparlerons dans une prochaine brève consacrée aux cinq achats que celle-ci a réalisé lors de la soirée d’inauguration. On remarquera aussi une grande feuille inédite de Philippe-Auguste Hennequin pour un tableau sans doute non réalisé dont on connaît d’autres dessins préparatoires (ill. 4)
Chez Paul Prouté, un saisissant Thomas Couture, représentant une tête d’homme, a été vendu rapidement. Galerie de Bayser, on choisira une œuvre peut-être secondaire mais d’un indéniable charme, choisie ici parce qu’il s’agit d’un dessin de sculpteur, le thème de colloque organisé à l’occasion du Salon (voir l’interview de Guilhem Scherf). L’artiste est Auguste Hyacinthe Debay et le sujet est Diane et Endymion (ill. 5).

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6. Giovanni Battista Trotti, dit Il Malosso (1556-1619)
Dieu le Père entouré par des anges et des saints
Plume et encre brune, lavis gris-bleu - 41 x 41cm
New York, Pandora Old Masters
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7. Carle Vernet (1758-1836)
Cavaliers mamelouks
Pierre noire, encre et lavis brun, rehauts de
gouache - 47,8 x 39 cm
Paris et New York, Didier Aaron & Cie

On reviendra à l’Italie chez Pandora Old Masters qui présente notamment une belle étude préparatoire mise au carreau de Giovanni Battista Trotti, dit Il Malosso (ill. 6) et chez Katrin Bellinger avec un dessin petit mais très subtile, représentant un Projet pour une statue équestre par Giovan Battista Naldini. Non pas un dessin de sculpteur, mais un dessin de peintre pour une sculpture.
Juste en face, le beau stand de Didier Aaron montre entre autres deux huiles sur papier en grisailles de Donato Creti et deux Cavaliers mamelouks de Carle Vernet d’une qualité stupéfiante pour cet artiste parfois inégal (ill. 7)

Galerie Terradès, on pourra s’attarder sur deux très importants dessins néoclassiques très différents quoique datés de la même année. L’un par Bénigne Gagneraux (ill. 8), est conforme à ce que l’on attend de l’artiste, le second moins : il s’agit d’un paysage poétique par le Suisse Jean-Pierre Saint-Ours mieux connu pour sa peinture d’histoire (ill. 9)

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8. Benigne Gagneraux (1756-1795)
Le taureau furieux, 1785
Plume et encre de chine, lavis brun et rehauts
de gouache blanche - 42,7 x 57,1 cm
Paris, Galerie Terradès
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9. Jean-Pierre Saint-Ours (1752-1809)
Paysage italien, 1785
Pierre noire et lavis de brun et rehauts
de gouache blanche - 31,4 x 54 cm
Paris, Galerie Terradès

On conclura sur le beau portrait de sculpteur par Bellet du Poissat montré par La Scala qui l’avait déjà présenté dans une belle exposition récente. On y voit aussi deux dessins de Callet dont nous reparlerons bientôt puisque l’un d’eux a été acquis par une collection publique parisienne, à un prix d’ami, et que le second a été donné par la galerie à cette même institution.
Ce court panorama a sans doute le tort de ne pas s’attarder sur les dessins du XXe siècle, toujours plus nombreux, dont on pourra admirer de beaux exemples chez Antoine Laurentin (notamment un beau Rouault ou une gouache de Fernand Léger), Galerie Bérès ou chez Brame & Lorenceau. Il est vrai que le Salon du Dessin est encore, dans l’esprit de beaucoup, celui du dessin ancien.

Informations pratiques : Palais de la Bourse, Place de la Bourse, 75002 Paris. Horaires : de 12 h à 21 h. Nocturne le jeudi 10 avril jusqu’à 22 h 30.

Site du Salon du Dessin

Comme l’année dernière, les Quartier Drouot et le Carré Rive-Gauche organisent de nombreuses manifestations parallèles. Dans le premier, les historiens de l’art pourront s’intéresser particulièrement à l’exposition d’un fonds d’atelier - dessins et peintures - de Pierre Georges Jeanniot (1848-1934) ; galerie Laura Pêcheur, qui permet de découvrir un artiste dont les meilleures œuvres, le tableau représentant le Portrait de son père en particulier, ne sont pas sans évoquer ses confrères plus fameux comme Edouard Manet.


Didier Rykner, jeudi 10 avril 2008





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