Saint Martial et Hercule : des émaux de Jean II Pénicaud pour Limoges


9/3/15 - Acquisitions - Limoges, Musée des Beaux-Arts - Les miracles de saint Martial et les travaux d’Hercule ont été racontés dans l’émail. Ce sont ainsi quatre plaques du XVIe siècle, attribuées à Jean II Pénicaud et à son atelier, qui sont entrées au Musée des Beaux-Arts de Limoges en 2014. Les Pénicaud furent une dynastie limousine d’émailleurs, fondée par Nardon, suivi de son frère ou neveu Jean Ier, puis de Jean II (fils de Nardon ?) et de Jean III, chacun ayant apporté un savoir-faire nouveau (voir cet article).


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1. Jean II Pénicaud (actif entre 1531 et 1549)
Sainte Valérie apportant sa tête à saint Martial
Limoges, 1544 ?
Émail peint partiellement sur paillon d’argent,
rehauts d’or - 15 x 20,9 cm
Limoges, Musée des Beaux-Arts
Photo : Christie’s
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2. Jean II Pénicaud (actif entre 1531 et 1549)
La Mort de saint Martial
Limoges, 1544 ?
Émail peint partiellement sur paillon d’argent,
rehauts d’or - 15 x 20,9 cm
Limoges, Musée des Beaux-Arts
Photo : Christie’s

Les deux plaques consacrées à saint Martial sont particulièrement belles et Véronique Notin, conservatrice du musée, les suivait depuis plusieurs années. Elle a finalement réussi à les préempter dans une vente de Christie’s à Paris le 5 novembre 2014 avec l’aide du Fonds du Patrimoine.
Martial fut le premier évêque de Limoges (Augustoritum), venu d’Orient pour évangéliser l’Aquitaine en compagnie d’Austriclinien et Alpinien. Selon la légende, il aurait été béni par le Christ et baptisé par saint Pierre. Il fut en tous les cas l’un des sept évêques envoyés de Rome en Gaule dans les années 250. Quant à Valérie, convertie par le saint, elle refusa d’épouser un homme qui n’était pas catholique ; celui-ci lui fit tout simplement couper la tête, Valérie la ramassa et l’apporta gaillardement à Martial qui était en train de célébrer la messe. L’une des plaques montre ainsi la jeune femme heureusement guidée par un ange, apportant son chef à l’évêque ; l’autre, qui représentait croyait-on l’évanouissement de saint Martial, illustre plus probablement sa mort (ill. 1 et 2).
Les deux compositions s’organisent de la même manière : les figures se situent dans un espace clos, une chapelle ou un oratoire, dont l’autel est orné d’une Déposition du Christ. Une porte à droite ouvre la scène sur un paysage. On retrouve à chaque fois saint Martial entouré de ses deux compagnons, l’un jeune, l’autre vieux, tandis qu’une figure se tient à genoux, dans un cas il s’agit de sainte Valérie, dans l’autre d’un religieux, probablement le commanditaire de l’œuvre. Celui-ci est difficilement identifiable dans la mesure où l’écu armorié visible sur le pupitre est abimé. Peut-être est-ce Robert II de Lenoncourt (1560-1561), comte-évêque de Chalons-en-Champagne et cardinal depuis 1538, qui dirigea à partir de 1542 l’abbaye Saint-Martial, sécularisée en 1535.
Véronique Notin souligne la qualité de ces pièces, la finesse des traits des personnages, l’expressivité de leur visage et de leurs gestes, leurs couleurs nuancées, parfois rehaussées d’or, et ce choix étonnant du bleu pour la tiare de l’évêque et le vêtement du commanditaire.

Les deux émaux faisaient partie d’un cycle sur la vie de saint Martial, sans doute celui qui se trouvait à Limoges dans l’abbaye qui porte son nom. On connaît son existence par plusieurs témoignages, notamment une description de 1765 qui signale un ensemble de dix-huit plaques en émail peint racontant la vie de l’évêque et localisé dans « l’une des chapelles rayonnantes de la basilique du Sauveur à l’abbaye Saint-Martial de Limoges ». La série fut ensuite dispersée ; selon Maurice Ardant, qui suivit la trace de ces émaux au XIXe siècle, l’une des pièces portait la date de 1544.
Véronique Notin, dans un article à paraître1, détaille le parcours des différentes plaques, leurs apparitions dans diverses collections, expositions et ventes à Limoges et à Paris.

Trois plaques sont aujourd’hui localisées, les deux qui viennent d’entrer au musée et une autre au British Museum, qui représente Le Baptême de saint Martial par saint Pierre.
Certaines autres ont été photographiées et montrent Saint Martial enfant béni par le Christ, La Résurrection d’Austriclinien, L’Apparition de Dieu au saint et à ses compagnons à Limoges, La Résurrection d’Hildebert le Goujon, La Décollation de saint Valérie
Les épisodes de la vie du saint furent décrits ailleurs dans la pierre, l’émail ou l’estampe : on les retrouve par exemple sur le relief d’une église de Limoges ou dans une composition gravée par Thomas de Leu, assez similaire à l’émail, montrant Valérie céphalophore bénie par l’évêque.


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3. Atelier de Jean II Pénicaud (actif entre 1531 et 1549)
Hercule et le lion de Némée
Limoges, milieu du XVIe siècle
10,6 x 13,5 cm
Limoges, Musée des Beaux-Arts
Photo : F. Baulme Fine Arts
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4. Atelier de Jean II Pénicaud (actif entre 1531 et 1549)
Les travaux d’Hercule
Limoges, milieu du XVIe siècle
10,6 x 13,5 cm
Limoges, Musée des Beaux-Arts
Photo : F. Baulme Fine Arts

Deux autres plaques attribuées à l’atelier de Jean II Pénicaud et illustrant la légende d’Hercule ont été achetées par les Amis du musée à la galerie Franck Baulme à Paris (ill. 3 et 4). En grisaille, elles témoignent de la variété de la production de l’émailleur et de son atelier. L’une illustre Hercule maîtrisant le lion de Némée tandis que l’autre représente plusieurs travaux du héros en une seule image, déclinant celui-ci dans différentes postures : portant les colonnes, soulevant Antée, affrontant Achéloos. le Musée des Beaux-Arts de Lyon en conserve trois autres appartenant au même ensemble.
Il est étonnant que certaines plaques ne présentent qu’une seule scène alors que d’autres réunissent plusieurs épisodes. Peut-être s’agit-il d’une recomposition à partir de modèles afin de répondre à une commande spécifique. Ainsi le Victoria and Albert Museum conserve un coffret orné de plaques en grisaille illustrant la légende d’Hercule qui sont peut-être de l’atelier de Pénicaud à une date tardive ; là aussi, certaines comportent plusieurs scènes et d’autres une seule afin de s’adapter à la forme de l’objet.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 9 mars 2015


Notes

1Véronique Notin,« La légende de saint Martial Enquête sur un ensemble émaillé de Jean II Pénicaud tombé dans l’oubli. », Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, à paraître en septembre 2015.





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