Saint Louis


Paris, Conciergerie, du 8 octobre 2014 au 11 janvier 2015.

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1. Alphonse Osbert (1857-1939)
La Mort de saint Louis, 1900
Huile sur toile - 48 x 81 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN-Musée d’Orsay

Une exposition avec des œuvres en rapport avec son thème. Une exposition avec un vrai catalogue, riche d’essais passionnants et de notices détaillées. Une exposition didactique et claire. Une exposition qui montre des chefs-d’œuvres redécouverts et restaurés pour l’occasion, à côté d’autres plus célèbres mais qu’on a toujours plaisir à voir. Une exposition où le multi-média est présent sans être envahissant et sert de complément à la visite sans chercher à remplacer les œuvres. Bref, une excellente exposition, cela existe finalement assez souvent comme la lecture de nos critiques le démontre. Et toutes ces qualités sont celles de la très belle exposition « Saint Louis » organisée par le CMN à la Conciergerie, sous la direction de Pierre-Yves Le Pogam.

Le parcours est d’abord rétrospectif puisque l’on commence avec la vision que le XIXe siècle porta sur Louis IX. Ce début est surprenant puisqu’on y découvre plusieurs paysages d’Alphonse Osbert, vierges de tous personnages. Il s’agit d’esquisses préparatoires à une vie de Saint Louis, spectacle de cabaret avorté dont le peintre prépara les décors sans les terminer. La Mort de Saint Louis (ill. 1) est ainsi représentée par une plage de Tunis d’où émerge sur le côté le pied d’une tente.

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2. Sébastien Cornu (1804-1870)
Saint Louis, vers 1860
Huile sur toile - 205 x 88 cm
Paris, Musée du Louvre
(non exposé à la Conciergerie)
Photo : RMN-GP/H. Lewandowski

Plusieurs tableaux du XIXe siècle illustrent la légende dorée du roi : la plupart, exceptés ceux de Fleury Richard et François-Marius Granet, sont dus à des peintres peu connus ce qui accentue l’aspect découverte de cette section. S’il est appréciable que certaines œuvres soient cataloguées sans qu’elles aient pu être exposées (le catalogue reflète donc l’exposition idéale si tous les prêts avaient été possible), il est fort dommage que la grande toile de Sébastien Cornu représentant Saint-Louis (ill. 2) peint sur un fond d’or n’ait pas pu être prêtée par le Louvre. D’une part, cet élève d’Ingres mérite d’être mieux apprécié, d’autre part il s’agit d’un élément d’un décor que le musée n’expose jamais, et qui provient d’un acte de vandalisme officiel largement ignoré : la destruction, vers 1950, de la chapelle du palais de l’Élysée ! Quinze tableaux de la main de cet artiste sont ainsi confinés dans les réserves du Louvre, qu’on aimerait bien revoir un jour, pourquoi pas dans un autre musée qui pourrait demander leur dépôt ? Ou, alors à Lens qui jouerait ainsi un vrai rôle en montrant des œuvres que le musée parisien n’exposera vraisemblablement jamais…

Parmi les œuvres redécouvertes, on pourra citer un merveilleux morceau du jubé de la cathédrale de Chartres représentant Le sommeil et le réveil des Mages (ill. 3 et 4) : sans doute l’une des plus belles sculptures de l’exposition, un chef-d’œuvre absolu. On ne rappellera pas l’historique de ce jubé, nous l’avons fait ailleurs sur ce site et nous y renvoyons le lecteur. Il pourra ainsi constater comment l’État, qui gère la cathédrale de Chartres, et qui, depuis plus de dix ans, revendique un relief faisant partie de cet ensemble découvert par un marchand parisien, délaisse les autres pièces de ce jubé. Celles-ci sont « conservées » dans les combles de la cathédrale, où nous les avons vues il y a plusieurs années, et dont ils ne sont toujours pas sortis, sauf à l’occasion de cette exposition pour l’un d’entre eux. À quoi rime de réclamer la restitution (à notre avis totalement injustifiée) d’un morceau de jubé lorsque l’on n’est même pas capable de mettre en valeur ce qu’on possède déjà ? Que le visiteur profite donc de ce haut relief splendide qui risque de retourner pour des années encore dans un endroit inaccessible… Pourquoi ne pas plutôt le déposer (avec tous les autres) au Louvre qui possède quelques éléments de ce jubé dont le très beau Saint Matthieu écrivant sous la dictée de l’ange ?


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3. Chartres, vers 1230
Le sommeil et le réveil des Mages
Pierre (calcaire), traces de polychromie - 85 x 139 x 33 cm
Chartres, cathédrale
Photo : Didier Rykner
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4. Chartres, vers 1230
Le sommeil et le réveil des Mages, détail
Pierre (calcaire), traces de polychromie - 85 x 139 x 33 cm
Chartres, cathédrale
Photo : Didier Rykner

L’exposition montre aussi un ensemble de vitraux exceptionnel que l’on avait presque complètement oublié depuis plus d’un siècle dans des caisses stockées à Champs-sur-Marne par le Centre des Monuments Nationaux : rien moins que des éléments originaux de la verrière de la Sainte-Chapelle déposés lors de la restauration de 1848-1853 par Duban puis Lassus ! Ils sont exposés ici (ill. 5 et 6) à côté des relevés effectués par le peintre Steinheil à qui l’on doit également les cartons des vitraux de la chapelle basse, refaits au XIXe siècle et qui avaient disparu en 1690 à cause d’une crue dévastatrice.
Ces morceaux de vitraux sont en général bien conservés même si certaines parties (les têtes souvent) ont disparu depuis que les relevés ont été effectués. On regrette que le catalogue – par ailleurs excellent – ne s’attarde pas davantage sur les raisons de la dépose de ces morceaux et l’histoire de leur redécouverte. La partie bibliographique montre que certains avaient déjà été publiés en 1959 et en 2007. C’est cependant l’occasion de les montrer pour la première fois, après restauration, au public1. Ils demeureront exposés à la Conciergerie après la fin de l’exposition.


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5. Paris, avant 1248
Deux anges ouvrant une coupe, Apocalypse, 16, 3 (?)
Vitrail - 54 x 54 cm
Champs-sur-Marne, dépôt des Monuments Historiques
Photo : Didier Rykner
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6. Paris, avant 1248
Pharaon donnant un ordre à un serviteur, Exode 5, 6-10 (?)
Vitrail - 67 x 48 cm
Champs-sur-Marne, dépôt des Monuments Historiques
Photo : Didier Rykner

D’autres découvertes sont moins spectaculaires, mais pas moins sensationnelles, comme celle de fragments des deux portails d’accès à la chapelle supérieure et à la chapelle inférieure de la Sainte-Chapelle, entièrement détruits à la Révolution. Là encore, les conditions de la redécouverte ne sont pas précisément racontées, mais la localisation : « Paris, Sainte Chapelle », montre que c’est dans le monument lui même que ces morceaux totalement inconnus et inédits ont été trouvés lors de la préparation de l’exposition. Les conséquences n’en sont pas minces : ils ont permis, comme la notice du catalogue l’explique, de réécrire l’histoire de ces portails dont on a ainsi découvert que leur restauration a conservé une partie de la structure et de l’iconographie, contrairement à ce que l’on pensait.


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7. Bourges, vers 1240
Les Gardes au tombeau du Christ
Pierre, traces de polychromie - 111 x 104 cm
Bourges, Musée du Berry
Photo : Didier Rykner
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8. Normandie, début du XIVe siècle
Pierre, traces de polychromie - 157 x 44,3 x 30 cm
Mainneville, église Saint-Pierre-Saint-Paul
Photo : T. Leroy/Inventaire
régional Haute-Normandie

L’exposition, comme nous l’avons dit, plaira autant aux spécialistes qu’aux profanes. Ces derniers découvriront aussi des œuvres très connues mais rarement montrées dans des expositions. Qui, par exemple, visite Évreux et se rend dans l’église Saint-Taurin pour admirer la châsse du même nom ? Elle a été montrée cet été à Rouen dans l’exposition « Cathédrales » (voir l’article) mais n’avait pas été vue à Paris depuis 1970. Même si l’histoire n’a pas épargné cet objet (les statuettes sont pour partie des recréations du XIXe siècle), elle n’en « demeure pas moins un magnifique spécimen de l’art du milieu du XIIIe siècle », fort rare au demeurant puisque seules deux autres châsses du XIIIe siècle peuvent lui être comparées, celle de saint Romain, à Rouen, et de sainte Gertrude à Nivelles.
Parmi les autres nombreux chefs-d’œuvre présentés, notons aussi les reliefs du jubé de la cathédrale de Bourges, conservés au Musée du Berry (ill. 7), un reliquaire provenant de l’église San Domenico de Bologne créé en France vers 1300 pour abriter un doigt de Saint Louis et sans doute offert par Philippe le Bel, une sculpture représentant Saint Louis (ill. 8), du début du XIVe siècle, conservé dans l’église de Mainneville (Eure), de nombreux émaux, ivoires, enluminures…
Bref, au risque de nous répéter, une exposition à peu près parfaite qu’il faut absolument aller admirer.

Commissaire : Pierre-Yves Le Pogam, assisté de Christine Vivet-Peclet.

Sous la direction de Pierre-Yves Le Pogam, Saint Louis, Éditions du Patrimoine, 2014, 304 p., 45 €. ISBN : 9782757703410.

Acheter ce catalogue.


Informations pratiques : Conciergerie, 2, boulevard du Palais
75001 Paris. Tél : 00 33 (0)1 53 40 60 80. Ouvert tous les jours de 8 h 30 à 18 h (20 h le mercredi). Tarif : 8,50 € (entrée jumelée avec la Sainte Chapelle : 12,50 €).
Site internet de la Conciergerie.


Didier Rykner, lundi 24 novembre 2014


Notes

1Le cat. 69, Un Hébreu façonnant une tuile, Exode 1,11 (?), a néanmoins été montré dans une exposition à Amsterdam en 1973-1974.





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