Saint-Bruno : une église baroque à Bordeaux


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1. Église Saint-Bruno de Bordeaux
Photo : Didier Rykner

Le quartier de Mériadeck à Bordeaux, avec son architecture des années 60 qui ressemble à ce qui s’est construit de pire dans la banlieue parisienne, est l’un des plus laids que l’on puisse voir aujourd’hui dans une ville française. Aucun touriste n’a envie de s’y aventurer et peut-être est-ce l’une des raisons pour laquelle l’église Saint-Bruno (ill. 1) qui se trouve à sa périphérie, un peu à l’écart du centre-ville, est délaissée par les visiteurs. Parmi les Bordelais même, elle a mauvaise réputation car elle jouxte également le cimetière. L’église des Chartreux est donc souvent celle où l’on célèbre les obsèques, ce qui ne contribue pas à sa popularité.



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2. Chœur de l’église Saint-Bruno
Photo : Didier Rykner

Et pourtant, cet édifice religieux construit par le cardinal de Sourdis dans le premier quart du XVIIe siècle, qui demeure le seul vestige du monastère des Chartreux, est sans doute l’un des plus intéressants de la ville et l’un des plus beaux exemples de l’art baroque conservés en France.
Son architecture, notamment sa façade, est inspirée des constructions romaines. La nef est entièrement peinte d’une architecture en trompe-l’œil, exécutée vers 1771-1772 par un artiste italien originaire de Lombardie, Giovanni Antonio Berinzago1. Ce décor, en partie repeint au XIXe et restauré il y a une dizaine d’années, est manifestement inspiré par ceux que réalisait Andrea Pozzo un siècle plus tôt.
Mais malgré la qualité de ces peintures murales, le principal attrait de l’église reste son chœur (ill. 2). L’imposant décor sculpté est en effet dominé par une Annonciation en marbre (ill. 3) que le cardinal de Sourdis, lors de son séjour romain, commanda à Pietro Bernini. Celui-ci fut sans doute aidé par son fils Gian Lorenzo, mais l’attribution de l’ange à ce dernier seul que l’on trouve indiquée dans le dépliant édité par la commune, souvent invoquée, semble un peu forcée : aucun auteur récent ne la retient plus. En revanche, un buste du cardinal qui se trouvait avant la Révolution dans l’église et qui fut retrouvé au fond d’un puits est désormais conservé au Musée d’Aquitaine.


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3. Pietro Bernini (1562-1629)
(avec Gian Lorenzo Bernini ?)
Ange de l’Annonciation, 1620-1622)
Marbre
Bordeaux, église Saint-Bruno
Photo : Didier Rykner
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4. Philippe de Champaigne
L’Assomption de la Vierge, 1673
Huile sur toile -
Bordeaux, église Saint-Bruno
Photo : Didier Rykner

Le retable peint est dû à Philippe de Champaigne (ill. 4). Cette Assomption est son dernier tableau daté, en 1673.
Nous n’avons pas trouvé d’historique détaillé et concluant de l’ensemble du décor. Il semble avoir été réalisé en deux campagnes : dans les années 1620, avec la réalisation en marbre des deux figures de Pietro Bernini mais également celles d’un Saint Charles-Borromée et d’un Saint Bruno par Ottaviano Lazzeri, un sculpteur d’origine florentine manifestement très peu étudié et dont nous savons seulement qu’il est l’auteur des fonts-baptismaux de la basilique Santa Maria Sopra Minerva à Rome. Ces sculptures furent commandées par le cardinal de Sourdis.
Les deux autres statues indépendantes du décor et qui le complètent datent pour leur part, comme le tableau de Philippe de Champaigne, des années 1670. Représentant saint Jean-Baptiste et saint Joseph, elles sont en stuc et dues à Jean Girouard, un sculpteur d’origine poitevine. Le reste du décor sculpté est également de superbe qualité (ill. 5).


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5. France, XVIIe siècle
Deux anges sculptés
Chœur de l’église Saint-Bruno à Bordeaux
Photo : Didier Rykner
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6. École française, 1691
Tombeau de François d’Escoubleau et de
son épouse Charlotte d’Avarie
Pierre et marbre
Bordeaux, église Saint-Bruno
Photo : Didier Rykner

Par une porte situé à gauche du chœur, on pénètre dans une chapelle latérale qui sert aujourd’hui de salle pour le catéchisme. Cette chapelle est donc malheureusement fermée à la visite, mais il est sans doute possible de la voir en demandant à la personne qui garde l’église.
On peut en effet y voir le magnifique tombeau baroque de François d’Escoubleau, marquis de Sourdis (de la famille du cardinal donc) et de son épouse Charlotte d’Avaray, qui date de 1691. On y voit les bustes des défunts que le Temps, le pied sur un sablier et un crâne entouré d’ailes de chauves-souris, s’apprête à recouvrir d’un linceul ; deux femmes voilées servent de caryatides à l’ensemble.
La chapelle conserve également deux tableaux. L’un, de qualité modeste, montre le cardinal de Sourdis devant les plans de la Chartreuse (ill. 8). Le second est un Saint Sébastien caravagesque (ill. 9) rapproché d’une œuvre perdue du Guerchin par Denis Lavalle2, bien que cette figure semble pourtant fort peu guerchinesque...


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7. École français, début du XVIIe siècle
Le cardinal de Sourdis examinant les
plans de la Chartreuse

Huile sur toile - 136 x 101 cm
Bordeaux, église Saint-Bruno
Photo : Didier Rykner
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8. École italienne, début du XVIIe siècle
Saint Sébastien
Huile sur toile - 125 x 95 cm
Bordeaux, église Saint-Bruno
Photo : Didier Rykner

Dans la nef de l’église, on remarquera enfin de belles boiseries sculptées du XVIIe siècle, la chaire, également de bois sculpté, et un tableau italien représentant Saint Jérôme que Denis Lavalle attribue à Lorenzo Gennari. Une autre toile, qui se trouve sur l’autel à droite de la nef, était cachée par l’installation malencontreuse (mais heureusement temporaire) d’une crèche. Il s’agit d’un Saint Bruno en extase de Guy François.


Didier Rykner, lundi 30 décembre 2013


Notes

1La vidéo montre tout ce qui n’est pas illustré dans cet article. Nous remercions la direction de la création artistique et du patrimoine de Bordeaux pour l’aide qu’elle nous a apporté pour la réalisation de cette vidéo.

2Denis Lavalle, « Sur quelques peintures italiennes du XVIIe siècle conservées dans les églises de province », Seicento, le siècle de Caravage dans les collections Françaises, Paris, 1988.





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