Rétrospective José Camarón Bonanat (1731-1803) à Castellón (Espagne)


27/12/05 – Exposition - Castellón - Au printemps dernier, le musée San Pio V de Valence organisait la première exposition consacrée à José Vergara, qui a introduit dans cette ville un baroque assagi et y avait établi deux Académies (voir brève du 2/5/05). L’un de ses grands mérites est d’avoir réveillé la scène artistique locale et poussé des jeunes talents à plus d’ambition1. Né à Ségorbe et formé par son père sculpteur, José Camarón Bonanat appartient à une dynastie d’artistes2. Dès 1754, il participe à la création de l’Académie de Santa Bárbara à Valence et est admis à celle de San Fernando à Madrid en 1762 avec l’Allégorie des trois beaux-arts3 (ill.1). Réalisée à l’âge de 30 ans, celle-ci prouve qu’il manie parfaitement le langage symbolique et le style suave de Corrado Giaquinto, tempéré par l’influence de Mengs. Sa personnalité s’exprime déjà par des figures élégantes, élancées, maniéristes, presque parmegianinesques. Il mène l’essentiel de sa carrière à Valence, reçoit des commandes pour d’autres régions et séjourne parfois à Madrid.


1. José Camarón Bonanat
(1731-1803)
Allégorie des trois beaux-arts, 1761
Huile sur toile - 175 x 103 cm
Madrid, Museo Municipal
Photo : Service de presse

2. José Camarón Bonanat (1731-1803)
Apparition de l’Immaculée Conception
à un dévot

Huile sur toile - 85 x 65 cm
Madrid, Museo Lázaro Galdiano
Photo : Service de presse


3. José Camarón Bonanat (1731-1803)
Paysage animé et ruines
Huile sur toile - 47 x 40 cm
Madrid, collection particulière
Photo : Service de presse

L’exposition comprend plus de vingt tableaux religieux, des grands retables et des moyens formats de dévotion privée qui suffiraient à le considérer parmi les meilleurs peintres espagnols de la seconde moitié du XVIIIe siècle (ill.2). Trop peu connus, plusieurs paysages de style rococo gardent le souvenir de Salvator Rosa (ill.3). Une poignée d’œuvres est encore plus originale, des sujets de fêtes galantes, de masques, de jeux amoureux (ill. 4 et 5)4. Il transpose le Jardin d’Amour de Rubens et des exemples français en peignant des majos et des majas et élabore, vers 1785, une peinture “costumbrista”, c’est à dire des scènes de mœurs typiquement espagnoles. Une veine dans laquelle s’illustrent au même moment Luís Paret y Alcázar, Antonio Carnicero, Ramón et Francisco Bayeu, et bien entendu Francisco Goya dans ses cartons de tapisseries pour la Manufacture de Santa Bárbara. Plus que ces artistes, Camarón s’attache à peindre des toreros et des contrebandiers, qui jouent de la guitare et fument la cigarette, des robes à la mode et de chapeaux extravagants, un folklore que développera à satiété le XIXe siècle. Une de ses toiles gravée par P. de Machy, sous le titre “diversion espagnole”, aura une grande fortune en France. José Camarón Bonanat - Romeria - Madrid, Museo nacional del Prado


4. José Camarón Bonanat (1731-1803)
Romeria, vers 1785
Huile sur toile - 83 x 180 cm
Madrid, Museo nacional del Prado
Photo : Service de presse

5. José Camarón Bonanat (1731-1803)
Parejas, vers 1785
Huile sur toile - 83 x 180 cm
Madrid, Museo nacional del Prado
Photo : Service de presse


Basée sur les recherches de Ramón Rodríguez Culebras, cette exposition, conçue par la spécialiste de l’artiste Adela Espinós, est une étape dans la préparation de la monographie à venir. Les toiles proviennent des églises de la Communauté valencienne, d’institutions madrilènes et barcelonaises, et de collections privées, son œuvre étant quasi intégralement conservé en Espagne. Les notices du catalogue étudient une trentaine de ses meilleurs tableaux, illustrés en pleine page et en couleur, mais les essais reproduisent aussi plusieurs de ses autres peintures et de ses décors monumentaux religieux, ainsi qu’un grand nombre de dessins, préparatoires ou indépendants, à la technique si caractéristique5. Son activité de graveur et d’illustrateur de livres, notamment de deux éditions différentes de Don Quichotte, est aussi évoquée.

José Camarón Bonanat 1731-1803, Castellón, Museu de Belles Arts, du 26 octobre 2005 au 15 janvier 2006, commissaire : Adela Espinós

Catalogue bilingue en dialecte valencien et en castillan, rédigée par Adela Espinós, 240 pages, prix : 30 €, ISBN : 84-482-4199-1


Michel de Piles, mardi 27 décembre 2005


Notes

1. José Vergara et José Camarón ont collaboré sur plusieurs chantiers au cours de leurs carrières.

2. Suite à une lecture erronée du registre d’enterrements, l’artiste est appelé Boronat depuis 1889 et dans les dictionnaires qui ont suivi. Les auteurs récents sont revenus au nom d’origine, utilisé par ses premiers biographes. Plusieurs de ses ascendants sont documentés comme sculpteurs au XVIIe siècle. Ses œuvres ont parfois été confondues avec celle de son fils José Camarón Meliá (1760-1819), et Manuel, le frère de celui-ci, était aussi peintre. Son petit-fils Vicente Camarón Torra fut un paysagiste romantique et son arrière-petit-fils renoua avec la sculpture. Coté maternel, son grand-père Bonanat était miniaturiste.

3. L’artiste s’installe de façon permanente à Valence en 1772. Il est alors académicien (et donc professeur) de San Carlos (institution qui a remplacé l’Académie de Santa Bárbara).

4. La Romeria est une fête populaire flamenca, de pélerinage pour un saint, ici interprétée dans le sens de pélerinage à l’Amour. La Pajeras est un couple de danseurs, ou de galants.

5. La graphie des dessins de l’artiste est très particulière, imitant les gravures au burin, faite de parallèles, de croisillons très serrés, de petits points, avec une encre grise ou brune très délavée.



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