Restitution de la Jeune fille au chapeau de paille de Friedrich von Amerling


1. Friedrich von Amerling (1803-1887)
Jeune fille au chapeau de paille
Huile sur toile - 58 x 46 cm
Vente Vienne, Dorotheum, 15 octobre 2008
Photo : Dorotheum

26/9/08 – Restitution– Vienne, Österreichische Galerie Belvedere – Considérée comme le chef d’œuvre de Friedrich von Amerling, la Jeune fille au chapeau de paille (ill. 1) est très populaire dans les pays germaniques, maintes fois reproduites sur des supports variés, ainsi que sur la couverture de nombreux livres (comme par exemple la jaquette de L’Art du XIXe siècle des éditions Citadelles Mazenod en 2003). Réalisée au cours du séjour du peintre en Italie, la toile a vu son prestige encore accentué avec le renouveau d’intérêt pour le Biedermeier1. Comptant encore récemment parmi les œuvres les plus célèbres de la galerie du Belvédère, elle a été rendue aux héritiers de l’architecte Ernst et Else Gotthilf2 en 2007. Ceux-ci l’ont confiée à la salle de vente de Vienne, le Dorotheum, où elle passera aux enchères, dans une relative discrétion, le 15 octobre prochain (estimation sur demande).

Ces dernières années, l’administration autrichienne s’est montrée incapable de racheter les œuvres restituées, via un auctioneer étranger, notamment les Klimt Bloch-Bauer3. La vente ayant lieu à Vienne, cela facilitera peut-être l’acquisition. Pour garder cette toile dans la capitale, on pourrait aussi imaginer l’intervention du Prince du Liechtenstein, dont le musée possède plusieurs peintures de l’artiste, Amerling ayant été un portraitiste attitré de sa famille. Par exemple, le Liechtenstein Museum à Vienne expose un Portrait d’homme de Frans Hals rendu par le Kunsthistorisches Museum en 1999 à la famille Rothschild, et que le collectionneur a acheté en 2003.

Plusieurs autres œuvres rétrocédées à leurs ayants droits passeront dans la même vacation (et dans celle du lendemain) :

2. Friedrich von Amerling (1803-1887)
Autoportrait, 1846
Huile sur toile - 62 X 50 cm
Vente Vienne, Dorotheum, 15 octobre 2008
Photo : Dorotheum



- un Autoportrait de Friedrich von Amerling (ill. 2), provenant du Landesmuseum Joanneum de Graz4 ;

- un Portrait de vieille femme, de Ferdinand Georg Waldmüller (Führermuseum de Linz et ensuite à la Kunsthalle de Mannheim jusqu’en 2006) ;

3. Maître de Großlobming (XVe siècle)
Christ Ressuscité
Bois - H. 110 cm
Vente Vienne, Dorotheum, 16 octobre 2008
Photo : Dorotheum

- une sculpture en bois polychrome, le Christ Ressuscité du Maître de Großlobming (ill. 3 ; Führermuseum de Linz puis galerie du Belvédère jusqu’en 2007). Marqué par l’art français, son auteur est l’une des figures les plus importantes au début du Gothique International en Autriche ; il était actif en Styrie et à Prague, protégé par l’Empereur Charles IV et surtout par ses fils Venceslas et Sigismond.

P.S. (15/10/2008). Ces derniers jours, les conservateurs des musées autrichiens ont tenté en vain de mobiliser l’opinion avec une pétition et des demandes de crédits pour pouvoir acheter la Jeune fille au chapeau de paille, mais ils se basaient sur une estimation de 250 000 à 300 000 euros. Comme nous l’avions anticipé, c’est bien le Prince de Liechtenstein qui a été l’adjudicataire, après de rudes enchères, pour 1,5 millions d’euros (frais compris). La toile sera le tableau du mois de novembre au Liechtensteinmuseum, qui ensuite accueillera l’œuvre dans sa collection (notons que le tableau du mois pour octobre dans ce musée est un Autoportrait âgé du même Amerling).

English version


Michel de Piles, vendredi 26 septembre 2008


Notes

1. Catalogue de l’exposition Friedrich von Amerling 1803-1887 , Vienne 2003, p. 228, n° 73. Il existe des répliques autographes à la Neue Pinacothek à Munich et à la Lady Lever Gallery à Liverpool.

2. Ernst Gotthilf était un architecte renommé à qui l’on doit de nombreux bâtiments à Vienne, des immeubles d’habitation, des sièges de banque et le Palais Fanto (aujourd’hui le Centre Arnold Schönberg). Né en 1865, on perd sa trace après qu’il a fui l’Autriche au moment de l’Anchsluss. Le Belvédère acquit l’œuvre lors de la vente forcée de sa collection des 15-17 mars 1939.

3. Un important crédit de plus d’une centaine de millions de dollars avait été dégagé par l’Autriche, mais le coût global des six œuvres étant largement supérieur, l’administration n’a pas eu la volonté de négocier seulement une ou deux toiles avec la somme dont elle disposait.

4. Op. cit. note 1, p. 79, Ill. 76.



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