Restauration de la chapelle Saint-Fulcran à la cathédrale de Lodève


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1. Xavier-Louis Dartis
Reliquaire en forme de petit temple
péristyle à colonnes, 1808
Argent - 76 x 60 cm
Lodève, cathédrale Saint-Fulcran
Photo : Inventaire général

25/2/06 – Patrimoine - Lodève - cathédrale Saint-Fulcran - Depuis le début des années 1990, une campagne de restauration est menée sur la cathédrale de Lodève. En 2005, les travaux ont porté sur la chapelle Saint-Fulcran qui conserve les reliques du fondateur. Celle-ci, rénovée, a été inaugurée le 13 février dernier, jour anniversaire des 1000 ans de la mort de son dédicataire. Elle fut remodelée plusieurs fois au cours du XIXe siècle. En 1808, un nouveau reliquaire, néoclassique, est commandé à l’orfèvre de Montpellier, Xavier-Louis Dartis (ill.1). Les donations d’orfèvrerie abondent tout au long du XIXe siècle. En 1884, la chapelle contiguë à celle de Saint-Fulcran est agrandie pour les conserver (le trésor est aujourd’hui riche de près de 40 reliquaires, récemment remis en état et inventoriés ; ill. 2 et ill. 3). Parallèlement, des peintures murales sont exécutées dans la travée centrale.


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2. Vue de la Grande chapelle des reliques
Lodève, cathédrale Saint-Fulcran
Photo : Inventaire général
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3. Vue de la Grande chapelle des reliques
Lodève, cathédrale Saint-Fulcran
Photo : Inventaire général

Cet évènement est l’occasion de découvrir des peintures religieuses du XIXe siècle d’artistes peu connus. Un grand format, du peintre de Montpellier François Matet1, représente un Miracle de Saint Fulcran (ill. 4). Réalisé sur toile en 1805, il a été agrandi par la suite (le paysage et l’arche en pierres) et marouflé sur le mur. La partie basse est de qualité, comme en témoigne le détail des têtes des femmes (ill. 5). L’artiste reprend des compositions classiques, telles que Saint Charles Borromée et les pestiférés de Milan (par exemple Pierre Mignard au musée de Caen), en l’adaptant à l’histoire locale. Ce tableau est intéressant car les œuvres religieuses sont relativement rares sous l’Empire.


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4. François Matet
Miracle de saint Fulcran, 1805
Huile sur toile marouflée sur le mur -
280 x 200 cm
Lodève, cathédrale Saint-Fulcran
Photo : Inventaire général
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5. François Matet
Miracle de saint Fulcran (détail)
Huile sur toile marouflée sur le mur
Lodève, cathédrale Saint-Fulcran
Photo : Inventaire général

Deux autres peintures monumentales sont dues au toulonnais Louis-Joseph Fanelli-Semah (1804-1875), qui entra à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris en 1825 comme élève de Gros, et peignit des tableaux religieux tout au long de sa carrière2. Étant donnés leurs thèmes, il doit s’agir de commandes spécialement exécutées pour ce lieu. La prise de Gibret (ill. 6), qu’on peut rapprocher stylistiquement d’Evariste Fragonard, signée et datée de 1832, illustre le moment où le saint évêque, allant dans le Rouergue chercher des vivres pour son peuple affamé, est attaqué et menacé par les bandits. L’autre signée et datée de 1834, représente Le corps de saint Fulcran profané par les protestants en 1573 (ill. 7). Cette composition enlevée est un magnifique exemple du goût romantique pour la narration pittoresque, marqué par les exemples alors récents de sujets troubadours traités en très grandes dimensions par Paul Delaroche et Eugène Devéria. Les rougeoiements rappellent l’école vénitienne du XVIe siècle, si appréciée par Delacroix et d’autres artistes sous la Restauration. Une autre toile, La Mort de saint Fulcran (ill. 8) est signée et datée par Chauvet de 1887.


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6. Louis-Joseph Fanelli-Semah (1804-1875)
La prise de Gibret, 1832
Huile sur toile - 215 x 349 cm
Lodève, cathédrale Saint-Fulcran
Photo : Inventaire général
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7. Louis-Joseph Fanelli-Semah (1804-1875)
Le corps de saint Fulcran profané par les protestants, 1834
Huile sur toile - 171 x 214 cm
Lodève, cathédrale saint-Fulcran
Photo : Inventaire général

Les peintures murales de 1884 sont très inégales et usées (ill. 9). Elles sont données, sans certitude, à Joseph Pauthe3, peintre qui a couvert d’immenses fresques les chapelles de la cathédrale de Perpignan, puis a travaillé à Villeneuvette dans l’Hérault et ensuite à Orléans (sur la voûte il y a cependant la signature d’un peintre de la région, Joseph Vié). Il s’agit, semble-t-il, d’un cycle allégorique, avec, d’un côté, La Victoire sur l’hérésie protestante, et d’autre part Saint Fulcran intercesseur, où l’évêque de Lodève présente la châsse reliquaire du saint guérisseur.


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8. Chauvet
La mort de saint Fulcran, 1887
Huile sur toile - 210 x 268 cm
Lodève, cathédrale saint-Fulcran
Photo : Inventaire général
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9. Attribué à Joseph Pauthe
Peinture murale de saint Fulcran, 1884
Lodève, cathédrale saint-Fulcran
Photo : Inventaire général

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10. Attribué à François Matet
Tête de saint Fulcran (fragment)
Huile sur toile - 79 x 49 cm
Lodève, cathédrale saint-Fulcran
Photo : Inventaire général

Ce lieu contient d’autres objets précieux, protégés au titre des Monuments historiques (ex-voto, statues, lampes de sanctuaire, gant liturgique du XIIIe siècle). Le chantier de restauration a été dirigé par Dominique Larpin, architecte en chef des Monuments historiques et la restauration des tableaux s’est effectuée sous la conduite de Laurent Hugues, conservateur des Monuments historiques. Pour plus de renseignements et d’autres photographies, lire l’article de Marie Marthe Fauvel, chargée de Mission patrimoine pour la ville de Lodève, sur la restauration des peintures murales, et celui d’Hélène Palouzié, conservateur des antiquités et objets d’art de l’Hérault, sur l’histoire de cette chapelle, dans la revue en ligne Église en Pays d’Hérault -Diocèse de Montpellier, p. 8 à 12.

Remerciements pour la rédaction de cet article : Hélène Palouzié, Jérôme Montcouquiol, Jean-Louis Potier.


Michel de Piles, samedi 25 février 2006


Notes

1Son fils, Charles-Paulin-François Matet, a lui aussi peint de nombreux tableaux pour les églises. Un autre tableau dans la chapelle de reliques, représentant saint Fulcran, est attribué hypothétiquement à François Matet père (ill. 10). C’est un fragment coupé, partie sauvée d’une toile plus grande.

2Fanelli-Semah a régulièrement exposé au Salon, de 1831 à 1853. Les tableaux de Lodève n’y ont pas été montrés.

3Un mémoire de thèse sur Joseph Pauthe est en cours par Samuel Toutain.




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