Réserves du Louvre : interview d’un(e) conservateur(trice) du département des peintures (3)


Est-ce que des réserves à 200 km sont viables ?

Évidemment non. Au département des peintures, nous avons moins d’œuvres que les départements archéologiques. Mais nous avons besoin, malgré tout, d’étudier de temps à autre les tableaux. Il y a également la question des prêts aux expositions et des œuvres de remplacement. Il est parfois difficile de savoir si on va faire venir tel ou tel tableau sans l’avoir revu dans les réserves. Cela va amener des transports supplémentaires pour aller les voir et les ramener. Par ailleurs, pour un tableau qui serait en réserve à Lens, il faut aussi établir un constat d’état normalement fait par un restaurateur en présence du conservateur. Cela oblige donc les conservateurs et les restaurateurs à aller à Liévin.

Quand un historien d’art vient voir les réserves, est-il accompagné par un conservateur ?

Bien sûr, s’il est en réserve on le met sur un chevalet pour le mettre en bonne lumière, et on parle de l’œuvre, cela va de soi. Cet échange est indispensable au conservateur du Louvre et au chercheur.

Est-ce que les réserves du département des peintures sont des placards ?

Il n’y a aucun placard au département des peintures et, d’ailleurs, les photos qui ont illustré l’article indiquant que les réserves sont des placards ont été prises dans celles du département des peintures. Ce sont des réserves très récentes car elles datent de 1989. Toutes les réserves sont en bon état.

Y-a-t-il beaucoup de peintures en réserves ?

Il n’y a que pour la France qu’on a des choses importantes en réserve, et pour l’école anglaise qui pour l’instant n’est presque pas présentée. Pour les écoles étrangères, la plupart des œuvres sont exposées. Pour l’école française, ce sont les grands formats qui partiront.

Le classement se fera, paraît-il, par matière ?

Oui, il paraît que le classement sera fait par matière. Le département des peintures y échappe parce que les tableaux sur panneau ne seront pas avec les sculptures en bois. On restera indépendant. Mais pour les autres départements, c’est absurde. Cela risque de disloquer les fonds historiques, c’est une régression intellectuelle. Cela correspond peut-être à une volonté en haut lieu de casser les départements, ce qui n’est pas nouveau.

Les réserves tampons sont-elles une solution ?

Le risque de ces réserves tampons – et on commence à en parler – ce serait de fermer des salles - par exemple les salles Mollien – pour les transformer en réserves. Il y aurait donc moins d’œuvres exposées.

Est-ce que les conservateurs ont participé au projet ?

Une ou deux personnes étaient, de temps en temps, dans des groupes de travail. On en parlait dans les réunions de département, mais c’est un peu un dialogue de sourd, car on ne nous écoute pas, les arguments présentés ne sont pas pris en compte. Par exemple, il est tout de même étonnant que dans les projets à venir soient aménagés des espaces muséographiques inondables, par exemple dans la « petite galerie » qui se trouve dans les salles d’exposition près des sculptures françaises, et que dans le même temps on veuille vider des réserves qui ne sont pas inondables. Cela concerne tous les départements.

Pratiquement tous vos collègues sont opposés à ce projet pour de bonnes raisons. Alors à votre avis quelle est sa véritable raison ?

Ce sont des raisons uniquement politiques, pour faire plaisir à Daniel Percheron et à la région.

Mais pourtant les réserves ne seront pas visitables.

Non, on nous a bien affirmé que les réserves ne seront pas visitables. C’est évidemment un leurre de penser qu’elles seront attractives pour les habitants qui ne pourront pas les voir. Est-ce que la Région le croit, et est-ce la raison pour laquelle elle est prête à donner tant d’argent ?

Propos recueillis par Didier Rykner


La Tribune de l’Art, mercredi 24 juin 2015





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