Construit en 1925 par l’architecte Wilhelm Kreis (qui devait devenir plus tard un collaborateur d’Albert Speer), le Kunstpalast est un bâtiment Art Déco (ill. 1) dont le hall (ill. 2) constitue l’une des plus belles parties, avec un ensemble de vitraux dû à l’artiste hollandais Johan Thorn Prikker. Sa réouverture, après deux ans de travaux de mise aux normes, est l’occasion de parler d’une institution méconnue en France malgré ses riches collections.

2. Wilhelm Kreis (1873-1955), architecture et
Johan Thorn Prikker (1868-1932), vitraux
Vitraux
Düsseldorf, Museum Kunstpalast
Photo : Didier Rykner
Nous ne connaissions pas le musée avant qu’il n’entreprenne ces travaux. Au rez-de-chaussée sont exposées les œuvres en verre, le Glasmuseum Hentrich, l’un des ensembles de ce genre les plus importants conservés dans une collection publique (elle serait la troisième au monde après le Metropolitan Museum et le Victoria & Albert Museum), qui couvre un champ chronologique allant de l’Antiquité à nos jours (ill. 3). Cette partie, déjà refaite en 2006, est la seule à ne pas avoir été fermée pendant les travaux.

4. Accrochage peu serré des tableaux
de paysages du début du XIXe siècle
(à gauche, Caspar Johann Nepomuk Scheuren,
à droite, Joseph Anton Koch)
Düsseldorf, Museum Kunstpalast
Photo : Didier Rykner
Au premier étage se déploient les sculptures et les peintures. La scénographie est simple mais met parfaitement les œuvres en valeur. Alors que les précédentes présentations mélangeaient, si l’on en croit le dossier de presse, toutes les techniques et toutes les époques, la nouvelle muséographie privilégie la chronologie ce qui rend le parcours clair et logique. On peut en revanche regretter que le musée ait décidé de s’inscrire dans une mode de plus en plus suivie : montrer relativement peu d’œuvres et renouveler de temps en temps l’accrochage, ce qui condamne une partie des collections aux réserves et se révèle extrêmement pénalisant pour le visiteur qui n’a pas forcément l’occasion d’y revenir fréquemment. Ainsi, sous prétexte qu’une grande exposition consacrée à l’école de Düsseldorf aura lieu cet automne, la plupart des tableaux allemands du XIXe siècle appartenant à ce courant, à l’exception des paysagistes (comme Johann Wilhelm Schirmer), sont invisibles : les visiteurs ne verront donc pas Les Enfants d’Edouard de Theodor Hildebrandt, qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher du tableau de même sujet de Paul Delaroche et que le guide des collections qui vient de paraître a pourtant choisi d’illustrer ; ils seront tout autant privés de la découverte d’autres artistes mal connus en France comme Eduard von Gebhardt (une étrange Résurrection de Lazare)... Ils ne verront pas davantage les tableaux de peintres aussi importants que Peter Cornelius, Carl Lessing ou Alfred Rethel, alors que le musée en possède un grand nombre. Le manque de place n’explique pas tout car l’accrochage pourrait sans grand problème être beaucoup plus resserré (ill. 4). Répétons-le : sans aller jusqu’à des murs remplis de tableaux du sol au plafond comme au Palais Pitti, le rôle d’un musée est avant tout de montrer ses collections.

6. Giovanni Bellini (vers 1430-1516) et atelier
Vierge à l’enfant entourée de saints, 1506-1510
Huile et tempera sur panneau - 131,9 x 175,8 cm
Düsseldorf, Museum Kunstpalast
Photo : Didier Rykner

7. Salle de L’Assomption de Rubens
(sur le mur du fond)
Düsseldorf, Museum Kunstpalast
Photo : Didier Rykner
Revenons au début du parcours avec le Moyen Age et la Renaissance pour lesquels, fort logiquement, les œuvres allemandes sont prépondérantes (ill. 5). On peut cependant voir quelques tableaux italiens dont un beau triptyque de Giovanni Bellini et de son atelier ((ill. 6) acquis par Peter Cornelius pour l’Académie de Düsseldorf.
Le musée trouve son origine dans la collection de l’électeur Palatin Johann Wilhelm von der Platz qui ouvrit en 1710 une galerie de peintures, l’une des premières de ce genre en Europe. Formée essentiellement de tableaux nordiques, une grande partie fut perdue pour la ville au tout début du XIXe siècle lorsque ses héritiers la transférèrent à Munich (les peintures sont aujourd’hui à la Alte Pinakothek). Beaucoup demeurèrent cependant à Düsseldorf parmi lesquelles une Assomption de Rubens (ill. 7) exposée dans une salle aux côtés d’autres grands formats dont un Saint François de Zurbaran. Parmi les écoles anciennes, les flamandes et surtout les hollandaises sont les mieux représentées (Jonas et la baleine par Pieter Lastman - ill. 8), Frans van Mieris, Dirck Hals, David Teniers, Adriaen van Ostade, Jan Both, Jacob van Ruysdael, Jan van Goyen, une salle consacrée aux natures mortes...).

8. Pieter Lastman (1583-1633)
Jonas et la baleine, 1621
Huile sur panneau - 36 x 52,1 cm
Düsseldorf, Museum Kunstpalast
Photo : Didier Rykner

9. Giovanni Battista Gaulli, dit Baciccio (1639-1709)
L’Adoration de l’agneau, vers 1680
Esquisse pour la fresque de l’abside du Gesù à Rome
Huile sur toile - 68,3 x 102,1 cm
Düsseldorf, Museum Kunstpalast
Photo : Didier Rykner
Les esquisses peintes des XVIIe et XVIIIe siècles, réunies par le peintre Lambert Krahe (1712-1790) et que celui-ci vendit à l’Académie de Düsseldorf, en dépôt permanent au musée, constituent un de ses autres points forts. Sont ainsi exposés de nombreux bozzetti par Carlo Maratta, Baciccio (ill. 9), Lazzaro Baldi, Giacinto Brandi, Antonio Belluci... En 2010, une esquisse de Giuseppe Passeri (ill. 10), préparatoire à un plafond, a été acquise auprès d’un particulier, ce qui montre ainsi la volonté du musée de renforcer cet ensemble actuellement riche d’environ 350 œuvres (seule une partie est montrée). Le département des dessins et des estampes conserve également, de la même provenance, d’innombrables feuilles italiennes1 par Giovanni Baglione, Pier Francesco Mola, Pierre de Cortone, Guillaume Courtois, Carlo Maratta, Giacinto Calandrucci, etc.

10. Giuseppe Passeri (1654-1714)
L’Aurore, 1506-1510
Huile sur toile - 86 x 74 cm
Düsseldorf, Museum Kunstpalast
Photo : Didier Rykner

11. Angelika Kauffmann (1741-1807)
Agrippine se lamentant sur les cendres de Germanicus, 1793
Huile sur toile - 93,7 x 78,7 cm
Düsseldorf, Museum Kunstpalast
Photo : Didier Rykner
Outre les esquisses, le musée peut également montrer quelques importantes peintures du XVIIIe siècle. Italiennes avec Alessandro Magnasco, Bernardo Bellotto, Corrado Giaquinto, Giovanni-Antonio Gardi, françaises avec Pierre-Hubert Subleyras et Jean-Baptiste Regnault ou allemandes. Parmi ces dernières, on remarquera plusieurs Angelika Kauffmann dont, acquis en 2011 d’une collection particulière, une Agrippine se lamentant sur les cendres de Germanicus (ill. 11).

12. Joseph-August Knip (1777-1847)
Pins, vers 1812
Huile sur papier marouflé sur carton - 46,8 x 35,1 cm
Düsseldorf, Museum Kunstpalast
Photo : Didier Rykner

13. Carl Gustav Carus (1789-1869)
Vallée dans les montagnes, 1822
Huile sur toile - 64 x 93,2 cm
Düsseldorf, Museum Kunstpalast
Photo : Didier Rykner
Parmi les peintures allemandes (et hollandaises) du XIXe siècle, on notera des paysagistes travaillant en Italie au début du XIXe siècle (ill. 12), des tableaux de Caspar David Friedrich et de ses épigones comme Carus (ill. 13) ou Dahl, des nazaréens dont une Fuite en Egypte de Schnorr von Carosfeld et un Noli me Tangere d’Overbeck ou encore, beaucoup plus tardif, David et Jonathan par Carl Johann Lasch (ill. 14).

14. Carl Johann Lasch (1822-1888)
David et Jonathan
Huile sur toile - 125 x 94 cm
Düsseldorf, Museum Kunstpalast
Photo : Didier Rykner
On signalera enfin l’important ensemble de peintures du XXe siècle (ill. 15), parmi lesquelles on trouve des noms aussi illustres qu’Emil Nolde, Lovis Corinth, Franz Mark, Max Ernst, Wassiliy Kandinsky, ainsi que des œuvres de la seconde moitié du XXe ou plus récentes encore sortant du champ traité par La Tribune de l’Art.

16. Wilhelm Kreis (1873-1955)
Museum Kunstpalast, Düsseldorf
Aile des expositions temporaires
Photo : Didier Rykner

17. Johan Thorn Prikker (1868-1932)
Meubles exposés dans la rétrospective du
Museum Kunstpalast de Düsseldorf
Photo : Didier Rykner
Les salles d’exposition temporaires se trouvent dans un bâtiment faisant face au musée (ill. 16), également construit par Kreis, mais qui ne comporte plus à l’intérieur aucun élément d’origine. Y sont présentés actuellement, outre une sélection d’œuvres contemporaines allemandes offertes récemment par un collectionneur, une remarquable rétrospective consacrée à Johan Thorn Prikker, à qui le musée doit les vitraux de son hall dont nous parlions au commencement de cet article.

18. Johan Thorn Prikker (1868-1932)
La Musique et la Danse
Carton pour une mosaïque
Crayon, aquarelle et encre - 200 x 522
Krefeld, Kunsmuseen
Photo : Didier Rykner

19. Johan Thorn Prikker (1868-1932)
Vitraux exposés dans la rétrospective du
Museum Kunstpalast de Düsseldorf
Photo : Didier Rykner
Le sous-titre de l’exposition : « Vom Jugendstil zur Abstraktion2 » résume parfaitement le parcours de ce peintre et décorateur, né à La Haye en 1868 et mort à Cologne en 1932. Artiste complet, il produisit dans toutes les techniques à l’exception de la sculpture et de l’architecture. On peut ainsi admirer, outre ses peintures et dessins, des meubles (ill. 17), des tapisseries, des mosaïques (ill. 18), des vitraux (ill. 19)... Marqué à ses débuts par Millet, Signac ou Seurat, ses œuvres des années 1930 évoquent Mondrian.
Collectif, The Collection. Museum Kunspalast, Düsseldorf. Selected Works from the Museum Collection, Museum Kunstpalast, 2011, 336 p., 24 €. ISBN : 9783868330830 (édition allemande : 9783868330847).
Collectif, Johan Thorn Prikker. Mit allen Regeln der Kunst. Vom Jugendstil zur Abstraktion, Museum Boijmans van Beuningen/Museum Kunstpalast, 2010, 256 p., 36 €. ISBN : 9789069182513 (édition néerlandaise : 9789069182506).
Site Internet du Museum Kunstpalast.




