Réouverture du Musée Jean-Jacques Henner


1. Musée national Jean-Jacques Henner
Grand atelier du premier étage présentant des œuvres
de Henner du début de sa carrière officielle, ainsi que les
quelques œuvres par d’autres artistes lui ayant appartenu
Photo : Didier Rykner

Etablissement discret consacré à un peintre parfois mal compris, le Musée Henner avait fermé ses portes en 2005 pour être entièrement rénové. Il les rouvrira au public samedi prochain 7 novembre. L’opération n’a pas seulement consisté à rendre à cet ancien hôtel particulier son aspect IIIe République, elle a également permis la restauration de nombreux tableaux et celle des cadres dont beaucoup avaient été enlevés dans les années 1960 et qui ont été retrouvés dans les caves.
Disons-le d’emblée, il s’agit d’une magnifique réussite. Elle montre qu’avec du goût, un conservateur soucieux du patrimoine et un architecte qui intervient avec modestie dans un lieu historique, il doit finalement être possible de mettre un bâtiment ancien autant que possible aux normes modernes sans pour autant le massacrer.


2. Musée national Jean-Jacques Henner
Patio
Photo : RMN

Même si elle a été « hennérisé » pour remplir au mieux sa fonction de célébration de Jean-Jacques Henner, il ne faut pas oublier qu’il ne s’agit pas là de sa maison, mais de celle d’un autre peintre, Guillaume Dubufe [1].
La restauration de l’édifice s’est attachée à retrouver au mieux et sans les excès de reconstitution auxquels on assiste parfois, l’atmosphère d’une demeure de peintre. Les murs ont retrouvé des couleurs s’approchant au maximum de celles d’origine (ill. 1) certains éléments de décor dûs à Guillaume Dubufe ont été remis en valeur (ill. 2) ; la salle à manger au rez-de-chaussée à gauche du hall d’entrée, où se trouvait naguère l’appartement de l’agent de surveillance, a été rendue au public ; l’ancien ascenseur qui se trouvait au centre du bâtiment et en mutilait les volumes a été remplacé par un autre qui sait se faire très discret tout en permettant l’accès aux handicapés [2]


3. Musée national Jean-Jacques Henner
Atelier du dernier étage où sont exposés
notamment les tableaux de grand format
Photo : Didier Rykner



4. Jean-Jacques Henner (1829-1905)
Saint Sébastien, 1888
Huile sur toile - 150 x 125 cm
Paris, Musée Jean-Jacques Henner
Photo : RMN

Cent trente tableaux sont montrés en permanence, ce qui peut paraître faible mais se justifie néanmoins. Si un accrochage très dense est en général préférable à une relégation d’œuvres en réserve, les choses en vont différemment lorsqu’il s’agit d’un musée consacré uniquement ou presque à un seul artiste. La plupart des grands formats sont exposés, mais il aurait pu paraître parfois un peu indigeste de montrer côte à côte des centaines de paysages d’Italie. Il fallait donc faire un choix et trouver une juste mesure. Seul le second atelier, au dernier étage, souffre d’un accrochage un peu monotone sur un mur, ce qui n’est pas bien grave. On voit, sur les autres cimaises de cette même pièce (ill. 3), plusieurs grands formats de Salon dont le très beau Saint Sébastien prud’honesque de 1888 (ill. 4). On verra aussi deux récentes acquisitions, des tableaux d’Emmanuel Michel Benner, dit Many Benner, un élève de Jean-Jacques Henner, offerts en 2007 par sa famille , un Saint Jean-Baptiste enfant et une Résurrection de la fille de Jaïre (ill. 5) [3]. On appréciera dans cette même salle le très confortable canapé qui permet aux visiteurs de s’attarder un peu dans la contemplation des tableaux, un luxe hélas bien rare dans la plupart des musées, où l’on a parfois l’impression qu’il est mal élevé de s’asseoir et de prendre son temps.
Une pièce sera consacrée à des accrochages périodiques de dessins ou de gravures. Henner lui-même possédait quelques œuvres de ses contemporains (on les voit dans l’atelier d’apparat au premier étage). Il collectionnait aussi les gravures et la première exposition d’art graphique (jusqu’au 8 février 2010) sera consacrée à la Tauromachie de Goya dont le musée conserve la suite complète.


5. Emmanuel Michel Benner, dit Manny Benner (1873-1965)
La Résurrection de la fille de Jaïre, 1902
Huile sur toile - 116 x 146 cm
Paris, Musée Jean-Jacques Henner
Photo : Claire Bessède

L’exposition récemment organisée par le musée Henner et celui de la Vie Romantique, qui anticipait sur cette réouverture, avait été chroniquée dans nos colonnes par Jean-David Jumeau-Lafond. Nous renvoyons donc à cet article le lecteur soucieux d’en savoir plus sur l’artiste lui-même. La vision des œuvres de Henner restaurées dans leur nouvel écrin confirme en tout cas qu’il faut oublier l’image que l’on a souvent de ce peintre, brouillée par les multiples faux qui circulent sur le marché. Sans doute pas un génie, Henner est un bon peintre et certains de ses tableaux méritent largement le détour vers ce petit musée plein de charme.

Informations pratiques : Musée Jean-Jacques Henner, 43, avenue de Villiers 75017 Paris. Tél : 00 33 (0)1 47 63 42 73. Horaires : 11 h - 18 h tous les jours sauf le mardi ; ouverture jusqu’à 21 h le premier jeudi du mois. Tarifs : 5 € (réduit : 3 €). Gratuité selon conditions applicables dans les musées nationaux.

Site du Musée Jean-Jacques Henner

English version


Didier Rykner, mardi 3 novembre 2009


Notes

[1] Dubufe l’avait lui-même acheté au peintre Roger Jourdain (1845-1920)] duquel il a été acquis par Marie Henner, nièce de l’artiste, afin d’installer la collection qu’elle donnait à l’Etat.

[2] Notons que le chantier n’est pas encore totalement terminé : il restera notamment à restaurer l’ancien jardin d’hiver de Guillaume Dubufe, sur le sol duquel a été mis au jour une mosaïque datant de 1878..

[3] Cf. La Revue des Musées de France - Revue du Louvre, n° 2, avril 2008, où ces tableaux offerts par Jean-Charles Benner, ont été publiés. Trois autres œuvres ont fait partie de la même donation : une Marine, La Piscine de Bethsaïda et Piffefari.



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