Le Musée des Beaux-Arts de Limoges, en travaux depuis quatre ans, a rouvert au public en décembre dernier. Situé à proximité de la cathédrale, dans le Palais de l’Evéché (ill. 1) qui a été restauré à cette occasion, il s’est agrandi d’un bâtiment moderne. Les travaux ont coûté au total près de 25 millions d’euros financés par la ville de Limoges, le département de la Haute-Vienne, la région du Limousin et l’Etat.
Il est toujours délicat d’intervenir ainsi près d’un monument historique. Le résultat est raisonnablement réussi. Ce nouvel édifice, sans grandes qualités architecturales, est relativement bas et ne perturbe pas trop la vision de l’Evêché sauf lorsque l’on arrive du centre-ville (ill. 2). Il abrite les espaces d’accueil du musée, des salles d’expositions temporaires, une bibliothèque, un auditorium, les réserves et ateliers de restauration tandis que le lien entre les deux édifices est assuré par une galerie souterraine (ill. 3) où sont présentés quelques vitraux Art Déco de Francis Chigot.

3. Galerie menant du bâtiment moderne
à l’ancien évêché
Musée des Beaux-Arts de Limoges
Photo : Didier Rykner

4. Salles d’archéologie
Sous-sols de l’ancien évêché
Musée des Beaux-Arts de Limoges
Photo : Didier Rykner
La visite commence dans les sous-sol de l’Evêché avec les collections archéologiques, notamment le riche fonds égyptien qui sort du domaine traité par La Tribune de l’Art. L’ensemble est sobre et plutôt réussi (ill. 4).
Le rez-de-chaussée est réservé aux collections de peintures qui sont fort inégales. L’accrochage est d’ailleurs provisoire puisque de nombreuses toiles sont montrées dans les salles d’expositions temporaires, dans le bâtiment nouvellement construit, dont un grand retable de Gerard Seghers et un tableau d’Hubert Robert (ill. 5). Il est prévu de faire tourner les œuvres, ce qui est tout de même un peu dommage pour un musée qui vient de voir son espace d’exposition doublé (de 1500 à 3000 m2). Certaines toiles présentées au rez-de-chaussée du Palais de l’Evêché sont de qualité modeste. Peut-être est-ce pour cela que les attributions sont si généreuses, ce qui est regrettable d’un point de vue pédagogique. Le passage de la Mer Rouge n’est pas d’Eustache Le Sueur contrairement à ce que dit le cartel1 (ill. 6), le grand tableau d’après Raphaël représentant La Bataille de Constantin n’est sans doute pas de Charles Le Brun car il est trop médiocre pour cela.

5. Hubert Robert (1733-1808)
La Maison Carrée et les arènes de Nîmes
Huile sur toile
Limoges, Musée des Beaux-Art
Photo : Didier Rykner

6. Ecole française, XVIIe siècle
Le Passage de la Mer Rouge
Huile sur toile
Limoges, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
On notera cependant, outre la Pietà de Jacques Stella, une belle école flamande du XVIIe siècle représentant L’Adoration des Mages, un anonyme napolitain du XVIIe siècle, une esquisse de Carle Van Loo, Les Mages aux pieds d’Hérode, un portrait de femme par Nattier... Fort peu de choses en vérité pour la peinture ancienne.
On verra aussi quelques intéressants tableaux italiens prêtés au musée par un collectionneur privé de la région (ill. 7). Ils sont dus à des artistes2 comme Jacopo del Sellaio, Andrea Picinelli, Niccolo Soggi ou Agnolo Gaddi (ill. 8). Quant aux toiles de la seconde moitié du XIXe siècle, on pourra préférer les Paul Ranson aux Guillaumin et aux Renoir malheureusement assez médiocres (à l’exception, pour ce dernier peintre, du Portrait de Marie-Zelie Laporte, un tableau de jeunesse acquis par souscription en 1992.

7. Salle des tableaux italiens provenant d’une
collection privée en dépôt de longue durée
Musée des Beaux-Art de Limoges
Photo : Didier Rykner

8. Agnolo Gaddi (vers 1345-1396)
Vierge à l’enfant
Panneau
Collection privée, en dépôt
au Musée des Beaux-Arts de Limoges
Photo : Didier Rykner
Si la restauration du bâtiment et les aménagements muséographiques nous semblent plutôt respectueux de l’architecture, nous ne pouvons pas en dire autant de la présentation, dans la chapelle (ill. 9), du remarquable ensemble d’esquisses des Béatitudes de Maurice Denis (ill. 10). Les cimaises prennent une place beaucoup trop importante et ternissent en partie le charme de l’endroit. De même, un peu plus loin, le Salon des Assemblées avec son décor de portraits d’évêques est, lui aussi, coupé par des cimaises où sont accrochées des toiles de Paul Ranson et de Suzanne Valadon et qui ne respectent absolument pas les volumes (ill. 11).

9. Chapelle de l’ancien évêché
avec l’aménagement peu heureux pour exposer les Maurice Denis
Photo : Didier Rykner

10. Maurice Denis (1870-1943)
Une Béatitude
Huile sur toile
Limoges, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
Au premier étage, que l’on atteint après avoir emprunté le très bel escalier surmonté de l’immense Achille reconnu à la cour de Déidamie de Noël Hallé, est exposée l’importante collection d’émaux. Malgré le terrible vol subi par le musée le 1er janvier 1981 (27 des plus belles pièces ont été dérobées et n’ont jamais été retrouvées), ce fonds demeure l’un des plus importants de France et s’est enrichi ces dernière années de plusieurs œuvres. La présentation est agréable et bien agencée (ill. 12). On peut y voir aussi le seul tableau retrouvé de Léonard Limosin davantage connu comme peintre d’émaux.
Au final donc, cette réhabilitation du Musée des Beaux-Arts de Limoges est plutôt une réussite même si l’on aimerait savoir ce que vont devenir, à la fin du mois, certains des tableaux de la collection permanente exposés dans les salles d’exposition temporaire. Un musée se doit de montrer ses plus belles œuvres et il serait anormal, par exemple, que le tableau de Seghers se retrouve relégué en réserves.




