Au début du mois de février, le Musée des beaux-arts de Rennes a rouvert ses salles de peinture, au premier étage du bâtiment construit en 1855. Les installations électriques ont été mises en conformité et la vidéo surveillance revue, tandis que l’espace du musée a été repensé. Les collections se déploient autour du patio, regroupées de manière assez classique, par siècles et par écoles européennes. Le choix des couleurs sur les murs de chaque salle est une réussite car elles identifient les espaces, introduisent une scansion dans la visite, n’écrasent pas les œuvres, mais au contraire les mettent en valeur – le choix au musée des beaux-arts de Nantes de formes géométriques avec de violents contrastes colorés aux murs des salles de peinture paraît en comparaison moins judicieux. L’une des œuvres les plus célèbres du musée, Le nouveau-né de Georges de La Tour, ainsi que plusieurs autres tableaux héritiers du clair-obscur caravagesque, ont été rassemblés dans une même salle, sur un beau fonds violet et sous une lumière plus douce qui les mettent bien en valeur (ill. 1). Les quatre grands Francesco Casanova qui illustrent la faiblesse humaine face aux catastrophes naturelles ou humaines (Paysans surpris dans un orage, Rupture d’un pont de bois, Attaque de brigands pendant la nuit, Voyageurs pris dans un ouragan, v.1770) dialoguent entre eux dans un lieu unifié, créé au milieu de la grande galerie.

3. Musée des Beaux-Arts de Rennes
Salle de peintures du XVIIe siècle
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rennes
Outre cette volonté de « montrer la collection autrement », le directeur du musée, Francis Ribemont, avait pour désir de « montrer l’entièreté de la collection », c’est-à-dire d’exposer le plus grand nombre de tableaux possibles, un choix qu’il faut saluer. Ceci a conduit au retour d’œuvres après une importante campagne de restaurations (Gaspard Crayer, L’élévation de la croix, La Résurrection de Lazare, Jacob Jordaens, Le Christ en croix, Jean-Baptiste Jouvenet, Le Christ au jardin des Oliviers…), ainsi qu’à un nouveau parti pris d’accrochage. Les toiles sont exposées de façon serrée – sans excès toutefois (ill. 2). La Tribune de l’Art regrette si souvent la mode des accrochages clairsemés (un mur / un tableau) qui conduisent à conserver en réserve des œuvres importantes, qu’on ne peut une nouvelle fois que se féliciter d’un tel choix. Ce parti pris permet donc d’exposer un plus grand nombre de tableaux. Il est cependant dommage – mais on ne peut tout avoir - qu’il soit impossible de contempler de près La Vierge à l’enfant Jésus et saint Jean-Baptiste de Lubin Baugin ou certains tableaux de paysage.
Des murs de refends ont cloisonné certaines salles et galeries, ce qui permet d’accrocher des peintures de grand format. La grande Descente de croix de Charles Le Brun (ill. 3), immense, fait face au spectateur qui entre dans la grande galerie. Le tableau a été métamorphosé par sa restauration dont nous avions déjà parlé (voir brève du 25/12/06). Le choc visuel que produit le tableau de Le Brun explique mieux son histoire : l’achat par Louvois en 1684 pour le faire placer dans la chapelle du château de Versailles alors que le tableau avait été commandé pour les Carmélites de Lyon, puis sa célébrité à la fin du XVIIe siècle. Deux grands formats du XIXe siècle, qui n’étaient pas exposés autrefois, méritent qu’on s’y arrête : Tobie ensevelissant les morts d’Henri Serrur, restauré (ill. 4) (1819, restauré) et La mort de saint Jean-Baptiste d’Henri-Léopold Lévy (ill. 5) (1886).

4. Musée des Beaux-Arts de Rennes
Nouvelles salles de peinture
Tobie ensevelissant les morts
par Henri Serrur
Photo : Claire Mazel

5. Musée des Beaux-Arts de Rennes
Nouvelles salles de peinture
La Mort de saint Jean-Bapitste
par Henri Lévy
Photo : Claire Mazel
La réouverture des salles est dans l’ensemble une réussite, mais il est dommage que les objets d’art, qui étaient autrefois exposés dans les salles de peinture, aient disparu. En revanche, si les sculptures de la période moderne restent exposées au rez-de-chaussée, dans le patio, celles de la période contemporaine voisinent au premier étage les tableaux (on peut remarquer au passage que l’art contemporain n’est entré au musée de Rennes que par le biais d’œuvres peintes ou sculptées). Le directeur du musée appelle quant à lui de ses vœux une extension du musée qui laisserait la place aux arts décoratifs, à l’ethnographie extra-européenne, à l’histoire de la ville de Rennes (négligée aussi par le musée de Bretagne qui se trouve dans l’espace des Champs Libres), et au déploiement des collections d’art moderne et contemporain. Il est vrai qu’il serait souhaitable que le musée s’inscrive davantage dans l’histoire de la ville de Rennes, puisque figurent dans ses collections des pièces remarquables comme les reliefs de bronze de Coysevox qui ornaient le piédestal de la statue de Louis XIV sise place royale (place du Parlement) ou la terre cuite de Jean-Baptiste Lemoyne préparant la statue de Louis XV pour l’Hôtel de ville de Rennes. Si une salle évoquant la collection de Robien, dont le musée est l’héritier, est prévue, il serait souhaitable de mieux expliquer les autres saisies révolutionnaires, essentielles dans la constitution des collections du musée et qui expliquent la présence d’un grand nombre de tableaux provenant des églises parisiennes sous l’Ancien Régime.
Les collections de peintures, d’estampes et de dessins seront mises en valeur en 2010 à travers deux expositions : Le beau langage de la nature. Le paysage au temps de Mazarin (7 juillet-17 octobre), puis Heemskerck et l’humanisme (6 octobre 2010-4 janvier 2011).


