Réouverture des Musées Gadagne à Lyon


Après avoir visité l’Hôtel Gadagne à Lyon, rouvert il y a quelques jours au public après une campagne de travaux de restauration et d’agrandissement, on peut légitimement s’interroger sur la possibilité d’aménager aujourd’hui un monument historique en musée, surtout lorsqu’il s’agit d’un ancien hôtel particulier conservant encore des décors et sa disposition d’origine1.
Il semble en effet acquis qu’un tel établissement, en plus d’être aux normes de sécurité imposées par la loi, doit avoir une boutique, un auditorium, un restaurant, des bornes interactives, etc. Il suffit d’imaginer ce que serait l’Hôtel Lambert à Paris, s’il devait devenir un musée comme certains le préconisent ; cela relativise quelque peu ses mésaventures actuelles.

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1. Hôtel Gadagne, Lyon
Cour restaurée
Photo : Didier Rykner
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2. Hôtel Gadagne, Lyon
Porte des toilettes, donnant sur la cour
Photo : Didier Rykner

A peine entré dans la cour du musée Gadagne, les dégâts sautent aux yeux. L’aspect trop restauré et trop neuf des façades (un défaut qui devrait heureusement disparaître rapidement) n’est finalement pas très grave face au traitement du sol percé d’horribles vitrages chargés d’apporter de la lumière naturelle aux salles d’expositions creusées en sous-sol (ill. 1). On remarquera aussi le bon goût qui a présidé à l’établissement d’une porte transparente donnant sur les toilettes (ill. 2). L’effet en est tellement désastreux qu’on nous a assuré qu’elle serait finalement masquée. Qu’elle ait seulement pu être conçue démontre cependant la faible qualité des aménagements architecturaux.

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3. Hôtel Gadagne, Lyon
Plafond du XVIIe siècle
Photo : Didier Rykner

On signalera ainsi les meubles de présentation des gravures, d’une lourdeur évidente. On s’interrogera sur les petites marches presque invisibles et dont l’utilité nous échappe, présentes dans certaines salles : pendant la visite de presse, deux journalistes pourtant jeunes et bénéficiant d’une bonne vue, ont manqué tomber. S’ils s’étaient cassé une jambe, ils auraient pu sans doute s’installer dans un fauteuil roulant et parcourir la rampe qui traverse, presque sur toute sa longueur, la salle possédant le plus beau plafond du musée (ill. 3). On n’imagine rien de plus laid que l’aménagement de cette pièce (ill. 4).

Le reste est à l’avenant, hélas, et il n’y a pas grand chose dans cette architecture qui mérite d’être sauvé. Tout cela est simplement très médiocre. Le clou est assurément l’« escalier monumental » vanté dans le dossier de presse (ill. 5). Creusé dans la façade, il n’a rien abimé à la structure du bâtiment mais sa simple présence lui est une véritable injure.

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4. Hôtel Gadagne, Lyon
Salle avec rampe d’accès handicapés et
plafond XVIIe
Photo : Dossier de presse
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5. Hôtel Gadagne, Lyon
Escalier
Photo : Didier Rykner

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6. Hôtel Gadagne, Lyon
Jardin
Photo : Didier Rykner

Seules réussites, mineures, le dernier étage et les jardins où les visiteurs pourront, par beau temps, se restaurer (ill. 6) et l’auditorium (ou théâtre) qui, s’il a mutilé cette fois les volumes intérieurs, est habilement inséré dans l’architecture et possède une certaine élégance (ill. 7) qui manque cruellement au reste des aménagements.
Le traitement d’ensemble est si brutal que les travaux ont détruit l’équilibre du monument qui n’est plus qu’un fantôme d’hôtel particulier de la fin du XVe siècle. On peut s’interroger sur la protection donnée par le classement et surtout sur cette propension fréquente des musées à ruiner l’architecture qu’ils investissent.

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7. Hôtel Gadagne, Lyon
Théâtre
Photo : Didier Rykner

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8. France, XVIIe siècle
Vierge à l’enfant
Bois
Lyon, Musée d’histoire de Lyon
Photo : Didier Rykner

Restent les collections2 . Le bâtiment est le siège de deux musées, celui d’histoire de la ville et celui des marionnettes. Le fonds du premier, pour ce que nous avons pu en voir, est inégal mais parfois de très belle qualité. On admirera de superbes maquettes anciennes, notamment celle de l’Hôtel de Ville, de nombreuses peintures représentant des vues de Lyon, principalement des XVIIIe et XIXe siècles, quelques sculptures (ill. 8) et boiseries, ainsi que des gravures et des dessins qui seront montrés par roulement. On découvrira aussi des métiers à tisser la soie. Il est difficile d’appréhender la véritable richesse de ce musée faute d’ouvrages sur ses collections. On espère qu’ils viendront bientôt.
Le musée des marionnettes, s’il sort un peu du champ de La Tribune de l’Art, mérite néanmoins d’être signalé. Sa muséographie - due aux mêmes architectes - est nettement plus réussie et son intérêt est réel. Le nombre d’objets conservés étant considérable, l’accrochage sera modifié régulièrement.

Le parcours avait commencé par un « couloir d’images sonores [qui] plonge le visiteur dans les sons de la ville contemporaine », au cas où celui-ci aurait déjà la nostalgie de ce à quoi il venait juste d’échapper en rentrant dans le bâtiment. Cette phrase, issue du dossier de presse, et surtout la réalité de ce qu’elle recouvre témoignent hélas de l’évolution des musées au début du XXIe siècle. Aujourd’hui, ce qui compte, ce ne sont plus les œuvres d’art ni le bâtiment historique qui les conserve. Ce sont les « dispositifs multimédia ludiques et didactiques », ou la muséographie qui « s’appuie sur les nouvelles technologies tout en préservant une approche sensible et humaine »...


Didier Rykner, jeudi 2 juillet 2009


Notes

1L’Hôtel Gadagne était bien sûr déjà un musée. Mais la transformation est si drastique qu’elle peut être assimilée à une création.

2On donnera tout de même quelques chiffres : la surface utile des musées est passée de 3000 à 6000 m2, d’une part en gagnant de la place sur la colline, d’autre part en investissant un bâtiment voisin. Trente salles sont consacrées au musée d’histoire, neuf à celui des marionnettes.




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