
1. Mino da Fiesole (1429-1484)
Niccolò Strozzi, 1454
Marbre - H. 49 cm
Berlin, Skulpturensammlung, Staatliche Museum
Photo : D. Rykner
Organiser une exposition sur le portrait à la Renaissance relève presque de la mission impossible. Le sujet est trop général, souvent traité (encore récemment à Naples à Capodimonte), et il est difficile de réunir les œuvres compte-tenu de leur fragilité ou de l’importance pour leur musées qui rechignent (ou devraient rechigner) à s’en séparer.
Heureusement, la National Gallery a des idées et des ressources. Plutôt que de réunir un improbable ensemble de chefs-d’œuvre très connus venant de tous les grands musées et rassemblant les noms les plus célèbres, elle a choisi deux axes. Le premier consiste à se reposer en partie sur sa propre collection, ce qui évite des déplacements trop risqués (l’exposition est cependant allée à Madrid, au Prado) tout en proposant une réflexion autour d’œuvres capitales. Seul inconvénient, pour le visiteur habitué à voir Les Ambassadeurs de Holbein, le Portrait du doge Leonardo Loredan de Giovanni Bellini ou les Epoux Arnolfini de Van Eyck dans les salles du musée et sans bourse délier, celui-ci devra pendant trois mois payer son écôt et descendre au sous-sol dans les salles d’expositions. Le second axe a consisté à compléter la rétrospective par des œuvres importantes mais souvent mal connues du public. Ce parti pris évite la succcession de chefs-d’œuvres évidents tout en réussissant le tour de force proposer une vision cohérente du thème étudié. D’autant plus que, comme d’habitude à la National Gallery, la muséographie et l’accrochage sont parfaits, on pourra en conclure que l’exposition est une réussite.
L’organisation du parcours est thèmatique, et le visiteur est aidé d’un petit livret qui donne les clés de chaque section. Le catalogue lui-même est très agréable à lire, rassemblant, selon une recette qui tend à se perdre, essais et notices. Certes, cela ne révolutionne pas l’histoire de l’art, mais le lecteur peu familier de ce sujet recevra des éléments indispensables pour mieux comprendre les fonctions du portrait à la Renaissance, les problèmatiques qui y sont rattachées (ressemblance, portraits postumes ou commémoratifs, portraits allégoriques, conditions sociales des modèles, etc.) et les questions de style.

2. Tullio Lombardo (vers 1460-1532)
Un jeune couple (Bacchus et Ariane), 1505-1510
Marbre - 56 x 71,5 x 20 cm
Vienne, Kunsthistorisches Museum
Photo : D. Rykner

3. Leone Leoni (1509-1590) et
Pompeo Leoni (1533-1608)
Philippe II, 1549-1568
Bronze - 169 cm
Madrid, Museo Nacional del Prado
Photo : D. Rykner
L’exposition ne se limite pas à la peinture. Même si la National Gallery est uniquement consacré à cette technique, elle a su emprunter judicieusement, outre des dessins, plusieurs sculptures de très belle qualité. La première salle montre deux marbres représentant respectivement Niccolò Strozzi, par Mino da Fiesole (ill. 1), et Francesco Sassetti, attribué à Antonio Rossellino. Le premier témoigne d’une recherche de naturalisme qui se combine avec une forte influence de l’Antique. Un peu plus loin, le merveilleux double portrait de Tullio Lombardo (ill. 2) est d’un classicisme tel qu’il évoque presque une sculpture du début du XIXe siècle. Le point d’orgue de l’exposition est bien la réunion de plusieurs bronzes dûs à Pompeo et Leone Leoni (ill. 3). Le rassemblement de ces portraits de cour représentant Charles-Quint et Philippe II, par Leoni ou par Antonis Moro, avec le Portrait de Jules II par Raphaël et celui de Paul III par Titien (Naples, Capodimonte), forme un ensemble exceptionnel qui justifie à lui seul la visite.

4. Quentin Metsys (1465-1530)
Une vieille femme, vers 1513
Panneau - 64,2 x 45,5 cm
Londres, National Gallery
Photo : D. Rykner

5. Quentin Metsys (1465-1530)
Un vieil homme, vers 1513
Panneau - 64,1 x 45,5 cm
Etats-Unis, collection particulière
Photo : D. Rykner
L’exposition a été l’occasion de réunir la célèbre Vieille femme de Quentin Massys à son mari (ill. 4 et 5). La première appartient à la National Gallery, le second à une collection privée américaine. Il n’est pas certain, vu la laideur de son épouse, que ce dernier soit forcément ravi de ces retrouvailles. Moins que le visiteur en tout cas.
Autre juxtaposition très heureuse, celui du dessin de Domenico Ghirlandaio (ill. 6) avec le Portrait de vieillard et de son petit-fils qu’il prépare. Cette confrontation justifie le déplacement de ce dernier tableau, l’un des fleurons du Louvre. On ne sait pas forcément que ce chef-d’œuvre n’est pas dû à l’observation par le peintre de l’heureuse scène familiale qu’il représente, mais qu’il s’agit d’un portrait posthume, basé sur une étude du vieillard mort. Le catalogue s’attarde sur cette pratique très répandue (et bien au delà du XVIe siècle) du portrait réalisé non devant le modèle vivant, mais devant un cadavre, voire à l’aide d’un masque mortuaire ou même grâce à d’autres portraits sculptés, peints ou dessinés. Plus étonnant encore, certaines œuvres étaient peintes grâce à de simples descriptions.

6. Domenico Ghirlandaio (1449-1494)
Tête de vieil homme, vers 1490
Pointe d’argent et plume, rehaussé de blanc
sur papier rose - 64,1 x 45,5 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Nationalmuseum

7. Jacopo Pontormo (1494-1556)
Portrait de jeune homme (Calo Neroni), 1530
Huile sur panneau - 92,1 x 73 cm
Collection particulière
Photo : D. Rykner
On l’a dit, l’exposition montre un certain nombre de portraits plus confidentiels (ce qu’il n’est pas toujours facile de deviner car les notices sont totalement dépourvues d’historique et n’ont qu’une bibliographie très sommaire), appartenant soit à des collections particulières, soit à des musées moins connus. C’est le cas par exemple d’un très beau panneau donnné à l’atelier de Juste de Gand, représentant Federico da Montefeltro et son fils Guidoboldo, d’un portrait en terre cuite peinte d’un jeune garçon riant, peut-être Henry VIII, attribué à Guido Mazzoni et provenant des collections royales britanniques et, surtout, d’un Portrait de jeune homme de Pontormo (ill. 7) récemment redécouvert dans une collection privé, très proche de celui conservé au Getty Museum.
On conclura sur une remarquable Tête d’homme barbu de Domenico Beccafumi, à l’huile sur papier. Sa manière est tellement libre qu’on pourrait sans difficulté le confondre avec une œuvre romantique. Ces découvertes ajoutent au plaisir que procure l’exposition.
Collectif, Renaissance faces. Van Eyck to Titian, National Gallery London, 2008, 304 p., £24,95. ISBN : 978-1857094114.
Informations pratiques : The National Gallery, Trafalgar Square London WC2N 5DN. Tél : + 44 (0) 20 7747 2885. Ouvert tous les jours de 10 h 00 à 18 h 00, le mercredi jusqu’à 21 h 00. Entrée de l’exposition payante (le reste du musée est gratuit).
Transeurope organise des séjour à Londres pour voir l’exposition.
