L’exposition du Musée de Dijon pourrait être de celles dont on sort content tout en se demandant quelle peut bien être leur utilité. Car prendre les œuvres d’un musée pour les montrer dans un autre sans autre justification scientifique fait courir aux œuvres des risques bien inutiles.
Heureusement, les organisateurs ont eu l’intelligence d’ajouter des tableaux et dessins provenant d’institutions diverses, ce qui permet des confrontations fructueuses, rendant quelque sens à cette présentation.

1. Rembrandt van Rijn (1606-1669)
Le Sacrifice d’Abraham, 1635
Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage
La première salle est éblouissante et peut justifier, à elle seule, une visite à Dijon. On y voit deux chef-d’œuvres de Rembrandt des collections russes, la Flore (cat. 1) et le Sacrifice d’Abraham (ill. 1, cat. 2), ainsi que la variante de ce dernier tableau conservée à l’Alte Pinakothek de Münich (ill. 2). Avec des dessins du maître et de ses élèves consacrés au thème du Sacrifice d’Abraham et une version peinte en grisaille par Pieter Lastman (cat. 42), c’est donc une véritable exposition-dossier que nous propose ici le musée de Dijon.
Devant les deux tableaux, les visiteurs avertis prennent un air entendu, soulignant la qualité de l’un et les faiblesses de l’autre. Cela est facile lorsque l’on sait que le premier est entièrement dû au maître et que celui de Münich, peint par un élève, n’a probablement été que retouché par le chef d’atelier (il porte la mention « Rembrandt changé et repeint, 1636 » [1]), mais si l’on ignorait que l’un n’est pas autographe, il est probable que les deux paraîtraient authentiques. Distinguer entre la main de Rembrandt et celles de ses élèves est un exercice qu’affectionnent les historiens d’art et qui s’avère sans doute plus complexe que pour tout autre peintre. Le Rembrandt Research Project (RRP) a depuis trente ans réduit de manière drastique la liste des tableaux attribués entièrement au maître, et ses résultats sont d’ailleurs contestés par certains. L’exposition montre un troisième tableau de l’artiste, Vieille femme assise dans un fauteuil [2] (cat. 3) dont le caractère autographe est discuté bien qu’il soit présenté comme tel.
Le reste de l’exposition est consacré aux élèves et suiveurs. Là aussi, des dessins complètent et enrichissent le parcours. Celui-ci est, forcément, tributaire des collections de l’Ermitage. On y verra donc peu de paysages, et pas de Carel Fabritius, l’un des meilleurs élèves de Rembrandt, mort à l’âge de 32 ans, dont le musée ne conserve pas d’œuvres. Le choix est inégal (le musée ne s’est pas dessaisi de ses meilleurs tableaux) mais reste passionnant. On notera un ensemble important de Jacob Adriaensz. Backer (ill. 3, cat. 9), un Philosophe de Salomon Koninck, un Nathan et Bethsabée de Ferdinand Bol (cat. 19) dont la signature vient d’être retrouvée lors d’une récente restauration et de beaux tableaux d’histoire de Gerbrand van den Eeckhout (Le sacrifice de Jéroboam, cat. 25).
Parmi les collaborateurs les plus intéressants, Govaert Flinck est néanmoins représenté par des toiles assez faibles, à moins qu’il faille rendre à cet artiste, comme le suggère la notice du catalogue, la belle réplique du Sacrifice d’Abraham dont nous parlions plus haut.
Commissariat : Irina Sokolava et Emmanuel Starcky.
Catalogue Rembrandt et son école. Collections du musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, collectif, Edition Réunion des Musées Nationaux, 248 p., 42 €. ISBN : 2-7118-4581- 8


