
1. Antoine Dubost (1769-1825)
Les Adieux de Brutus à Porcie, 1799
Huile sur toile - 114 x 146,5 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
Photo : Galerie Michel Descours
20/2/12 - Acquisitions - Vizille, Musée de la Révolution française - Depuis notre dernier article qui lui a été consacré (voir la brève du 4/11/10), le musée de Vizille a notablement enrichi ses collections.
Le premier achat notable (qui vient de se concrétiser) concerne un tableau d’Antoine Dubost (ill.1), peintre néoclassique d’origine lyonnaise, qui fut l’élève de François-André Vincent et exposa à deux reprises au Salon parisien avant d’émigrer en Angleterre en 1806. Il y connut l’année suivante un succès foudroyant à la Royal Academy et fut soutenu par Thomas Hope. Mais après s’être fâché avec celui-ci, et avoir perdu un procès, il fut contraint de rentrer en France, en janvier 1813, ruiné et ses biens confisqués. Son œuvre la plus importante, L’épée de Damoclès, a été retrouvée il y a peu au Musée de Bombay (voir la brève du 30/8/06).
La toile acquise par le Musée de la Révolution française avait déjà été évoquée sur ce site à l’occasion de la dernière exposition de la Galerie Michel Descours1 (voir la brève du 12/12/10). C’est en effet à ce marchand que le musée a acheté l’œuvre qui provient d’Angleterre. Ces Adieux de Brutus et Porcie avaient été exposés par l’artiste au Salon de 1799. Brutus doit fuir après l’assassinat de César. Son épouse Porcie qui l’accompagne jusqu’au navire qui doit l’emmener, aperçoit à cet instant un tableau représentant Les Adieux d’Hector et d’Andromaque. Y voyant alors un présage funèbre - jamais Andromaque ne revit Hector - elle s’évanouit.

2. Jules Aviat (1844-1931)
Charlotte Corday et Marat, vers 1880
Huile sur toile - 72 x 52 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
Photo : Galerie Vincent Lécuyer

3. Jules Aviat (1844-1931)
Charlotte Corday et Marat, 1880
Huile sur toile - 281 x 200,5 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
(dépôt du Musée des Beaux-Arts de Rouen)
Photo : D. R.
Le musée de Vizille, outre des œuvres créées pendant la Révolution française, achète également des tableaux rétrospectifs illustrant des épisodes historiques s’étant déroulés pendant cette période.
L’un des plus emblématiques d’entre eux est l’assassinat de Marat par Juliette Corday. Une esquisse (ill. 2) de ce sujet, préparatoire au tableau de Jules Aviat, déposé à Vizille depuis 2003 mais appartenant au Musée des Beaux-Arts de Rouen (ill. 3), a été acquise en 2011 auprès de la Galerie Vincent Lécuyer à Paris.
Elève d’Ernest Hébert et de Léon Bonnat, Aviat est un artiste obscur, essentiellement portraitiste mondain d’après les œuvres que nous connaissons de lui. Le Charlotte Corday et Marat, exposé au Salon de 1880, est néanmoins un tableau assez impressionnant. Sachant probablement qu’il lui était impossible de lutter avec l’œuvre de Louis David, véritable icône de la peinture à la composition formidablement originale, dont d’ailleurs Charlotte Corday est absente, Aviat se réfère davantage à Paul Baudry qui, vingt ans plus tôt, avait peint le même sujet dans une composition très proche (Nantes, Musée des Beaux-Arts).
L’étude du musée de Vizille ne présente pratiquement pas de différences avec le tableau achevé, à l’exception de l’expression et de la direction du regard de Charlotte Corday, de l’absence du poignard (il a été gratté sur l’esquisse) et, surtout, de la position de Marat assassiné. L’état d’inachèvement de cette figure donne à l’œuvre une connotation fantastique - l’ami du peuple ressemble à un spectre d’une scène shakespearienne ou ossianesque - bien loin du réalisme recherché par l’artiste dans la peinture finale.

4. Munier (actif à Paris
à la fin du XVIIIe siècle)
Voltaire, début des années 1790
Terre cuite - H. 23 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
Photo : Musée de la Révolution française

5. Munier (actif à Paris
à la fin du XVIIIe siècle)
Jean-Sifrein Maury, début des années 1790
Terre cuite - H. 23 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
Photo : Musée de la Révolution française
Deux petits bustes en terre cuite représentant Voltaire et Jean-Sifrein Maury (ill.. 4 et 5) sont entrés en 2010, acquis de la Galerie Patrice Bellanger à Paris. Ils sont dus à Munier, un artiste doué mais obscure dont on ne connaît pas les dates de naissance ni de mort, ni même le prénom. En 2005, le Musée de la Révolution française avait déjà acheté un buste de Mirabeau faisant probablement partie de la même série puisque ses dimensions et son socle sont identiques.

6. Jean-Baptiste Nini (1720-1786)
Benjamin Franklin au bonnet de fourrure, 1777
Terre cuite - D. 11,3 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
Photo : Musée de la Révolution française
Une autre petite sculpture en terre cuite, un médaillon de Jean-Baptiste Nini (ill. 6), a été acquise par le musée en 2010 de la Galerie Philippe Chabert à Grenoble. Le modèle, Benjamin Franklin au bonnet de fourrure, est l’un des plus connus exécuté par l’artiste, d’après un tableau peint par Thomas Walpole. De nombreux exemplaires existent dans les collections françaises : au Louvre, à Ecouen, Blérancourt, Blois, Bordeaux, Angers... Nini est également l’auteur d’un autre portrait de Franklin, sans bonnet cette fois.

7. Etienne-Henry Dumaige (1830-1888)
Camille Desmoulins, Palais Royal, 1789, 1882
Bronze - 97,5 x 53 x 42 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
Photo : Musée de la Révolution française

8. Paul-François Choppin (1856-1937)
Un vainqueur de la Bastille, 1889-1890
Bronze - H. 63 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
Photo : Musée de la Révolution française
En 1881, la ville de Guise organisa un concours pour élever un monument à la mémoire de Camille Desmoulins dont le vainqueur fut Amédée Doublemard. Parmi les autres candidats figurait Etienne-Henry Dumaige qui édita en bronze son projet non retenu, représentant l’orateur haranguant la foule dans les jardins du Palais-Royal. C’est l’un de ces exemplaires qui est entré dans les collections du musée en 2010 (ill. 7), acquis d’une collection privée.
Un autre bronze figurant un révolutionnaire (ill. 8), dû à Paul-François Choppin, a été acheté en vente publique chez Osenat (Fontainebleau) le 7 novembre 2010. Il s’agit d’une réduction d’une sculpture érigée en 1891 square Parmentier à Paris, et fondue pendant l’Occupation en 1942. Une autre version, intitulée Le Volontaire de 1792 est toujours en place à Remiremont dans les Vosges.

9. François-Louis Gounod (1758-1823)
De servir ton pays, mon fils soit digne un jour, 1793-1794
Pierre noire et encre noire - 19 x 15 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
Photo : Galerie Michel Descours
Un dessin par François-Louis Gounod (ill. 9), représentant un jeune garçon de profil coiffé d’un bonnet de police, a été offert par Michel Descours en 2012. L’artiste, qui fut l’élève de Nicolas-Bernard Lépicié, n’est autre que le père du compositeur. Deux de ses pastels (Benjamin Duvivier et le Portrait présumé du marquis de Wailly) sont conservés au Louvre et on pourra lire ici la notice que lui consacre Neil Jeffares dans son excellent Dictionary of pastellists before 18002.
On signalera enfin, parmi les objets d’art acquis par le musée :

10. A. Vaillant, à Paris
Pendule portique avec cadran mixte, vers 1793-1794
Marbre et bronze doré, émail - 56 x 38 x 15 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
Photo : Musée de la Révolution française
une pendule portique avec cadran mixte (ill. 10), acquise de Jacques Tcharny à Paris : elle présente un double affichage indiquant d’une part le temps ordinaire (des jours de 24 heures divisées en 60 minutes) et celui issu de la réforme de 1793 qui prévoyait d’appliquer à partir du 22 septembre 1794 une partition du jour en dix heures de 100 minutes elles mêmes composées de 100 secondes. Cette réforme fut abrogée le 7 avril 1795.

11. Manufacture de Delft non identifiée
Libre et fidèle, vers 1783-1787
Assiette en faïence blanche à décor bleu - H. 21 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
Photo : Musée de la Révolution française
une assiette en faïence de Delft, acquise de la Galerie H.C. Van Vliet à Amsterdam (ill. 11),
une assiette en faïence de Nevers, acquise de J. M. Béalu et fils à Paris,
une assiette de mariage en faïence de Roanne, offerte par Michel Descours.
