Réalités d’un monde. Peintures flamandes et hollandaises du Musée des Beaux-Arts de Strasbourg


Strasbourg, Musée des Beaux-Arts, du 13 février au 12 juillet 2009.

1. Thomas de Keyser (1596-1667)
Les Argentiers d’Amsterdam
Huile sur toile - 118 x 195 cm
Tableau détruit en 1947
Strasbourg, Musée des Beaux-Arts
Photo : D. R.

Les musées de province sont de plus en plus nombreux à travailler sur leurs collections et à publier des catalogues raisonnés qu’ils accompagnent parfois d’une exposition. Les peintures italiennes du Musée des Beaux-Arts de Strasbourg avaient déjà fait l’objet de plusieurs publications. C’est au tour de l’important ensemble nordique qu’il conserve et qui a bénéficié pour l’occasion d’une importante campagne de restauration.

Dans la galerie Heiz, une partie de la collection a été accrochée de manière très compacte, mélangeant chefs-d’œuvre et tableaux secondaires. Même si l’on apprécie ce type de présentation pour les collections permanentes, nettement préférable à la mise en réserve des peintures par manque de place, l’option paraît plus discutable lorsqu’il s’agit d’une exposition temporaire. L’absence de cartels, remplacés par un dépliant particulièrement complexe à utiliser, rend l’ensemble un peu confus, d’autant que les tableaux ne sont pas regroupés par école ou par thème. Cette disposition nuit aux œuvres importantes, qui se retrouvent un peu perdues au milieu de celles plus secondaires.
Les autres tableaux sont tout bonnement montrés au sein de la collection permanente, signalés cette fois par des cartels spécifiques, un dispositif somme toute beaucoup plus clair et agréable pour le visiteur.

On ne s’attardera cependant pas trop sur la critique d’un accrochage qui ne constitue pas l’essentiel du propos. Car le catalogue publié à cette occasion est en tous points exemplaire. Les musées de Strasbourg ont édité eux-mêmes ce volume qui répond aux critères des spécialistes les plus exigeants : photographies aux coloris très respectueux des originaux, nombreuses illustrations de comparaison, notices détaillées, comportant toutes les informations techniques, bibliographiques et historiques nécessaires... Un travail vraiment remarquable, d’autant que les auteurs ont eu la bonne idée d’inclure également des entrées pour deux toiles disparues - mais connues par la reproduction - l’une dans un incendie en 1947, l’autre volée en 1977 [1]. On a trop souvent tendance à perdre la mémoire des œuvres détruites et à les faire ainsi sortir de l’histoire de l’art. Ce serait réellement dommage pour ce grand portrait de groupe, Les Argentiers d’Amsterdam, par Thomas de Kayser (ill. 1 ; cat. 156), « une des disparitions majeures du XXe siècle dans le domaine de la peinture hollandaise », une perte immense pour le patrimoine français tant ce type de tableau est rare dans notre pays.

L’histoire des musées de Strasbourg est en effet mouvementée et cet incendie regrettable, qui détruisit trente tableaux et en endommagea une soixantaine d’autres, vint après les bombardements de 1870 qui firent disparaître presque toute la première collection du musée des Beaux-Arts, alors abrité par le bâtiment de l’Aubette, et ceux de 1944 qui n’occasionnèrent heureusement que peu de dégâts à la collection dont l’essentiel avait été évacué en lieu sûr. Le catalogue comprend un essai introductif sur l’histoire du musée ; on renverra également à l’excellent ouvrage de Bernadette Schnitzler, qui vient de paraître, et qui raconte par le menu les nombreuses péripéties ayant abouti à l’ensemble que nous connaissons aujourd’hui.


2. Pieter de Hooch (1629-1677)
Départ pour la promenade
Huile sur toile - 72 x 85 cm
Strasbourg, Musée des Beaux-Arts
Photo : Matthieu Bertola / Musées de la Ville de Strasbourg

3. Reyer Jacobsz. van Blommendael (1628-1675)
Socrate, ses deux épouses et Alcibiade
Huile sur toile - 210 x 198 cm
Strasbourg, Musée des Beaux-Arts
Photo : Matthieu Bertola /
Musées de la Ville de Strasbourg


Malgré les pertes, la collection nordique du musée des Beaux-Arts de Strasbourg demeure tout à fait exceptionnelle. Gérard David, Hans Memling, Van Dyck, Rubens, Michael Sweerts, Jan van Goyen, Pieter de Hooch (ill. 2), Jacob van Ruysdael..., les plus grands noms voisinent avec des maîtres moins célèbres, mais parfois représentés par un chef-d’œuvre. C’est le cas du Socrate, ses deux épouses et Alcibiade (cat. 111) par Reyer Jacobsz. van Blommendael, acquis en 1934 par Hans Haug qui l’attribuait alors à Cesar van Everdingen (ill. 3) identité sous laquelle il était encore récemment conservé ; c’est aussi celui du Saint Laurent couronné par l’Enfant Jésus de Claude de Jongh ou d’une Vanité de Sébastien Bonnecroy (ill. 4).

4. Sébastien Bonnecroy (actif entre 1650 et 1673)
Vanité, 1641
Huile sur toile - 50 x 40 cm
Strasbourg, Musée des Beaux-Arts
Photo : Matthieu Bertola /
Musées de la Ville de Strasbourg



5. Atelier de Pierre-Paul Rubens (1577-1640)
Saint François d’Assise
Huile sur toile - 203 x 85 cm
Strasbourg, Musée des Beaux-Arts
Photo : Matthieu Bertola /
Musées de la Ville de Strasbourg

Quelques tableaux, même s’ils ne sont pas inédits, sont de vraies redécouvertes puisqu’ils n’étaient plus exposés depuis longtemps. Ils ont fait l’objet d’une restauration approfondie. On citera un très beau Saint François d’Assise de l’atelier de Rubens (ill. 5), réplique d’une huile sur panneau conservée à la Galerie Nationale d’Irlande ; sa qualité laisse penser que le maître a pu participer à son exécution. En revanche, Le Mangeur de bouillie, bien que signé par Jacob Jordaens, est probablement entièrement peint par son atelier : il est revenu en 2008 au musée après avoir été déposé pendant plus d’un demi-siècle aux Hospices civils de Strasbourg. Signalons aussi un beau Bouquet de fleurs de Jan van Huysum (cat. 150) qui, débarrassé récemment de ses repeints, peut enfin être à nouveau exposé.

Un immense tableau de Corenelisz Engelsz (178 x 510 cm) n’a pu être montré dans l’exposition car sa restauration n’est pas encore terminée. Il s’agit d’un unique exemple en France d’un portrait collectif d’une garde civique, celle de Saint-Adrien. Pour voir le clou de cette exposition, il faudra donc revenir à Strasbourg, un devoir plutôt agréable [2].

local/cache-vignettes/L114xH134/Couverture_Nordiques_Strasbourg-9e352.jpgJoël Hubrecht, Sandrine Le Bideau-Vincent, David Mandrella, Marie Monfort, Michère Lavallée, Peinture flamande et hollandaise. XVe-XVIIIe siècle, Musées de la Ville de Strasbourg, 319 p., 35 €. ISBN : 978-2-35125-030-3.


A lire également :

Bernadette Schnitzler, Histoire des musées de Strasbourg. Des collections entre France et Allemagne, Musées de la Ville de Strasbourg, 2009, 256 p., 28 €. ISBN :978-2-35125-041-9.


Informations pratiques  : Musée des Beaux-Arts, Palais Rohan, 2, place du Château. Tél : + 33 (0)3 88 52 50 00. Ouvert tous les jours sauf le mardi, en semaine de 12 h à 18 h, le week-end de 10 h à 18 h. Tarif : 6 € et 3 €.

Site Internet des Musées de la Ville de Strasbourg

English version


Didier Rykner, samedi 11 avril 2009


Notes

[1] Ce tableau était alors en dépôt au Cercle européen de Strasbourg !. Nous le reproduisons ici (ill. 6)

6. Gerrit Willemsz. Horst (vers 1612/1613-1652)
Soldats jouant aux dés
Huile sur toile - 89 x 122 cm
Strasbourg, Musée des Beaux-Arts, tableau volé en 1977
Photo : Matthieu Bertola /
Musées de la Ville de Strasbourg

en espérant que cela puisse aider à le retrouver.

[2] Signalons toutefois l’incongruité des horaires d’ouverture des musées du Palais Rohan qui sont fermés le matin en semaine.



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