Réaction de Jean-David Jumeau-Lafond


A propos du courrier de Pierre Curie, qui date déjà de quelques mois, je ne puis m’empêcher d’ajouter une petite pierre à cet édifice protestataire... en évoquant, après le Panthéon romain... le Panthéon parisien. Certes, l’ex-église Sainte-Geneviève n’est plus une église mais « seulement » une nécropole. Jusqu’à preuve du contraire, c’est donc un lieu « sacré » sinon par sa religiosité du moins par sa vocation funéraire. Or, dans la crypte où reposent les élus que l’on sait et certains qu’on a, il est vrai, oubliés, figurent désormais, et là aussi, les banderoles maudites que notre époque éprise d’affichage et d’ostentation ont imposé au lieu. Que le visiteur dispose d’un plan et d’un dépliant lui rappelant la personnalité des grands hommes qui reposent au Panthéon est une nécessité évidente. Que cette information, cependant, passe par l’installation, devant chaque « chapelle » de la crypte d’une bannière pseudo-design, à la manière que l’on sait, et bien entendu, multicolore, stupéfait ! Le lieu n’est plus la crypte mystérieuse où l’on déambule entre des tombeaux, mais le barnum pédagogique et signalétique cher (dans tous les sens du terme) à nos administrations culturelles. L’information sur le lieu usurpe le lieu lui-même, remplace l’objet, l’occulte, ôte en tout cas, à cette nécropole sa dimension funèbre et recueillie au profit du bavardage satisfait. Et, par surcroît, pour parler un langage moins fleuri, c’est « moche ». Mais ne réfléchissent-ils jamais, ceux qui ont en charge de tels monuments ?


Jean-David Jumeau-Lafond, dimanche 13 juin 2004



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