
1. Espagne, premier tiers du XVIIe siècle, d’après Caravage
L’Incrédulité de saint Thomas
Huile sur toile (dimensions inconnues)
Jérez de la Frontera, cathédrale San Salvador
Photo : Pierre Curie
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le signalement par Pierre Curie sur La Tribune de l’Art (voir l’article) d’une copie de l’Incrédulité de saint Thomas de Caravage à la cathédrale de Jérez de la Frontera (ill. 1). Je me permets à mon tour de faire remarquer un élément curieux et très intéressant : la reprise par ce peintre anonyme pour les autres personnages qui entourent la scène d’au moins deux apôtres de la série que nous appellerons « aux cartellini » du Maître du Jugement de Salomon, aujourd’hui identifié avec le jeune Ribera à Rome. Il s’agit du Saint Thomas conservé au musée de Budapest (ill. 2) et du Saint Matthieu, en collection particulière à Paris (ill. 3).
On ne peut être qu’intrigué par ces deux occurrences. L’apostolado de Ribera (ou une copie de celui-ci) se trouvait-il en Espagne ? La copie de l’Incrédulité de saint Thomas a-t-elle été exécutée à Rome puis envoyée en Espagne ? Les autres personnages sont-ils des reflets possibles d’autres apôtres de Ribera (l’apostolado n’est que partiellement connu) ? Il est pour l’instant malheureusement impossible d’aller au-delà de ces questions.

2. Jusepe de Ribera (1591-1652)
(naguère Maître du Jugement de Salomon)
Saint Thomas
Huile sur toile
Budapest, Szépm ?vészeti Múzeum
Photo : D. R.

3. Jusepe de Ribera (1591-1652)
(naguère Maître du Jugement de Salomon)
Saint Matthieu
Huile sur toile
Paris, collection particulière
Photo : D. R.
En ce qui concerne les études sur les copies de Caravage que Pierre Curie appelle de ses vœux, j’ai été amené dans le cadre de mes recherches actuelles sur le caravagisme en Espagne à en recenser déjà un certain nombre pour la péninsule ibérique (j’ajoute celui de Jérez à la liste !). Contrairement à ce qui a parfois été répété dans le passé, la présence d’œuvres ou de copies d’œuvres du maître lombard en Espagne n’est ni sporadique ni anecdotique. Les vices rois de Naples cherchèrent souvent avec voracité à se procurer des tableaux de Caravage qu’ils emportaient ensuite avec eux quand ils rentraient. De même, les sources anciennes mentionnent et identifient un nombre significatif d’originaux et de copies du maître dans les églises et collections espagnoles dès le début du XVIIe siècle.

5. D’après un peintre anonyme du XVIIe siècle
Le Martyre de saint Laurent
Huile sur toile (dimensions inconnues)
Ségovie, Catedral de Santa María
Photo : Guilllaume Kientz
Enfin pour prolonger cette « apostille andalouse », je me permets de signaler deux autres tableaux peu connus. Le premier est une copie d’après le Saint Jérôme écrivant de la galerie Borghèse (ill. 4) conservée au musée d’Evora (Portugal). Le second, accroché dans la cathédrale de Ségovie, est un Martyre de saint Laurent (ill. 5) de composition identique au pseudo Caravage des Jésuites de Rome publié par l’Osservatore Romano du 17 juillet 2010 (voir cet article sur La Tribune de l’Art). Il s’agit peut-être de l’image d’un original perdu, ce n’est en tout cas pour l’heure qu’une vraie copie d’un faux Caravage…

