Que d’occasions manquées !


JPEG - 132.6 ko
Baldassare Franceschini (1611-1691)
Vierge à l’enfant avec le petit saint Jean
Fresque transposée sur toile - 91 x 113,5 cm
Vente Bailly-Pommery & Voutier Associés 31/3/14
Photo : Bailly-Pommery & Voutier Associés

Alors que l’on attend avec une certaine inquiétude le nom du nouveau directeur du département des peintures du Musée du Louvre (on devrait le connaître aujourd’hui1), la question du bilan des acquisitions de ces dernières années devra sans doute être posée, pas seulement pour pleurer des occasions perdues (quoique) mais surtout pour essayer de faire mieux.

On ne compte pas, en effet, les tableaux italiens des XVIIe et XVIIIe siècles ni ceux des écoles flamandes et hollandaises du XVIIe - soit tout de même deux collections majeures du Louvre - qui ont échappé à ce musée alors qu’ils y avaient toute leur place, soit parce qu’ils complétaient un manque dans son fonds, soit pour de simples raisons de qualité, d’importance, ou parce que leur historique les y destinait. On ne les compte pas mais il est impossible de lister davantage ceux qui ont été achetés puisqu’il n’y en a pas (à l’exception, il y a quelques années, d’un petit Tiepolo).

Un seul exemple d’une occasion ratée (il y en aurait des centaines) : la semaine dernière, à Drouot, était vendue chez Bailly-Pommery & Voutier Associés une fresque de Volterrano. Certes, elle n’était prudemment qu’« attribuée à », mais il ne fallait pas être grand spécialiste pour voir son caractère autographe. Et il n’était même pas nécessaire de passer son temps à l’hôtel des ventes pour la repérer puisqu’elle était cataloguée avec une estimation ridicule de 2 000 à 3 000 €, pour atteindre finalement la somme de 155 000 €. On ne connaît pas son acheteur, mais on sait en tout les cas que ce n’est pas le Louvre.
En dehors de sa qualité et de son intérêt (elle représente bien l’artiste qui a beaucoup peint à fresque), notons que le musée ne conserve aucune peinture de Volterrano, qu’elle soit à la fresque, sur toile ou sur panneau...

Avoir un métier public comme peut l’être celui de conservateur expose naturellement à la critique. Il n’y a rien de plus difficile que les acquisitions, raison pour laquelle nous nous gardons, lorsque nous en rendons compte, d’en critiquer certaines qui pourtant pourraient l’être. Mais comment expliquer que l’on n’achète rien, quand une des fonctions principales des conservateurs du Louvre est d’acquérir pour leur musée ? Espérons que le prochain directeur du département considérera cette mission comme prioritaire.


Didier Rykner, lundi 14 avril 2014


Notes





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Éditorial : La seconde chance d’Aurélie Filippetti

Article suivant dans Éditorial : Nommée pour son absence de compétence scientifique ?