Présentation du rapport Rigaud par Christine Albanel


6/2/08 – Politique des musées – France – Christine Albanel et Jacques Rigaud présentaient aujourd’hui les conclusions du rapport de ce dernier consacré à l’inaliénabilité dont nous avons déjà donné ici une analyse (voir article).

Christine Albanel a fait sienne l’essentiel de ses conclusions, franchement hostiles à l’aliénabilité. Elle a affirmé que l’inaliénabilité des collections publiques était un excellent principe et qu’il devait être conforté. Elle a ajouté qu’il serait dangereux d’opérer une distinction entre l’art du passé et l’art du présent et que « la vente des œuvres n’est pas la solution pour disposer de moyens supplémentaires. »
Cependant, et cela devra être suivi avec attention, elle demande aussi, conformément au rapport, que la commission prévue dans la loi se prononce sur une « doctrine d’ensemble ». Elle souhaite également (ce qui ne figurait pas dans le rapport) que, je cite : « cette commission soit plus ouverte et que, si les scientifiques doivent y rester majoritaires, elle devrait comporter également des politiques et des personnalités qualifiées (collectionneurs, élus...) ». Elle suggère enfin que la procédure de saisine de la commission soit plus claire qu’actuellement, sans donner pour l’instant plus de détails.

Même si on ne peut blâmer la ministre qui se trouve là dans un exercice difficile entre les conclusions du rapport, ses propres convictions et les très fortes pressions extérieures qu’elle doit subir, on s’étonne du paradoxe qu’il y a à célébrer pleinement le principe d’inaliénabilité et à aussitôt imaginer une procédure permettant le contraire. Parmi les exemples proposés par la ministre, celui de la revente de deux ou trois pièces mineures pour acheter une œuvre majeure n’est pas souhaitable pour des raisons bien expliquées par le rapport (définir ce qui est mineur et ce qui est majeur n’est pas toujours simple). De même, citer comme elle l’a fait « les séries et les doublons » pourrait être dangereux. Plus probant serait sans doute le cas de la tête Maori du Musée d’Histoire Naturelle de Rouen qui a récemment défrayé la chronique et dont il y a d’ailleurs lieu de penser qu’elle sera bientôt proposée pour un déclassement par le maire de Rouen. Elle a indiqué, sans plus de précisions, qu’une réflexion sur la question des « collections d’études » serait menée d’ici avril. Celle-ci donnera lieu à un nouveau rapport.
Christine Albanel a enfin préconisé que le pouvoir de cette commission (dont elle suggère qu’elle prenne le nom de « Commission du Patrimoine de la Nation ») soit étendu aux collections du FNAC et des FRAC. Pour ces derniers, elle souhaite qu’une concertation soit engagée avec les Conseils Régionaux

Ce rapport et les intentions affichées par le Ministère sont donc plutôt rassurants, même s’il faudra demeurer très attentif à la composition de la commission « élargie » et aux modalités de la saisine. Le dernier mot devrait rester effectivement aux scientifiques. Sachant que ceux-ci sont absolument hostiles à la moindre aliénation, il est a priori peu probable, au moins à court terme, que l’inaliénabilité soit réellement remise en question.


Didier Rykner, mercredi 6 février 2008




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