Pour un vrai changement au ministère de la Culture


JPEG - 281.3 ko
Le Salon de Bertin au château de Villepreux
dispersé en vente publique sans que la direction
des Patrimoines n’intervienne
Photo : SVV Olivier Lasseron
Voir l'image dans sa page

Sans faire preuve d’optimisme excessif, l’arrivée au ministère de la Culture de Françoise Nyssen, une femme vraiment cultivée, change évidemment de ce que nous avons récemment connu. Nous attendons avec impatience de constater une évolution de la politique de ce ministère.

Il est en revanche certain que le vrai changement devra également passer par celui de certains responsables actuels. La direction des Patrimoines (celle qui concerne les sujets traités par La Tribune de l’Art) est évidemment visée en premier lieu par ce constat. Nous avions pu écrire il y a quelques années un article intitulé « Le directeur du Patrimoine aime-t-il le patrimoine ? ». Il s’agissait alors de dénoncer la politique du fonctionnaire qui occupait ce poste.
Depuis, la direction du Patrimoine s’est transformée en direction générale des Patrimoines (en incluant notamment en son sein la direction des musées de France), Philippe Bélaval (aujourd’hui à la tête du Centre des Monuments Nationaux et dont l’amour pour le patrimoine est connu) a pris cette fonction avant de la céder, il y a cinq ans, à Vincent Berjot. À propos de ce dernier, et avant sa nomination (qui était alors pressentie), nous écrivions un autre article qui mettait en doute ses compétences dans ce domaine si particulier.

Cinq ans plus tard, qu’en est-il ? Comme nous l’avons déjà écrit, Vincent Berjot, est incontestablement très intelligent, travailleur et il connaît ses dossiers sur le bout des doigts. Nous avions pu le constater notamment lorsque nous avions discuté avec lui de la loi patrimoine qui était en cours d’élaboration. Mais ces compétences, qui avaient sans doute fait merveilles au ministère des Finances ou à la direction des Finances de la Ville de Paris, ne sont rien à ce poste sans cet amour du patrimoine que nous évoquions plus haut. Et ce que nous avons pu constater régulièrement jusqu’à aujourd’hui, ce que la plupart des fonctionnaires du ministère de la Culture ont pu également voir, c’est que le patrimoine, les musées, les monuments historiques ne représentent pour lui qu’un coût, une charge qu’il faut diminuer toujours davantage.

Sur d’innombrables sujets, la direction des Patrimoines a été un facteur déterminant pour ne surtout rien faire. La politique de la direction des Patrimoines, c’est d’éviter toute dépense (affaire des Rembrandt-Rothschild, menaces sur le Musée des Tissus de Lyon, protection des ensembles mobiliers comme les collections du château de Villepreux…), de jouer à Ponce Pilate face aux décisions destructrices d’autres ministères (Serres d’Auteuil, isolation par l’extérieur…) ou aux projets absurdes et destructeurs des maires (centre d’interprétation de la cathédrale de Chartres, innombrables dossiers parisiens…) pour ne pas parler d’autres affaires sans même implication politique ou financière (destruction de la vieille aile de Versailles, impunité de l’installation de la grande roue sur la place de la Concorde, affaire des loges de l’Opéra…). Lorsque le patrimoine a gagné, bien souvent, la direction des Patrimoines n’y était pour rien, comme à Nancy ou à Versailles, quand des maires intelligents ont su prendre en compte les protestations des associations et de la presse.

Comment le ministère de la Culture peut-il changer cette politique s’il conserve le même directeur des Patrimoines (ainsi que certains directeurs/trices régionaux des affaires culturelles, voire des conservateurs régionaux1...) ? Françoise Nyssen est une femme remarquable, mais si elle n’installe pas aux postes de décisions des collaborateurs qui veulent réellement bouger les choses, rien ne changera. Une preuve parmi d’autres ? Notre demande d’accès aux documents ayant trait aux trésors nationaux. Alors que la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) nous a donné raison, ainsi qu’à Sites et Monuments, ce n’est pas le cabinet du ministère qui bloque, c’est la direction des Patrimoines. Alors que nous devrions logiquement être en phase avec celle-ci, elle nous regarde souvent comme un ennemi. La ministre aime la culture, nous pensons qu’elle aime aussi le patrimoine. Elle doit choisir un directeur qui aime le patrimoine.


Didier Rykner, mercredi 31 mai 2017


Notes

1Dont certains non seulement n’aiment pas le patrimoine, mais n’ont même pas les qualités de Vincent Berjot...





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Politique : Trésors nationaux : le ministère cache les documents !

Article suivant dans Politique : Oudinot, Murat, Bassano : tout doit disparaître !