Portraits de la pensée. Vélasquez, Ribera, Giordano. Contenu abonnés


Lille, Palais des Beaux-Arts, 11 mars au 13 juin 2011

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1. Jan Baptist Weenix (1621-1659)
Portrait de René Descartes, 1647-1649
Huile sur toile- 451 x 349 cm
Utrecht, Centraal Museum
Photo : Centraal Museum, Utrecht
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« Comment peindre la pensée, et pourquoi ? » s’interroge Alain Tapié dans l’Avant-propos du catalogue. « Comment figurer la pensée ? » se demande Pascal Quignard en ouverture, quelques pages plus loin, de son somptueux texte. De « peindre » à « figurer », stricto sensu, existe un déplacement sémantique immédiatement perceptible pour qui embrasse d’un coup d’œil l’exposition : il n’y a en effet que des « figures » - non point de rhétorique, ce qui aurait pu être une façon d’aborder le sujet autrement. Car à y bien réfléchir, puisque la peinture s’est longtemps considérée comme mimétique – fût-ce à titre interprétatif…– comment a-t-elle pu chercher à représenter ce qui est par « essence inexprimable » : « l’activité méditative, la réflexion philosophique, le sentiment de la foi, la présence cachée du divin » (A. Tapié) ? Il fallait sans doute beaucoup d’intelligence et d’audace pour construire une exposition autour de cet « inexprimable »-là. Et qui, à ce double titre, pouvait mieux qu’Alain Tapié (secondé ici par Régis Cotentin) « oser » le pari1 ? On sait le conservateur exigeant dans les projets qu’il entreprend (qui n’a en mémoire sa sublime exposition sur les « Les vanités dans la peinture au XVIIe siècle. Méditations sur la richesse, le dénuement et la rédemption » ?). Oui, qui, hors lui, pouvait méditer une telle exposition autour de l’invisible représentation de la pensée ?

Observons d’abord le lieu : une salle rectangulaire toute peinte d’un rouge pompéien que viennent rompre à hauteur de regard (soulignons en passant la juste hauteur de présentation des tableaux) un bandeau gris supportant les cartels et, au centre, sorte de kaaba catholique, un cube gris qui abrite une installation sobre de Bill Viola – et, une fois n’est pas coutume, l’insertion du contemporain au sein de ces œuvres classiques, fait véritablement sens. Cette case à la sobriété spartiate en l’honneur de Saint Jean de la Croix (lequel n’est pas représenté parmi les cinquante-neuf philosophes, saints, méditatifs et autres penseurs dont les portraits sont l’exclusif sujet de l’exposition) c’est tout ensemble le dénuement du retrait méditatif, la lumière jaune d’une chandelle absente qui représente la foi, le souffle divin sur les montagnes andalouses qui se projette sur l’écran.

Quatre moments scandent le parcours2 : Madrid, d’abord, où domine la figure de José de Ribera avec six toiles d’attribution certaine et une incertaine ; l’école caravagesque d’Utrecht qui rassemble autour de Johannes Moreelse et de Hendrik ter Brugghen une douzaine de toiles ; Naples qui clôt ce parcours géographique avec comme figure centrale Luca Giordano représenté par une quinzaine d’œuvres ; enfin, et à ne pas manquer (à gauche de l’entrée de la Room for St John of the Cross, 1983), le petit…

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